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"Le Palpasa CafĂ©" de Narayan Wagle đŸ‡łđŸ‡”

Plus personne de ma famille ne vivait encore là, mais j'étais ici chez moi. Dans mes peintures il y avait les contours de cette montagne, l'ombre de cet arbre, les traits de ce chemin. Mes peintures étaient colorées de la tente de ces rhododendrons en fleur. C'était ces collines qui m'avaient appris à apprécier les nuances de couleurs. Ce lieu était la source de mon inspiration pour mes tableaux. L'eau vive qui coulait dans mes peintures était celle qui coule ici. C'était ces fleurs qui m'avaient donné l'amour de la beauté. Cette brume qui se formait au loin renfermait mes secrets. La terre sur laquelle je me tenais, le vent que je respirais, le rayon de soleil qui me réchauffait, c'était tout cela qui faisait ce que je suis aujourd'hui.



Drishya est un artiste peintre de Katmandou dont ses origines sont les montagnes nĂ©palaises. À la trentaine passĂ©e, son art est reconnu au-delĂ  des frontiĂšres du pays et son travail a fait l'objet d'une publication dans un livre. Drishya a une vie agrĂ©able, il habite une maison appartenant Ă  une famille vivant aux États-Unis, il possĂšde une galerie, il a dĂ©jĂ  traversĂ© la frontiĂšre pour aller en Inde mais ce qui le comble plus que tout c'est qu'il exerce un mĂ©tier qui lui plaĂźt. Alors qu'il connaĂźt enfin l'amour avec Palpasa, une nĂ©palaise revenue au pays afin de vivre aux cĂŽtĂ©s de sa grand-mĂšre et qu'il avait rencontrĂ© lors de son voyage Ă  Goa, le NĂ©pal est frappĂ© de plein fouet. La famille royale vient de se faire assassiner plongeant les nĂ©palais dans l'incomprĂ©hension la plus totale et poussant par la mĂȘme occasion Katmandou aux portes de l'anarchie. Comme si cela ne suffisait pas, Drishya reçoit un visiteur indĂ©sirable, Siddhartha. Les deux hommes se sont rencontrĂ©s lors de leurs annĂ©es au collĂšge. Mais le problĂšme avec Siddhartha c'est qu'il est un rebelle maoĂŻste. FrĂ©quenter ce type de personnes peut causer de sĂ©rieux ennuis Ă  Drishya, encore plus lors de ces pĂ©riodes de troubles. Pourtant Drishya acceptera la proposition de Siddhartha, celle de se rendre avec lui Ă  la campagne afin de constater ce qu'est devenu son pays et la rĂ©gion de son enfance, ce bout de montagne qu'il a quittĂ© voilĂ  quinze ans grĂące Ă  l'insistance de ses parents voulant qu'il fasse des Ă©tudes Ă  la ville. Lors de ce voyage, Drishya verra ce qu'est devenu cet arriĂšre-pays qui lui avait appris Ă  peindre et qui est la source de son inspiration. Pourtant, la campagne est dĂ©sormais diffĂ©rente de celle de ses souvenirs, le danger rĂšgne et dans les villages ne subsistent que les vieillards, les veuves et les jeunes enfants. Ses parents n'y vivent plus et nombre de ses amis d'enfance sont morts. Pourtant, Drishya a un rĂȘve pour ces montagnes, y ouvrir un hĂŽtel-cafĂ©-galerie. Malheureusement, le voyage prendra une tournure dĂ©sastreuse.


"Le Palpasa CafĂ©" est le premier roman qu'avait Ă©crit Narayan Wagle, l'un des rĂ©dacteurs en chef les plus reconnus au NĂ©pal et qui durant sa carriĂšre de journaliste Ă  tĂ©moigner de l'Ă©volution politique de son pays qui, d'une monarchie est devenu une rĂ©publique dĂ©mocratique. À travers ce roman mĂȘlant rĂ©alitĂ© et fiction, Narayan Wagle nous transporte Ă  la rencontre d'une page de l'histoire du NĂ©pal, une histoire mĂ©connue et pourtant toute rĂ©cente : celle de la guerre civile qui a secouĂ© le NĂ©pal Ă  partir de 1996, qui est devenu hors de contrĂŽle Ă  partir du 1er juin 2001 avec le massacre de la famille royale et qui s'est "terminĂ©" en 2006. Une guerre civile qui a laissĂ© une marque indĂ©lĂ©bile pour plusieurs gĂ©nĂ©rations. Dans "Palpasa CafĂ©", nous y suivons Drishya, un homme sans conviction religieuse, ni politique, qui vit par son art et pour son art. Une jeunesse presque insouciance si le malheur n'allait pas frapper le pays en apportant les violences, attentats, meurtres, kidnapping, etc.

"Palpasa CafĂ©" est Ă©galement un roman, dans lequel son auteur, Narayan Wagle, met en valeur toute la beautĂ© du NĂ©pal en y apportant de nombreuses descriptions dĂ©taillĂ©es notamment lors du sĂ©jour de Drishya dans les montagnes. Qui mieux qu'Ă  travers les yeux d'un peintre, peut mieux raconter la beautĂ© des paysages. Qui mieux qu'un homme connaissant ces montagnes depuis son enfance peut mieux les dĂ©crire. Ce qui Ă©galement intĂ©ressant dans "Palpasa CafĂ©", ce sont les nombreuses rencontres de Drishya. Encore une fois, les plus belles et les plus intĂ©ressantes seront celles qu'il fera lors de son pĂ©riple dans les montagnes. Ses amis de Katmandou sont avant tout le reflet d'une gĂ©nĂ©ration qui rĂȘve d'ailleurs et Palpasa sera quant Ă  elle le reflet de cette jeunesse nĂ©palaise ayant grandi loin du NĂ©pal.

Drishya restera tout le long du roman un personnage mystĂ©rieux, presque impĂ©nĂ©trable, indĂ©cis, fuyant ses sentiments et d'une grande gĂ©nĂ©rositĂ©. Son pĂ©riple sur les chemins qu'il emprunta lorsqu'il Ă©tait enfant lui fera effectivement prendre conscience de la mĂ©tamorphose de son pays. Il y prendra Ă©galement conscience que les Ă©vĂšnements ont pris une tournure dramatique en sacrifiant une gĂ©nĂ©ration sur l'autel de la rĂ©bellion et par la mĂȘme occasion l'innocence de la jeunesse. Drishya c'est Ă©galement le destin d'un homme des montagnes venu Ă  Katmandou pour s'offrir une autre vie. Le prologue puis l'Ă©pilogue en fin de roman qui ont Ă©crit par Narayan Wagle nous feront prendre conscience et surtout confirmer que Drishya n'est pas un personnage de fiction. Son histoire et celles des personnages rencontrĂ©es Ă  travers le roman sont l'histoire de nombreux jeunes nĂ©palais fauchĂ©s en pleine jeunesse pour des idĂ©aux politiques. Le livre de Narayan Wagle peut ĂȘtre interprĂ©tĂ© comme un roman anti-guerre. Narayan Wagle nous entraĂźne vers le bord du prĂ©cipice et nous oblige Ă  regarder au fond de celui-ci. C'est un roman qui vous prend Ă  vif comme une blessure ouverture, la rĂ©alitĂ© de la tragĂ©die du NĂ©pal s'emboite Ă  la perfection dans sa fiction, s'entremĂȘlant au point de ne plus savoir oĂč s'arrĂȘte l'une pour laisser la place Ă  l'autre.

"Le Palpasa Café" est un roman traduit en langue française par Suraj Shakya - un népalais qui est artiste, traducteur et gérant l'agence touristique Népalayak -  mais qui est difficile de trouver en France. "Palpasa Café" est un roman que vous trouverez principalement au Népal mais également en Inde dans sa version anglaise. C'est un livre à acheter lorsque vous ou votre entourage se rendront dans ces pays.  En tous les cas, si vous le trouvez, n'hésitez surtout pas à l'acheter et à le lire. Le livre est un best-seller au Népal, il a créé au cours de sa premiÚre année de publication, un record de vente pour un livre népalais avec 25.000 exemplaires.


De l'endroit oĂč je me trouvais, derriĂšre un arbre, ni la fille, ni le garçon ne pouvait me voir. Ils ne se doutaient pas que je les regardais. Je voulais figer son image dans mon esprit, car il Ă©tait probable que, demain, elle ne soit plus la mĂȘme jeune fille. Elle aurait peut-ĂȘtre un fusil Ă  l'Ă©paule. Participerait-elle au pillage d'un poste de police un jour, tout comme le font les terroristes ? J'avais du mal Ă  l'imaginer rĂ©volutionnaire, terroriste, martyr. Comment pouvait-elle s'imaginer, un instant, se retrouver dans une telle situation alors qu'elle Ă©tait en train de cueillir des mandarines, une Ă  une et de remplir le panier ? Demain, elle pourrait ĂȘtre abattue d'une balle dans la tĂȘte. Son corps couvert de sang serait alors transportĂ© dans un panier comme le sien, loin de son pĂšre et de son frĂšre.

 

Le Palpasa Café

De Narayan Wagle

Traduit du népalais en français par Suraj Shakya

Traduction améliorée par Isabelle Lippitsch

Éditions nepa-laya - ISBN : 978-9937-8924-2-1 - 333 pages

Édition originale en nĂ©palais par Publication nepa-laya en 2005, traduction anglaise par Publication nepa-laya en 2008, Ă©dition anglaise par Random House (Inde) en 2010, traduction corĂ©enne par The Forest of Litterature en 2011, traduit et publiĂ© en langage singhalais (Sri Lanka) en 2016, traduction française par Publication nepa-laya en 2014 puis 2017






Pour terminer, je voulais sincĂšrement remercier Daniel - un ami au grand cƓur et au grand savoir - et Suraj Shakya qui a permis Ă  un exemplaire de ce sublime roman de voyager du NĂ©pal en France. Avec toute ma reconnaissance, merci Ă  vous.


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