"L'Inde en héritage" de Abha Dawesar



L'enfant est un petit garçon chétif, à la santé fragile mais drôlement intelligent. Il analyse tout ce qui l'entoure même s'il le fait d'une manière innocente et naïve. L'enfant retient avec une facilité déconcertante, les mots utilisés par ses parents médecins à travers les minces cloisons de leur maison dispensaire. Une maison qui est en réalité un petit appartement au rez-de-chaussée, où ses parents ont chacun leur cabinet de consultation et une pièce à tout faire. "Père" et "Mère" élèvent avec bienveillance et beaucoup d'amour leur fils unique sans trop le gâter. Ils ne souhaitent pas que leur fils devienne comme ses grands cousins, Camé Raté le toxicomane et l'autre, le Cousin, un être méchant, calculateur, cupide et flirtant avec le milieu. Dans la famille de l'enfant, du côté de Père, il y a une grande fratrie. Grand-Père est le patriarche radin de la famille qui a eut huit enfants. Tout le monde attend sa mort pour s’approprier son appartement en propriété libre et surtout son argent. Parmi ceux qui convoitent le plus les biens du Grand-Père sont l'oncle Six-Doigts, son épouse cupide et son fils le Cousin qui vivent chez lui et qui lui rendent la vie impossible. "Père" et "Mère" ont de nombreux soucis, en plus que ceux causés par la famille Six-Doigts. Le principal problème est celui avec Madame Bouse, la propriétaire de la maison dispensaire qui arrose les patients et qui a intenté un procès contre eux. "Père" et "Mère" rêvent qu'un jour ils pourront ouvrir un autre dispensaire ailleurs mais les finances ne permettent pas un tel investissement, d'autant plus qu'il faut y ajouter une somme conséquente pour des pots-de-vin. "Père" a aussi la charge de trouver un mari à la fille de son frère, une fille qui n'est pas la sienne mais celui d'un malfrat qui fait la une des actualités. L'enfant sera témoin de toute l'agitation qui secoue ses parents et sa famille, il sera malgré lui porteur de nombreux secrets de sa famille et des complots qui s'y trament. .



"L'Inde en héritage" est un roman original, intelligent, bien écrit et très intéressant. Il suffit de lire quelques pages pour ne plus vouloir le lâcher. Tout le roman est centré sur l'enfant, l'enfant qui entend, voit, constate, découvre, vit. Et autour de lui, tout un éventail de personnages assez atypiques. Mais le lecteur a beau lire tout le roman, à aucun moment il ne trouvera de prénoms ou de noms mais uniquement des surnoms. L'enfant restera l'enfant, tout comme ses parents "Père" et "Mère", le grand père "Grand-Père" et le cousin "Cousin". Pour les autres membres de la famille - les oncles et les tantes- chacun aura son surnom en référence à un trait physique ou comportemental : Prout, Psoriaris, Poudre, Six-Doigts, Parfaite, Paria et Paget. Des surnoms naïfs tels que les inventeraient des enfants, pour que le lecteur reste à hauteur de l'enfant. Avec ses nombreux personnage, Abha Dawesar nous propose un bel échantillon. L'enfant est plus qu'un simple témoin de la vie des autres. Comme ses parents, il observe, écoute et ausculte. Une habitude prise lorsqu'il est seul dans la pièce à tout faire et qu'il écoute à travers la fine paroi de séparation les bruits et les conversations. Ainsi il diagnostique la maladie qui ronge chacun et indirectement les maux dont souffre l'Inde. Car dans les "aventures" de ce roman, l'on dépoussière les fléaux de l'Inde : corruption, pots-de-vin, le poids des traditions, mariage arrangé, mariage intercaste, pauvreté, kidnapping, bidonvilles, l'accès difficile aux soins, trafics d'organes, rôle de la femme, ... La corruption est la plus représentée, dans l’administration et la police, où se heurtent souvent des gens honnêtes, tels le sont "Père" et "Mère" qui n'ont pas d'autres choix que de faire avec le système même si c'est contre leurs principes. Le lecteur apprend à connaître les personnages à travers la lucarne qui sont les yeux de cet enfant. La nature humaine est complexe : certains sont cupides, d'autres s'effacent, d'autres ont un besoin constant de reconnaissance, d'autres ont besoin de braver les interdits, d'autres agissent sans chercher à avoir une compensation en retour, ... On découvre également la facilité à un enfant à mémoriser les mots, l'enfant connaît énormément de termes médicaux et lorsqu'il ne le connaît pas, sa curiosité le pousse à ouvrir un dictionnaire. Même si l'enfant est doué, les problèmes de ses parents l'empêche à se concentrer à l'école. Concernant le lieu où se déroule le roman, c'est l'Inde bien évidement. La ville n'est pas clairement mentionnée, le roman pourrait se dérouler dans n'importe quelle ville indienne même si l'on pencherait plutôt pour Delhi. "L'Inde en héritage" offre une très belle lecture. C'est un savant mélange d'ironie, d'autocritique, de "tragicomique" avec un fond de complot politique.


Il grandit avec la maladie. La malaria et les maladies infantiles, comme la varicelle, qui le touchent lui, mais aussi celles des autres : calculs rénaux, arythmie, leucémie, méningite, dépression, saignements utérins et eczéma. Il baigne dans l’odeur forte des muqueuses et la musique des laryngites. Le son des femmes qui, heure après heure, viennent se plaindre de leurs règles, leurs menstrues, comme elles les nomment. Son aigu de truies. Des heures, enfant, passées à songer à la couleur de la pisse du monde.
Page 7-8



L'Inde en héritage

De Abha Dawesar

Titre original : Family Values

Roman traduit de l'anglais (Inde) par Laurence Videloup

Éditions Héloïse d'Ormesson - Date de parution : 20 août 2009 - ISBN : 978-2350871219 - 316 pages - Prix éditeur : 20 €

Éditions Héloïse d'Ormesson - Collection : 10/18 - Date de parution : 1 juin 2011 - ISBN : 978-2264052063 - 348 pages - Prix éditeur : 8,40 €


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