'Tiré à quatre épingles" de Pascal Marmet

Il avait toutefois acquis des principes de survie : ne jamais baisser la garder, serrer fièrement les dents, être le meilleur à la course pour ne pas se laisser harponner par les capitaines Crochet, ne pas se plaindre sous les coups, se méfier de la nauséabonde nature crocodile des adultes, ne pleurer que dans l'obscurité du silence, mettre à profit cette résistance de guerrier qui vibrait en lui et ne jamais devenir comme ces adultes menteurs et détestables.
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Pour cette fois, on oublie l'Inde et on voyage à Paris. Son 36 quai des Orfèvres, ses monuments, ses ponts, la Seine, l'Île de la Cité, ses hôtels particuliers, ses gares, le Quai Branly, ses antiquaires, ... Mais aussi Paris du crime, du grand banditisme, du trafic d'art. .... et tout cela avec un brin de sorcellerie. Le Commandant Chanel est en poste depuis trente-deux ans dans les locaux de l'adresse la plus connue de Paris, le 36 quai des Orfèvres. Chanel a du flair, ce qui lui vaut une réputation hors pair, mais il a une chose en horreur, c'est d'être à l'avant de la scène car c'est un homme de l'ombre qui se veut discret et mesuré. Nous sommes au mois d'août, entre les départs à la retraite, les mutations et les congés, Chanel se retrouve un peu seul sous les combles du 36. Malheureusement, les crimes n'ont pas de congés et Chanel se retrouve avec sous les bras une nouvelle enquête. Non loin du 36, la veuve du préfet Saint-Germain de Ray, Albane, a été retrouvée morte, tuée par balles dans son magnifique appartement aux allures de musée d'arts primitifs africains. Son époux a lui aussi été retrouvé assassiné six mois plus tôt sous le Pont Neuf et son meurtre n'a jamais été élucidé. Le commandant Roland qui s'occupait de cette affaire à l'époque, aujourd'hui fraîchement retraité, avait soupçonné Albane, mais cette dernière possédait un parfait alibi le soir du meurtre. Il reste tout de même assez étrange qu'un Préfet qui a toujours vécu en parfait célibataire, veuille, à son âge avancé, se marier sur un coup de tête avec une femme à peine rencontrée et vingt ans plus jeune que lui. De plus, la fonte subite de sa fortune coïncidant avec ce récent mariage n'était pas le fruit du hasard. Albane aurait eu des raisons à le faire disparaître, car d'après les estimations des spécialistes, la collection d'arts primitifs du Préfet vaudrait une véritable fortune. Mais le Préfet avait sûrement omis de l'informer qu'il avait légué ses biens les plus précieux au Musée du Quai Branly. Durant cette enquête, Chanel aura à faire à de nombreuses surprises. Tout d'abord, il apprendra qu'avant le meurtre de la femme, l'appartement de Saint-Germain de Ray a été cambriolé par un farfadet vert flanqué du syndrome de Peter Pan et un quadra loser. Ensuite, d'autres cadavres viendront se rajouter à l'affaire ainsi que des histoires de sorciers africains. Ce qui fait que Chanel, malgré lui, va devoir mener une enquête qui le mènera bien au-delà du simple meurtre d'une bourgeoise. "Tiré à un quatre épingles" est un polar palpitant et riche en rebondissements. Dès l'annonce du meurtre de la veuve du Préfet, il nous transporte dans un tourbillon où se mêle un amoncellement de mystères et d'intrigues. Le Commandant Chanel a l'air au premier abord d'être un rustre, vieux célibataire qui vit dans une maison aussi morne que sa vie. Il se révèle en fin de compte, être une personne qui a beaucoup de choses à donner et à partager. Albane, même si on ne la croisera que très peu vivante, est un sacré personnage à la vie plus que mystérieuse qu'il n'y paraît au début. À travers les lignes, de la poussière sera enlevée sur sa vraie personnalité et on ne peut qu'être bluffé par les révélations. Durant la lecture de ce polar, on y découvre une succession de personnages avec tout un panel de caractéristiques et de caractères et qui apportent au récit une touche intéressante. J'ai beaucoup apprécié cette lecture, un polar parfaitement construit, avec beaucoup de mystères, quelques indices à ceux qui veulent bien les voir, des personnages très intéressants, des rebondissements et surtout une intrigue qui mènera au meurtrier, insoupçonnable. J'ai beaucoup aimé cette association avec les arts primitifs africains et le musée du Quai Branly, un musée que j'affectionne particulièrement surtout durant les nocturnes où c'est pour moi l'heure la plus propice à sa visite. Ce polar a été aussi une découverte de son auteur, Pascal Marmet, dont j'ai sincèrement envie de découvrir ses précédents livres. L'Inde bien sûr n'est pas présente, mais j'ai été très contente de découvrir que l'auteur a pensé à l'Alsace dans son récit. Mais je ne vous en dirais pas plus, il faut le lire pour savoir ce que l'Alsace a à voir dans un polar très parisien. Le titre est intrigant, la couverture ensorcelante, un polar à lire et à découvrir.


Passé le vestibule, le visiteur plongeait à pleines brassées dans la remise du musées des Arts premiers du quai Branly. Cela ressemblait à une chambre des merveilles, à ces cabinets de curiosités avec renfort d'animaux empaillés où les bêtes vivent une seconde vie immobile. Le préfet devait être un de ces esthètes savants, mi-naturalistes pédagogue mi-aventurier grand voyageur. Tout cela sentait la rareté, la pièce unique, insolite et précieuse. Dans ce bestiaire fantasmagorique, il imaginait bien le haut fonctionnaire admirer ses œuvres conçues spécialement pour son bon plaisir de chasseur de trésors.
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Chanel était un célibataire, un fils unique, un chercheur de vérité, un inclassable, un sans enfant, sans ami, sans parent, un sans attache, un "sans". Son plaisir était de regarder vivre les autres et d'empiler les enquêtes. Sur ces quais débordant d'humanité, il se sentit à part, loin de ces anonymes qui attendaient sous le tableau des départs avec la peur de rater leur train ou d'une grève surprise ou qui se disaient au revoir sur le quai en regardant l'être aimé qui s'échappe avec un sourire inquiet. Ses histoires de flic, c'était au final comme les voyages en train : on se positionnait, on attendait le bon moment et on attrapait ce qui n'attendrait pas.
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Tiré à quatre épingles

De Pascal Marmet

Editions Michalon • Date de parution 21 mai 2015 • - ISBN : 978-2-84186-788-2 • 272 pages • Prix éditeur : 18 €


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