Qui sont les Van Gujjar ?



Qui sont les Van Gujjar ?


A l'occasion de la première émission "Rendez-vous en terre inconnue" de Raphaël de Casabianca - que nous connaissons pour avoir présenté "Echappées Belles" - ce dernier nous donne rendez-vous en Inde du Nord, à la rencontre des Van Gujjar. Raphaël de Casabianca ne sera pas seul à les rencontrer car l'invité est l'acteur, auteur-réalisateur et dresseur animalier Franck Gastambide.

Rendez-vous en terre inconnue sur France 2 le mardi 19 mars 2019 à 21 heures.




Les Van Gujjar, originaires de l'État du Jammu-et-Cachemire est une tribu nomade du Nord de l'Inde qui sont des éleveurs de buffles d'eau et dont leur vie consiste à prendre soin de leurs animaux et à leur procurer de la nourriture.

Certains membres de cette tribu, passent l'hiver dans les terres sauvages des basses terres des collines de Shivalik où ils peuvent trouver du feuillage épais qui leur fournit beaucoup de fourrage et beaucoup d'isolement. En avril, alors que les températures augmentent, que les feuilles fournissant le fourrage et les cours d'eau s'assèchent, les Van Gujjar, des nourrissons aux vieillards, reprennent la route. Ils vont ainsi marcher dans l'Himalaya où la fonte des neiges leur apportent de belles praires où ils pourront faire brouter leur troupeaux et de nombreux cours d'eau. Lorsqu'à la fin du mois de septembre, le froid se fait ressentir, ils retournent dans les collines du Shivalik pour l'hiver et où la vie a repris après les pluies de mousson.

Les Van Gujjar sont végétariens et traitent leurs animaux comme des membres de leur famille.

Les Van Gujjar vivent et migrent avec leurs buffles depuis près de 1500 ans. Ils suivent ce rythme de migration sans se sédentariser mais les choses ont commencé à changer.




Qui sont-ils exactement les Gurjar et les Van Gujjars ?


Les Gurjar, Gujjar, Gurjara, Gurjjar, Gojar ou encore Gūjar sont un groupe ethnique agricole dit pastoral (de bergers conduisant leurs troupeaux) que l'on retrouve en Inde, au Pakistan et un petit nombre dans le nord-est de l'Afghanistan. Il existe de nombreuses théories sur leurs origines. Il est raconté que c'est lors de l'invasion des Hunas que les tribus Gurjara se sont installés dans le nord de l'Inde. Le nom de l'Etat du Gujarat aurait pour origine leur nom. Ce groupe ethnique existerait depuis près de 1500 ans.

Les Gurjars parlent plusieurs langues, celle de la région où ils vivent mais ils possèdent leur propre langue, le gujari. Selon où ils vivent, ils peuvent être hindous, musulmans ou sikhs. Les Gurjars hindous se trouvent principalement dans les États indiens du Rajasthan, de l'Haryana, du Madhya Pradesh, des plaines du Pendjab et du Maharasthra, tandis que les Gujjars sont musulmans et vivent principalement dans les régions himalayennes notamment indiennes comme le Jammu & Cachemire, l'Himachal Pradesh et en Uttarkhand (Garhwal et Kumaon).

Selon le lieu où ils vivent, les Gurjars sont classés dans la catégorie "Other Backward Class (OBC)". Au Jammu & Kashmir et dans d'autres parties de l'Himachal Pradesh, ils sont catégorisés "Scheduled Tribe".

Les Gujjar

Les Gujjar d'Uttar Pradesh sont en réalité trois communautés distinctes, celles de la région de Doab (vivant dans les districts de Saharanpur, Muzzafarnagar, Meerut, Bulandshahr et Aligarh et qui seraient convertis pacifiquement à l'islam pendant le règne de l'empereur moghol Aurangzeb), celles d'Awadh  (venant principalement des districts de Raebareli, Sultanpur, Barabanki, Gorakhpur et Bahraich et qui affirment s'être installés dans la région d'Awadh après avoir fui la campagne près de Delhi par les forces de Tamerlane ou Timur) et les nomades Van Gujjar. Leur histoire très ancienne est entourée de mystère. Chacune des trois communautés a des traditions différentes quant à leur conversion à l'islam. En outre, chacune de ces trois communautés est endogame et possède des coutumes et des traditions uniques.


Khatoon adjusts the load on one of the mules during the migration. All images courtesy Michael Benanav


Les Van Gujjar


Les Van Gujjar sont une tribu nomade établie dans l'État d'Uttarakhand et le territoire forestier bhabar (collines de Shiwalik) de l'Uttar Pradesh.

Les Van Gujjars ont leur propre dialecte appelé le gujjari, qui est une fusion linguistique du dogri (une langue cachemiri) et du punjabi. Pendant la plus grande partie de leur histoire, les nomades étaient connus sous le nom de Gujjars. Ils ont seulement ajouté le mot Van (forêt) à leur nom de tribu à la fin des années 1980 afin de se distinguer des autres Gujjars d'Inde.

Une histoire raconte qu'il y a environ trois cents ans, la communauté Van Gujar accompagnait une princesse de la maison royale du Jammu qui épousa un prince de Sirmaur en Himachal Pradesh. La communauté s'est déplacée de Sirmaur à la région d'Uttarakhand au début du XIXe siècle. On les trouve maintenant dans les forêts des districts de Dehradun, Saharanpur, Bijnor, Pauri Garhwal et Nainital. Ils entreprennent une migration annuelle vers leurs pâturages d'été à Uttarkashi et à Kedarnath. Les Van Gujjar suivent des itinéraires définis et attribuent un itinéraire particulier à chaque clan. Les gouvernements de l'Uttar Pradesh et de l'Uttarakhand ont tenté à plusieurs reprises de les sédentariser.

Leur économie repose sur les buffles et survivent quasiment uniquement en vendant le lait de leurs animaux et des produits laitiers dans des villages.  Ils font souvent appel à des intermédiaires de la caste des Bania (ou baniya, une caste de commerçants et de marchands, pouvant être banquier, prêteur sur gage, ...). Ils subissent également une discrimination de la part des agents des forêts, qui extraient souvent de l'argent des Gujjars. En tant que nomades, les Gujjars ont des difficultés à prouver qu'ils sont propriétaires fonciers et sont souvent expulsés de leurs camps. Les Van Gujjar du parc national Rajaji ont été impliqués dans une campagne visant à protéger leurs pâturages des autorités de l'État.

Au cours des dernières décennies, leur zone migratoire est absorbée par des parc nationaux et divisés en de nombreux États. Les agences gouvernementales dressent des barrages routiers en affirmant que la tribu n'a pas de statut résidentiel et que le broutage de leurs bêtes cause la dégradation de leur environnement. Les Van Gujjar seraient entre 50.000 et 70.000, les autorités voudraient qu'ils se sédentarisent.

Les Van Gujar sont strictement endogames et maintiennent un système d'exogamie de la gotra. Leurs principaux groupes sont les suivants: Kasana, Lodha, Padhana, Bagri, Dinda, Bhainsi, Chauhan, Baniya, Bessuwal, Tchéti, Khatana, Chopra et Kalas. Ils sont musulmans sunnites, mais ont conservé un certain nombre de coutumes pré-islamiques. Ils parlent la langue gojri et la plupart comprennent l'hindi.


Vivre façon Van Gujjar


Chaque famille Van Gujjar vit dans son propre camp de base temporaire, essentiellement une hutte en terre battue (dera) construite à quelques centaines de mètres de ses voisins nomades les plus proches. Ils construisent également de petits points d'eau pour les buffles en barrant les petites criques près de leurs deras.

La migration annuelle de printemps, appelée transhumance, commence lorsque l'été atteint l'hémisphère nord, en avril et en mai. Avec des températures dépassant les 45 degrés Celsius, les feuilles se flétrissent et lorsque leurs petites criques sèchent sous l'effet de la chaleur. N'ayant plus rien à manger ou à boire à leurs buffles, les Van Gujjars chargent tout ce qu'ils possèdent et entament la longue randonnée avec leurs troupeaux dans les montagnes fraîches. Un peu plus petits et beaucoup plus robustes que les autres races domestiques, les buffles élevés par les Gujjars peuvent donner moins de lait dans des conditions optimales, mais ils peuvent supporter le difficile parcours de la transhumance, en continuant à donner du lait même en cas de stress. Chaque famille obtient un permis des autorités forestières lui permettant de vivre dans une forêt particulière pendant six mois. Des enfants aux personnes âgées, des familles entières marchent avec leurs troupeaux dans l’Himalaya. Pendant le trekking, les camps sont installés à proximité des sources d’eau.

Les animaux du troupeau sont déchargés, des tentes sont installées, du bois de chauffage est ramassé et de l'eau est transportée. Les femmes préparent des chapatis enduits de riche beurre de buffle et de pâte de piment épicée, et du chai laiteux épais. Pendant ce temps, les hommes et les enfants montent plus haut pour couper l'herbe et la ramener pour nourrir leurs buffles. Le lendemain, ils continuent de marcher.

Pourtant, les Van Gujjars doivent faire attention de ne pas monter trop vite trop tôt, ou au contraire, trop tard.  S'ils atteignent les prairies trop tôt, elles seront toujours couvertes de neige. Mais s’ils restent trop longtemps en route, ils gaspilleront de l’argent (celui gagné en vendant du lait en cours de route) pour acheter du fourrage et de la nourriture dont ils n’ont pas réellement besoin. Ils se déplacent donc de manière stratégique, analysant les conditions du sol, dans le but d’atteindre les prés dès que l'herbe vient de monter. Chaque membre d'une famille Van Gujjar joue un rôle bien défini (en fonction de l'âge) avec les animaux : les adultes marchent avec de gros buffles et des chevaux, tandis que les enfants suivent à un rythme plus lent avec les veaux.

Marchant à travers différents paysages, tels que des villes, des villages et des forêts denses, pendant presque trois semaines, ils atteignent enfin leur lieu d’été - des prairies alpines luxuriantes bordées de ruisseaux gargouillant. Laissant paître leur bétail, les nomades se reposent, chantent, jouent et se détendent pendant la saison. 

Les Van Gujjars passent leurs étés dans les prés himalayens à pratiquer le pâturage saisonnier et en rotation, généralement considéré comme respectueux de l'environnement. Puisqu'ils n'y passent qu'une partie de l'année, les terres se régénèrent après leur départ, aidés par les excréments d'animaux laissés qui servent de fertilisant à l'écosystème des prairies.

Lorsque le froid s'est installé à la fin du mois de septembre, les Van Gujjars redescendent vers les Shivaliks, où les forêts sont revenues à la vie après les pluies de la mousson. Nomades des montagnes dans le vrai sens du terme, cette tribu paisible vivant dans la forêt suit ce cycle de migration saisonnière - évitant la sédentarisation - depuis plus de mille ans.


Dhumman, the head of the family, alongside his favourite buffalo

Les Van Gujjar amoureux des animaux et écologistes


Ce que nous pouvons apprécier chez les Van Gujjars, c'est qu'ils considèrent leurs buffles plus qu’une simple source de revenus. Profondément attachés à leurs animaux, les nomades considèrent les buffles comme des membres de la famille, nommant chacun d'eux et les soignant avec une sincère affection.

Si un buffle tombe malade ou se blesse, ses propriétaires s'inquiètent jusqu'à ce que l'animal s'améliore et lorsqu'un buffle meurt (une perte plus personnelle que financière pour eux), l'animal est pleuré presque comme on pleurerait un membre de la famille. En raison de leurs liens profonds avec leurs animaux, les Van Gujjars ne mangent jamais leurs buffles et ne les vendent pas pour l'abattage. La tribu traditionnellement végétarienne ne chasse pas et, bien qu’ils partagent les Shivaliks avec des tigres, des léopards et des ours. Il est très rare que la tribu tue des animaux sauvages, mais s'ils ont doivent le faire c'est plus par peur et pour leur sécurité et celle de leurs troupeaux.

La tribu sait que sa propre survie dépend de la santé des écosystèmes dans lesquels elle vit et qu’elle doit utiliser les ressources de manière durable. Botanistes aux pieds nus, les Van Gujjars connaissent également chaque plante et chaque plante herbacée dans et autour de leurs habitations forestières.


Quel avenir pour Van Gujjar


Comme déjà évoquer plus haut, les choses changent. Les Van Gujjars sont confrontés à de graves problèmes de moyens de subsistance, dus pour la plupart à un manque de droits forestiers, à des droits de domicile non reconnus, à l'analphabétisme et à la pauvreté. Ces dernières années, de nombreux passages forestiers en haute altitude sont devenus des routes pavées à forte circulation, rendant la marche avec les buffles dangereuse. Cela a obligé les nomades à couvrir certains tronçons de nuit pour éviter les accidents. Le changement climatique et la déforestation sans discernement ont également entraîné une diminution de la quantité de feuillage et d'eau dans les forêts. Et pourtant, pour les Van Gujjars, devenir sédentaire et oublier leur vie centrée sur la migration en montagne signifie mettre fin à l'élevage de leurs buffles et une véritable menace.


Quels moyens pour aider les Van Gujjar ?


La "National Literacy Mission, Rural Litigation and Entitlement Kendra (RLEK)" a constaté que le manque d’alphabétisme chez les Van Gujjars étant la cause fondamentale de leur exploitation. Pour remédier à la situation, elle a lancé un programme d'alphabétisation des adultes unique et innovant : "Teaching the Nomads in the Wild". Pour soutenir ce programme d’éducation, une sorte d’académie forestière a été créée avec 350 enseignants bénévole. Ces enseignants ont été formés et déployés dans les colonies de Van Gujjar pour enseigner au cœur des tribus. Les enseignants n'ont pas seulement enseignés au Van Gujjar, ils ont marché avec la communauté et leurs troupeaux de buffles pendant leur transhumance. Ils sont également restés avec eux dans les pâturages d'altitude pendant les mois d'été et sont revenus dans les forêts de Shivaliks pour l'hiver. Cela garantissait la continuité du programme d'alphabétisation des adultes, qui mettait l'accent sur les aspects fonctionnels de l'alphabétisation, obligeant la communauté à tenir ses comptes, déposant des plaintes contre la police, demandant aux autorités d'obtenir réparation pour leurs griefs et luttant pour leurs droits. La communauté a également appris à lire et à écrire le hindi en plus d’apprendre l’arithmétique simple. L'auteur et photographe indépendant américain Michael Benanav est connu pour s'immerger dans des cultures étrangères et ramener des images et des histoires fascinantes de lieux lointains. Il a suivi une famille de Van Gujjars lors de leur migration printanière annuelle dans l'Himalaya. Documenté dans son livre récent, "Himalaya Bound: An American’s Journey with Nomads in North India", son histoire illustre parfaitement le mode de vie des Van Gujjars, offrant un aperçu fascinant du monde forestier rarement vu de cette tribu menacée.


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Un photographe Mansi Thapliyal a accompagné la tribu durant 18 jours où ils ont accompli 200 kilomètres dans les hauteurs de l'Himalaya dans l’État de l'Uttarakhand. 





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