La véritable histoire d'un Indien qui fit 7000 km à vélo par amour de Per J. Andersson

#histoirevraie #perjandersson #PKMahanandia #delhi #hippies

"La véritable histoire d'un Indien qui fit 7000 km à vélo par amour" n'est pas une fiction mais l'histoire vraie d'un intouchable du nom de Pikej qui a connu un fabuleux destin. Né sous de bons hospices en Orissa dans une famille où ses membres ont bravé leur statut d'intouchables. L'un de ses grands-pères était chasseur d'éléphant pour le roi d'Athmallik et bénéficiait du regard bienveillant de la part du roi puis des Britanniques. Le second fut chef de village et juge, un statut qu'il a obtenu grâce aux Britanniques. Le père de Pikej était quant à lui fonctionnaire de la poste à Athmalik et a ainsi permis à ses fils de bénéficier d'études. Même si la famille à Pikej vivait modestement, rien de leur manquait et leurs parents étaient aimant, tolérant et moderne dans leur façon de penser. Pikej a vécu une enfance heureuse et même si sa scolarité était difficile car il avait toujours son statut d'intouchable gravé sur le front, il fut un élève brillant jusqu'à qu'il fasse des études d'ingénieur qui ne lui correspondait pas. Il s'inscrit ensuite aux beaux-arts et obtient une bourse pour intégrer les Beaux-Arts à New Delhi. La vie à Delhi était très difficile, mais il se mélangea très rapidement aux hippies venus d'Europe souvent en voiture. Pour subvenir à ses besoins, il devient très vite artiste de rue et proposa de dessiner le portrait à 10 roupies près d'une fontaine. L'affaire marchait assez bien et le destin a voulu que des grands personnages historiques se fassent tirer leur portrait par lui ou s'intéresse à son art comme Indira Gandhi. C'est à cette même fontaine, qu'il rencontrera Lotta, une suédoise qui est venue en Inde avec son minibus et des amis. En effet, ce récit se situe dans les années 1970, et la vague hippies se déplaçait d'Europe à l'Inde via l'Iran, l'Afghanistan et le Pakistan. C'est pour cette Lotta et pour son amour pour elle, qu'il enfourchera un jour un vélo pour se rendre en Suède en empruntant la "Hippie Trail" où s'y croisent les hippies se rendant en Orient ou en rentrant en Occident. Ce récit, par l'histoire de Pikej plus connu sous PK Mahanandia, est avant tout un témoignage d'un intouchable et une énumération des discriminations faites à cette basse caste. L'amour pour Lotta et son voyage sont relégués en seconde partie, contrairement à ce que l'on pourrait croire au vue du titre. Avant de feuilleter le livre, je n'avais pas eu connaissance que c'était une histoire vraie, ou en partie. C'est en voyant les photos de Pikej et de sa famille que je l'ai découvert. L'idée de raconter son histoire est une très bonne idée, mais je trouve la manière dont elle est racontée très brouillon. En début de roman j'ai également eut du mal avec la chronologie des faits. De plus, certains faits sont trop vites contés et d'autres sans importance sont tirés en longueur. Je peux comprendre que le livre ne plaise souvent pas, le lecteur peut s'attendre à une aventure romanesque et se retrouve en fin de compte dans un récit qui n'a rien à voir sur une énorme partie du livre. J'ai préféré la première, où l'on découvre le parcours de Pikej, son village, les croyances de sa mère, sa scolarité, son installation chaotique à Delhi et son combat de tous les jours pour survivre. L'histoire est quelque fois si surprenante que l'on se demande comment tous ces évènements peuvent arriver à un seul homme. Une chose est sûre, cet homme s'est rendu en Suède et à retrouver Lotta le 28 mai 1977.

La lisière de la forêt était l'horizon de Pikej, mais son monde allait au-delà et s'enfonçait dans la forêt. Voilà ce qui formait son monde : le village et la forêt. Rien d'autre. La forêt est infinie, mystérieuse, et en même temps elle avait pour lui quelque chose de familier et de rassurant. Elle tenait à la fois de l'aventure et de l'évidence. Il avait seulement entendu parler de la ville, mais n'était jamais allé. Pages 15-16

Avant que Pikej n'entre à l'école, il ignorait tout des caste. Personne ne lui avait expliqué que les hommes étaient divisés en quatre catégorie et des milliers de sous-catégories. Il n'avait jamais entendu parler du Rig-Veda, cette collection d'hymnes sacrés remontant à plusieurs millénaires, où l'origine des castes est décrite. Il ignorait que les brahmanes, c'est-à-dire les prêtres, venaient de la bouche de Purusha les kshatriyas, autrement dit les guerriers, venaient des bras, les vaishyas, soit les commerçants, les artisans et les paysans, de ses cuisses, et, enfin, les sudras, c'est-à-dire les ouvriers et les serviteurs, de ses pieds. Page 19

Quand elle avait terminé, Pikej se levait, roulait sa natte et recevait aussi un point de kajal, censé le protéger des esprits malins, disait-elle. Il n'avait même le droit d'avoir un morceau de ghi sur le front. Une fois dehors au soleil, le beurre lui fondait sur le visage. Le beurre était la manière qu'avait trouvée Kalabati pour dire au reste du village que leur famille n'était pas pauvre. Page 29

Kalabati vénérait le soleil et le ciel, les singes et les vaches, les paons, les cobras et les éléphants. Elle vénérait l'arbre tulsi, le basilic sacré au parfum de réglisse, les pipal ou figuier des pagodes et le neem ou margousier, dont les branches avec leur sève antibactérienne servaient de brosse à dents. Pour Kalabati, tout ceci attestait de la présence divine. Dieu existait dans ce qui était et vivait auprès d'eux. Page 30

Parmi les enfants des intouchables du village, il était le roi. Il ramassait des cailloux qu'il trouvait le long du chemin. Des cailloux plats, polis, doux et de couleur claire. Il prenait du charbon de bois de foyer dans la cuisine et peignait sur ces cailloux des soleils levants et couchants, et des montagnes recouvertes des forêts. Page 55

Pikej revint sur ses pas et passa sa première journée de classe seul dans un coin de la cour à refouler ses larmes. Le deuxième jour, il trouva une mare derrière le bâtiment de l'école où il joua tout seul. Au bout d'une semaine, il aspirait à ces moments de tranquillité près de la mare. Mais il ne comprenait toujours pas pourquoi il n'avait pas le droit de se mêler à ses camarades de classe. Il regarda son visage dans le miroir de l'eau, cherchant des traits et une couleur qui seraient différentes des autres. Son nez était peut-être trop plat, sa peau trop foncée, ses cheveux trop bouclées ? Tantôt il croyait voir dans son reflet une créature de la forêt, tantôt un enfant semblable aux autres. Page 60

Chaque jour après l'école, il allait là-bas, au cirque. Enfin un endroit où il était bien traité ! Il aimait les manières simples et franches des saltimbanques, leur curiosité et leur absence de préjugés. Il répondirent à ses questions et écoutaient ses récits. C'était quelque chose de nouveau pour lui. Au bout de plusieurs jours, ils lui proposèrent du travail. Il se dit : Pourquoi pas ? Il ignorait que les brimades continueraient à l'école, optimiste comme il était. Sans réfléchir, il accepta l'offre qui lui était faite. Il était flatté. Pour la première fois de sa vie, il était le bienvenu quelque part. Page 80

La véritable histoire d'un Indien qui fit 7000 km à vélo par amour

De Per J. Andersson

Traduit du suédois par Hélène Hervieu

Titre original : New Delhi - Borås : den osannolika berättelsen om indiern som cyklade till Sverige för kärlekens skull

Éditions Fleuve - Broché - ISBN : 978-2265098312 - Prix France : 18,90 €

©2020 par L'Inde en Livres - Atasi