"Le silence en héritage" de Alison McQueen

Au fil de l'inéluctable passage des ans, la vie dans la cour du pavillon se poursuivait, régulière et stable, nichée dans son petit univers composé de la grande maison, du moulin à blé, de la grange en bois ouverte abritant la grosse batteuse-vanneuse à riz, de la cuisine, de l'étable, du poulailler. D'autres animaux - des chèvres, deux porcs, les vaches brahmanes à bosse - évoluaient où bon leur semblait. Les filles de Chinthimani n'auraient jamais faim. De jour en jour, elles se fortifiaient. La pâleur de leur teint et leur étrangeté de leurs prénoms les distinguaient des autres enfants avec qui elles n'avaient pas le droit de jouer. De sorte qu'elles passaient leur temps à courir dans la cour, à harceler Shurika pour qu'elle demande au cuisinier de préparer des confiseries et du sirop de sucre.

Assam dans les années vingt


Serafina et Mary sont anglo-indiennes. Elles sont les filles de James Macdonald, écossais et gestionnaire d'une plantation de thé en Assam, et de sa concubine, Chinthimani. Après quelques années à s'occuper de sa concubine et de ses filles, il rencontre une femme anglaise, Dorothy, avec laquelle il souhaite faire sa vie. James ne prend plus le temps de se rendre dans le pavillon qu'il avait aménagé pour sa concubine dans un coin de sa propriété et voit donc moins souvent ses filles.

Chinthimani déprime de ne plus être désirée par James et noie son chagrin dans l'alcool. Morte d'ennui, un jour, elle décide de se rendre au village avec ses filles et enfreint ainsi la consigne de James, celle de ne jamais se montrer. Rapidement au courant, James prend conscience qu'il est grand temps d'avouer à Dorothy l'existence de ses enfants. Il prend également conscience qu'il est l'heure d'offrir un meilleur avenir à ses filles, grâce à l'éducation. Alors qu'elles ont six et huit ans, Serafina et Mary sont envoyées dans un pensionnat. Elles ne reviendront que rarement dans la propriété de leur père, durant de rares vacances scolaires, jusqu'à ne plus y revenir sans connaître les raisons.


"Le Silence en héritage" est un roman qui nous transporte à l'époque du Raj Britannique, au cours des années vingt et se terminant peu avant l'Indépendance. Contrairement aux nombreux autres romans se déroulant à cette époque, celui-ci à la particularité d'avoir comme protagonistes, deux filles anglo-indiennes, fruit d'une union entre un anglais et une concubine. Une concubine est une jeune femme achetée pour satisfaire les besoins d'autrui, souvent un homme riche et haut placé, pratique très courante lors de la colonisation. L'écrivain indonésien Pramoedya Ananta Toer en fin souvent référence dans ses romans mais concernant l'Inde, leur présence est a priori rarissime.

Durant tout le roman "Le Silence en héritage", le lecteur suivra Serafina et Mary de leur naissance, au début de leur vie maritale. Leur vie est un lourd secret, pour avancer dans la vie, elles devront faire abstraction de leur passé et de leurs origines. Serafina et Mary ne vivront jamais dans la demeure de leur père et avec leur père, elle ne fréquenteront jamais son entourage. Elle grandiront d'abord auprès de leur mère et d'une armada de serviteurs dans une maison à l'écart de la propriété de leur père. Durant ces quelques années, elles seront entourées d'indiens et vivront une vie simple, choyée, elles n'auront aucune règle à respecter et seront libres de leur mouvement jusqu'à leur père les envoie au pensionnat. Le pensionnat deviendra leur nouvelle maison. Les deux sœurs ont chacune un trait de caractère à l'opposé de l'autre, tout comme leur physique. Serafina la plus âgée comprendra très jeune la relation de ses parents et la folie de sa mère, elle s'enfermera dans un profond mutisme où elle ira même à vouloir rejeter sa sœur. Quant à Mary, elle a l’insouciance de la jeunesse et conservera son trait de caractère même après être devenue une adulte. Leur vie à toutes les deux sera moins difficile qu'elle aura pu être - en tant qu'anglo-indiennes - car elles ne seront jamais reniées par leur père, qui, à palier son absence en leur offrant des études et par la même occasion un avenir.

 "Le Silence en héritage" est un roman qui nous fait voyager aux quatre coins de l'Inde : l'Assam, à la frontière entre l'Inde et de l'actuel Myanmar, Bangalore, Bombay (Mumbai) et le Cachemire. L'histoire se déroule alors que la Seconde Guerre Mondiale fait rage et que le mouvement "Quit India" soulève l'Inde. Les filles sont indirectement impactées par ces évènements. "Le Silence en héritage" soulève de nombreux sujets notamment liés aux femmes : la vente de jeune fille, le concubinage, l'abandon, le viol, le sort des veuves, ...

Enchantée par le septième roman d'Alison McQueen "La promesse d'un ciel étoilé", je m'attendais à l'être une nouvelle fois avec "Silence en héritage". Après un début qui pouvait donner de la matière au roman, le lecteur peut avoir l'impression que le roman s'enlise. Certaines irrégularités et maladresses peuvent être constatées, pouvant lui donné un sentiment d'ennui lors de certains chapitres. Pour autant, le roman peut convenir à des lecteurs qui cherche un roman "léger". Malgré son nom très britannique, Alison McQueen a des origines indiennes par sa mère et cette influence se ressent à travers les lignes de ses romans. 

Elle le regarda, en proie à l'impression que son cœur se brisait. Les yeux fermés, elle prit une profonde inspiration pour capter les ultimes effluves de l'air lourd et odorant et son esprit s'envola pour s'accrocher à la terre indienne.

"Le silence en héritage" de Alison McQueen

Traduit de l'anglais (Royaume-Uni) par Sylvie Schneiter

Editions France Loisirs - Date de parution : 1er novembre 2018 - ISBN : 978-2298145076 - 494 pages - uniquement en occasion


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