"Alexandra David-Néel, passeur pour notre temps" par Joëlle Désiré-Marchand

L'Inde compta autant que le Tibet dans le cœur d'Alexandra David-Néel, si ce n'est pas davantage puisqu'à la fin de sa vie, elle émit le vœu de faire immerger ses cendres dans le Gange. C'était le meilleur hommage qu'elle pouvait rendre à ce pays qui lui avait tant apporté. Lors de chacun de ses voyages en Asie, elle y séjourna longuement, en particulier à Bénarès, ville qu'elle aima plus que toutes les autres.
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"Un monsieur à barbe blanche blanche promène sa fille de six ans dans les larges allées du bois de la Cambre, le parc arboré que les Bruxellois aiment fréquenter lorsque le temps s'y prête." En 1874, personne n'aurait parié que cette petite fille deviendra cantatrice, journaliste, écrivain, anarchiste, franc-maçonne, féministe, penseuse libre, orientaliste, bouddhiste mais surtout une des plus grandes exploratrices que le monde ait connu. Le nom d'Alexandra David-Néel est souvent lié au Tibet, à Lhassa, la cité interdite, où elle a réussi à pénétrer après une errance et une persévérance de deux ans et demi sur le "Toit du Monde" grâce à l'ingénieuse idée de se déguiser en dévote tibétaine. Alexandra David-Néel est également connue pour les nombreux ouvrages qu'elle a rédigés, principalement sur le bouddhisme tibétain.

Mais ce sacré bout de femme qui rêvait encore de retourner au Tibet alors centenaire, ne se résume pas uniquement au Tibet et à ses écrits sur le bouddhisme. Dans cet ouvrage, Joëlle Désiré-Marchand, Docteur en géographie et cartographe, passionnée par les civilisations traditionnelles et reconnue comme la spécialiste de la célèbre exploratrice, nous livre une nouvelle fois l'intrépide vie de cette grande dame. Nous y découvrions la vie d'Alexandra David-Néel parfaitement bien contée. Les grandes étapes de sa vie y sont décrites au travers de citations et d'extraits de ses écrits : ses correspondances avec son mari, ses publications dans des revues spécialisées, ses ouvrages, ... Alexandra David-Néel nous apparaît sous un angle différent. L'on y découvre bien évidemment son grand travail mais également ses inspirations, ses idéaux de jeunesse, ses objectifs et ses expériences, ses illusions et désillusions, son courage et sa lucidité, sa passion pour le bouddhisme et l'hindouisme. Mais l'on découvre surtout une femme au caractère bien trempé. Un caractère nécessaire pour entreprendre ces voyages et ces expéditions au début du XXème siècle où le monde était très différent à celui que l'on connaît aujourd'hui. Alexandra David-Néel était passionnée par l'aspect philosophique du bouddhisme mais elle l'était tout autant par les textes de la tradition hindouiste même si elle dénonce sans aucun tabou les pratiques patriarcales de l'hindouisme. Elle avait appris le sanskrit très tôt et avait fait des recherches sur l'hindouisme et ses textes sacrés, le fruit de ses recherches ont été d'ailleurs publié dans des journaux spécialisés. Outre l'Inde où elle y est retournée à plusieurs reprises et le Tibet qui a fait sa légende, Alexandra David-Néel a voyagé à travers toute l'Asie du Sud-Est. Elle l'avait découvert une première fois alors qu'elle n'était alors que cantatrice et qu'elle se produisait en Indochine. Elle fera un premier voyage en Inde alors qu'elle fait ses débuts dans le monde de l'orientalisme. C'est seulement vingt longues années après ce premier voyage en Inde, à l'âge de 43 ans, qu'elle fera son plus grand voyage en Asie du Sud-Est. Un voyage qui fera sa légende. Durant quatorze ans, de 1911 en 1925, elle sillonnera l'Inde avec un long séjour dans la région indienne du Sikkim, mais elle se rendra également en Chine, au Japon, en Corée, en Malaisie, en Birmanie, au Tibet ... Elle découvrira toutes les écoles de bouddhisme de l'Asie du Sud-Est et rencontrera de grands chefs spirituels et de grandes personnalités de l'époque. Elle sillonnera souvent ces contrées à pied très loin de tout confort et très souvent dans des conditions extrêmes. Elle empruntera des chemins qu'aucun occidental, même d'autres explorateurs, n'a jamais traversé car souvent inconnus ou inhospitalière. Elle se fondera dans le décor et ira à la rencontre des peuples, de leurs traditions, de leurs rites, ... Elle ramènera de ce long voyage, des informations inestimables sur cette mystérieuse Orient. 

Elle entreprendra par la suite un second grand voyage vers l'Asie du Sud-Est dont elle constatera ses évolutions en seulement dix ans. Alexandra David-Néel devra écourter son voyage à cause de la Seconde Guerre Mondiale. Ce que je vous écris là est une infime partie de ce que vous trouverez dans ce livre très passionnant. Vous y découvrez surtout la trace indélébile qu'Alexandra David-Néel à apporter au Monde grâce à ses expéditions hors des sentiers battus et son expérience dans des ermitages ou des monastères. Contrairement à d'autres explorateurs de cette contrée à l'époque qui suivait les chemins tout tracés, Alexandra David-Néel n'a pas hésité à braver les interdits et les dangers, à réussi -grâce à sa confession au bouddhisme- à pénétrer dans des lieux interdits aux étrangers et à vivre des expériences réservées aux seuls bouddhistes. Elle a pu explorer des zones géographiques aujourd'hui interdite : le Tibet et la Corée du Nord. Mais ce qui est encore plus impressionnant, c'est qu'elle a découvert des cultures grâce à sa façon de se camoufler parmi les locaux. Contrairement aux autres orientalistes de l'époque, des rats de bibliothèque, Alexandra David-Néel s'impliquait au plus profond d'elle-même dans sa quête du savoir et très souvent au péril de sa vie. Elle a laissé un merveilleux et inestimable héritage, une véritable expérience humaine qui traverse le temps et les générations sans prendre de rides. De plus, elle apporte à travers sa vie, une très belle leçon de vie. Alexandra David-Néel est pour cela incontestablement un passeur de notre temps. N'hésitez pas à lire ce condensé de la vie d'Alexandra David-Néel, il apporte une lecture très intéressante et permet la découverte de ses différents ouvrages. L'ouvrage est complété par deux cartes sur les deux principales expéditions de l'exploratrice, des photographies, une bibliographie ainsi que des repères biographiques.









La liberté prônée par Yang-tchou s'appuie néanmoins sur une morale rigide dont le code se borne à un unique article : la droiture, explique la vulgarisatrice. Le philosophe insiste aussi sur la vanité de la gloire, une pensée également chère à Alexandra comme elle l'est aux hindous, aux yogis, aux bouddhistes et à tous les sages qui marchent sur le chemin du détachement. On imagine la jubilation de la future exploratrice en découvrant l'enseignement de ce personnage !
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Telle est la tragédie de l'Inde mystique, fille d'un héritage culturel plurimmilénaire. Terre de paix et de violence, terre de tous les contrastes et de toutes les croyances; l'Inde demeure pourtant celle des pensées les plus subtiles et les plus tolérantes, celles de auteurs d'Upanishads et de l'Advaïta Vedânta, la philosophie qui enseigne la non-dualité, c'est-à-dire l'unité de la Création et du Créateur. C'est aussi celle du Dhammapada, la doctrine du Bouddha qui repose sur la compassion envers tous les êtres vivantes, animaux y compris. C'est à celle Inde-là qu'Alexandra est sensible.
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Alexandra David-Néel, passeur pour notre temps

De Joëlle Désiré-Marchand

Préface de Marie-Madeleine Peyronnet

Éditions"Le Passeur" - Document - Date de parution : 14 janvier 2016 - ISBN : 978-2368903353 - 272 pages

Prix éditeur : Livre papier : 18,90 € - Livre numérique : 8,99 €


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