• Véronique Schauinger

Au Couvent des Petites Fleurs de Indu Sundaresan

"Au Couvent des Petites Fleurs" avec sa couverture très attrayante, regroupe 9 nouvelles et donne à tout lecteur, un moment de lecture très plaisante. Ecrire ces nouvelles devait être un exercice très difficile, car il faut réussir à capter le lecteur, tout en restant dans l'essentiel en fournissant le plus de détails, un subtile massala, et tout cela sur une trentaine de pages. Comme le dit l'auteur en fin d'ouvrage "une nouvelle s'accommode plus facilement de la folie et de l'excentricité qu'un roman - où ce serait épuisant." En ce même lieu, elle nous révèle ses sources d'inspirations : discussions lors de dîner, articles dans la presse, ... et le talent de conteuse et d'accomodation d'Indu Sundaresan sont largement retrouvés. Elle sait accrocher le lecteur à chaque nouvelle, le laisse dans le suspens jusqu'au bout, sait jouer entre le moment présent et les faits qui ont conduit dans la plupart des nouvelles à cet évènement dramatique. Quasiment toutes les nouvelles m'ont laissé hors d'haleine du début jusqu'à la fin, mes préférés sont sans conteste "Trois secondes et demie", "Le feu" et "Rêves au bord du lit", notamment pour la puissance y dégageant. Les sujets abordés ont des niveaux d'intensité souvent très élevés dans l'échelle et donnent de grandes réflexions. L'auteure sait les aborder sans entrer dans les clichés tout en restant loin de donner une leçon de morale, et reprennant ce que l'on pourrait appeler la multitude de l'Inde. Elle se sert des opposés qui la compose : les hommes et les femmes, les jeunes et les vieux, la modernité et les traditions, les riches et les pauvres, ... Parmi les thèmes abordés nous retrouvons le sati, la maltraitance des anciens ou leur abandon, l'adoption, la naissance d'un enfant hors-mariage, la relation amoureuse hors-caste, la vieillesse, le suicide la lapidation ... On retrouve également des sujets plus suprenants, comme dans les nouvelles nommées "Key club", "L'Elu" et "La faim", mais dont je laisse la découverte aux futurs lecteurs.  Toutes les histoires se déroulent en Inde sauf la nouvelle "A l'abri sous la Pluie" qui se déroule à Seattle, mais qui conserve un lien avec ce pays à travers un orphelinat situé à Madras ; nouvelle qu'elle avait écrite pour un concours dans la ville où elle vit désormais, et qui est à l'origine de toutes les autres. N'hésitez donc pas à retrouver Padmini, Meha et Chandar, Ram, Payal, Nathan, Nitu et tous les autres, qui vous feront palpiter. Indu Sundaresan est une auteure de talent qui a ne m'a jamais déçu dans ses romans inspirés de l'histoire indienne, et maintenant dans ces très belles nouvelles. Je recommande à chacun de découvrir sans hésiter toutes ses publications, qu'il soit intéressé par l'Inde ou non.  J'espère qu'elle continuera à nous apporter encore de très belles lectures.

Le cliché a été pris deux semaines avant que je quitte l'Inde. Je suis pieds nus, une tresse épaisse retombe sur mon épaule maigre, une robe blanche parsemée de fleurs - violettes dans mon souvenir - virevolte autour de mes genoux. J'ai détesté le jour où on me l'a donnée, je me souviens.
page 11

Les singes hantaient le temple d'Hanuman, mendiant des bananes et des noix de coco aux pèlerins. Ils envahissaient le banian au point de ne plus former qu'une masse de fourrure gris argenté percée d'yeux brillants cerclés de noir. De temps à autre, un bébé tombait des bras de sa mère, qui se balançait de branche en branche et se rattrapait au tronc de ses petites pattes flageolantes. Bikaner en avait rapporté un à la maison quand il avait cinq ans. Il lui avait lié les mains et attaché une patte à un rocher.
page 39

Dans la lumière froide du matin, il se retrouve face à son grand-père, devenu brusquement un étranger. Jadis, cet homme le prenait sur ses genoux et lui parlait pendant des heures. Ses propos, sa voix évoquaient les rois et les dieux peuplant la mythologie hindoue, qui devenaient vivants et réels grâce aux convictions de dada et à l'imagination de Ram. Même son nom, Ram, vient de lui.
page 65

Une fois le brasier éteint, ils étaient recroquevillés au pied de l'arbre, les mains unies par le feu. On n'avait pas pu les séparer. Le père d'Aziz les a enterrés ensemble.
page 100

Le gouvernement le répétait sur tous les toits. A cela, Nathan ne pouvait rien opposer car le planning familial avait couvert la ville d'affiches deux adultes et deux enfants. "Nous sommes deux, nous en avons deux." Nathan et sa femme en avaient trois. Trois filles ! Même le gouvernement le prendrait en pitié. Il payait sûrement pour des fautes commises dans une ville antérieure.
page 112

Je regarde mon regard sur Kamal, la gorge nouée. Cet homme jadis si passionné n'est plus qu'une forme vide gisant sur des draps aussi blancs que son teint. Des veines saillent sous la peau fragile que, jadis, je couvrais de baisers. Quelque part, dans sa poitrine, un souffle parvient à pénétrer ses poumons qu'il emplit brièvement avant de s'échapper.
page 149

Je contemple le jardin carré d'une belle demeure où une galerie s'ouvre sur plusieurs portes en bois sculpté. Deux manguiers majestueux dressent leurs branches couvertes de fleurs roses printanières. Au centre, un jet d'eau gargouille dans une petite fontaine. D'un plant de tulsi, au coin du jardin, émane un parfum entêtant de basilic. Des lapins grignotent l'herbe et une biche lève la tête pour me fixer de ses grands yeux.
page 170

Au Couvent des Petites Fleurs

De Indu Sundaresan

Titre original : In the Convent of Little Flowers

Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sylvie Cohen

Editions Michel Lafon (2009)- 220 pages - ISBN : 978-2749909028 - Acquis en occasion

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