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"Noor" - Étienne Barilier (L'histoire de Noor Inayat Khan, princesse indienne et espionne)



Oui, elle possède un moyen de faire connaître sa situation si elle est capturée. Mais auparavant, ne sera-t-elle pas sans cesse, et par définition, dans la nécessité de dissimuler de mentir ? Comment cette personne élevée dan le culte de la vérité, ou pour mieux dire, cette fleur grandie dans une serre de vérité, trouvera-t-elle la force de feindre ? Et puis, lui donner un moyen tout spécial de faire savoir à Londres qu'elle est capturée, ce n'est pas lui permettre pour autant d'échapper à un sort redoutable. Peut-être pas la torture, mais la prison et la mort. C'est permettre à Londres, au mieux d'éviter les pièges du genre de ceux que nos ennemis ont tendus aux agents néerlandais. C'est sauver d'autres vies, mais pas celle de Noor.

Rien ne prédestinait et ne prédisposait Noor Inayat Khan (1914-1944) à devenir opératrice radio clandestine à Paris, en 1943, pour le service secret britannique mis sur pied par Churchill afin de combattre les nazis en pays occupé. Mais ainsi sont les conflits, ils poussent des jeunes gens, pleins d'avenir, à courir à la mort.


Noor est la fille d'une américaine d'origine anglo-écosso-irlandaise Ora Baker (dont le frère est Pierre Bernard, surnommé "The Great Oom", "The Omnipotent Oom" and "Oom the Magnificent" est un yogi pionner américain) qui se fera appeler Amina Sharada Begum après son mariage et de Hazrat Inayat Khan. Incité par son maître, Hazrat Inayat Khan, un musicien soufi, est venu en Occident avec ses frères afin de jouer dans de nombreuses villes d'Europe et d'Amérique afin d'harmoniser l'Orient et l'Occident. Hazrat Inayat Khan, à travers sa musique fonda le Mouvement du "Soufisme Universel" avant de transmettre le soufisme sous une forme universelle en s’adressant à des auditoires de toutes confessions. Du côté de son père paternel, le grand maître est descendant de de Juma Shah, saint soufi du XVème siècle et du côté maternelle, il est descendant du sultan Tipu de Mysore, surnommé "Le Tigre de Mysore" (1750-1799), qui s’allia aux Français pour opposer une résistance obstinée aux Britanniques. Malheureusement, le mystique soufi décéda prématurément - en 1927 - à l'âge de 44 ans à son retour en Inde, alors que ses enfants étaient petits et une épouse malade de chagrin. Noor, à treize ans, deviendra la maman de substitution de ses frères et sœur. Mais le malheur ne frappe généralement pas qu'une fois ...

Comment Noor, jeune femme, indienne par son père et américaine par a mère, descendante d'une si belle lignée, princesse, qui a reçu une éducation intellectuelle raffinée, poétesse et autrice de littérature jeunesse, qui a vécu dans plusieurs capitales européenne, deviendra officier à la SOE (Special Operations Executive), le Bureau des opérations spéciales du renseignement britannique pendant la Seconde Guerre mondiale avant d'être déportée et assassinée par les Nazis au camp de Dachau en 1944 ? Comment Noor, qui n'avait pas le profil pour devenir espionne, notamment par son éducation "soufie" prônant la non-violence, avait-elle envoyé d'Angleterre en France dans un nid de serpents ? Comment cette jeune femme, effacée, fragile, jugée maladroite, peu expérimentée devait-elle éconduire cette mission alors que les services de renseignements étaient à cette époque en proie à de nombreux traîtres et que l'ennemi, présent dans toute l'a capitale, était plus habile que jamais notamment pour embrouiller les anglais.


Étienne Barilier, essayiste, romancier et traducteur, a enquêté pour retracer l'histoire de cette jeune femme brillante. Grâce à son travail d'investigation, il nous transporte au coeur des services de renseignements britanniques et français dans un Paris assiégé où les ennemis sont partout. Il a essayé de recréer les derniers mois de vie de cette princesse qui ne méritait pas, comme d'autres, de mourir à la fleur de l'âge, encore plus à cause de dénonciation calomnieuse.

"Noor" est une lecture intéressante, très bien écrite et prenante, qui retrace le courage de cette jeune femme, à qui l'on pouvait espérer un autre avenir. C'est le portrait d'une jeune femme émancipé, indienne par son père qui a donné sa vie pour les anglais, alors qu'en Inde, le pays se soulevait de plus en plus contre le colonisateur anglais.



Noor, à droite, avec son frère Vilayat et son père Inayat Khan [File: Courtesy of Noor Society]

La personne la plus courage et la plus placide en aurait été paralysée d'effroi. Elle se serait laissé mettre sans résistance les menottes que le traître s'apprête à lui passer. Mais la douce, la calme, la soumise, la tendre et la sérieuse Noor doit s'être souvenue qu'elle est la descendante directe de Tipu Sahib, le tigre de Mysore, celui qui préférait vivre deux jours comme un félin que deux cents ans comme un mouton. Tipu Sahib, qui prêchait la tolérance et qui, admirateur de la Révolution française, se faisait appeler citoyen Tipu, mais qui n'en mena pas moins, ou d'autant plus, de rudes combats contre l'envahisseur anglais. Tipu mourut en 1799, en défendant férocement sa capitale. Il fut vainci, mais aux Anglais mêmes, il inspira la terreur, puis le respect.

Références du livre

"Noor" d'Étienne Barilier

Editions Phébus - Date de parution : 04/05/2023 - ISBN : 978-2-7529-1350-0 - 384 pages - Prix éditeur : 22,50 €

A écouter (site Radio France)



Autre biographie de Noor Inaya Khan : "Spy Princess: The Life of Noor Inayat Khan" de Shrabani Basu (non traduit en français - autrice de "Confident Royal, la Reine et le Serviteur")




Pour aller plus loin, concernant le soufisme Inayatiyya





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