"pondichéry, à l'aurore" Aliette Armel

Ce kaléidoscope de couleurs vivres, cette bousculade d'êtres humains qui se croisent, perpétuellement à deux doigts de s'entrechoquer, ces odeurs lourdes de carburant dans la chaleur qui monte sous le soleil lui tournent la tête. Malgré ses lunettes fumées, certains blancs lui paraissent trop éblouissants. Elle a l'impression d'un "trop", et dans tous les domaines. Des affiches colorées mettent en valeur des portraits d'hommes et de femmes, des politiques, d'aujourd'hui et parfois d'hier - elle reconnaît Gandhi -, avec une sorte d'ingénuité.

L'amitié entre Claire et Louise est née lors d'un petit-déjeuner dans la salle de restaurant du Grand Hôtel de Stockholm. Claire, assise à la table voisine de Louise, avait été envoyée à Stockholm pour représenter le CNRS aux cérémonies de remise des prix Nobel. Louise, quant à elle, venait de débarquer de Pondichéry où elle y effectuait un séjour dans l'ashram de Sri Aurobindo. Elle s'était rendue à Stockholm car son mari, Sir Gerald Manding, écrivain de théâtre et réalisateur de films cultes, devait recevoir le prix Nobel de littérature. Louise n'était pas ravie d'avoir dû précipitamment  interrompre son séjour en Inde pour son mari avec qui elle n'entretient plus aucune relation depuis un certain temps. Mais les Carrois du Réau, le clan familial franco-anglais de son époux, lui avaient envoyé une missive et elle n'avait pas d'autre choix que de capituler, comme toujours. Louise, psychologiquement fragile, trouvera auprès de Claire un réel soutien et proposera à sa nouvelle amie de la rejoindre à Pondichéry dès la fin des cérémonies du prix Nobel.

Mais Louise et Claire ne seront pas les seules à rejoindre Pondichéry car tout le clan Carrois du Réau a décidé de venir à l'ancien comptoir français dont Sir Gerard Manding. Ce dernier, en pleine quête artistique, a besoin de nouer une relation avec l'Inde où il a failli naître. 

Entre secrets de famille qui rejailliront du passé et la mort subite de Sir Gerard Manding, ce séjour à Pondichéry sera loin de tout repos. Il marquera le début d'une mission d'envergure pour Claire, écrire une biographie sur le prix Nobel de littérature.


La moiteur ... un air doux, collant, surchargé d'odeurs et d'humidité, celle des tropiques toujours perceptible, même lorsque la mousson s'est éloignée ... des hommes au teint sombre, portant une moustache, des femmes en sari au port de reine et des enfants joyeux. Ils s'affairent comme en plein jour, alors qu'il est presque 3 heures du matin. Dès le premier instant, Gerald est propulsé "ailleurs", dans cette Asie où ne l'ont jamais conduit ses déplacements liés au théâtre et à la littérature.

"pondichéry, à l'aurore" est un roman sublime, où il est important de se familiariser rapidement avec ses différents protagonistes. Ces derniers appartiennent quasiment tous à une communauté franco-anglaise aisée unissant trois familles et dont Léonore Carrois du Réau, octogénaire, est le pivot. Il n'est pas tout de suite facile de comprendre la complexité de leurs relations et de leur personnalité mais au fur et à mesure que le lecteur avance dans sa lecture, tout paraît plus clair.

Dans "pondichéry, à l'aurore", le lecteur est transporté en plusieurs lieux : Paris, Londres, Stockholm, Pondichéry et Auroville. Ce changement de lieux permet au lecteur d'y ressentir plusieurs ambiances assez différentes l'une de l'autre.


Le roman débute dans un cimetière parisien où l'on y trouve Claire devant la tombe de Sir Gerald Manding, l'anglais. S'ensuit un retour en arrière de trois mois. Sir Gerald Manding, encore de ce monde, vient d'apprendre qu'il sera le prochain prix Nobel de littérature. Après ce passage à Londres, le lecteur est amené à Pondichéry où il fait la connaissance de Louise et de Gaspard Carrois du Réau qui vit depuis des décennies à l'ashram de Sri Aurobindo. Dans les chapitres suivants, le lecteur se retrouve à Stockholm au mois de décembre et assiste aux nombreuses cérémonies des prix Nobel et aux sorties organisées dans les différents hauts lieux culturels de la ville. C'est également les chapitres où la personnalité des différents personnages apparaît plus clairement. Le lecteur y découvrira à quoi s'apparente les cérémonies du prix Nobel et le faste de ses célébrations. Évidement, le moment le plus attendu est celui où le roman prend une autre tournure en amenant son lecteur en Inde, à Pondichéry et Auroville. Chaque personnage y fait une activité différente et cela permet d'apercevoir plusieurs aspects d'un voyage dans ce coin de l'Inde. Mais le lecteur pressant que l'heure du dénouement final est arrivée, c'est-à-dire les raisons du décès de Sir Gerald Manding, et pourtant .... "Pondichéry, à l'aurore" est un roman où les secrets de famille finissent par apparaître et Claire, "une pièce rapportée" sera le témoin oculaire de la fragilité du socle de la famille Carrois du Réau qui est prêt à se briser à n'importe quel moment.


Dans "pondichéry, à l'aurore", Aliette Armel,  romancière et critique littéraire, nous offre un roman à la hauteur de ce que l'on peut espérer d'une personne de sa stature. Nous apprécions qu'elle fasse, tout le long de son roman, référence à la littérature et à de grands écrivains : Virgina Woolf, Rumer Godden, Albert Camus, ... Voyageuse et amoureuse de l'Inde, elle nous y transmet tout son amour pour ce pays en évoquant son histoire, sa spiritualité, sa psychologie, ses paysages, ... Aliette Armel, nous y partage ses souvenirs de Pondichéry et d'Auroville et de nombreuses informations qu'elle y a glanées. L'Inde est partout et s'invite même en pleine cérémonie des prix Nobel. Ayant participé en 2008 à la "semaine des Nobels" Aliette Armel permet également à ses lecteurs de pouvoir découvrir de près cet évènement annuel important et ses coulisses.


"pondichéry, à l'aurore" est un roman magnifiquement bien écrit, extrêmement riche et avec une histoire très prenante. Peu connu, il mérite pourtant d'être lu par toutes les personnes qui aime les beaux romans.


Il vient de se surprendre lui-même. Face aux télévisions du monde entier, il est encore capable de se laisser emporter par ses pulsions. Le désir de l'Inde lui serait revenu, comme une urgence, à l'instant où le prix Nobel lui est attribué ?

pondichéry, à l'aurore

Aliette Armel

Éditions Le Passage - Date de parution : 13 janvier 2011 - ISBN : 978-2847421613 - 314 pages - Prix éditeur : 18,25 €


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