"Le Grand Roman Indien" de Shashi Tharoor

Alors tu crois que je ne serai pas à la hauteur, hein ? m'écriai-je. Nom d'un chien, ce que je vais dicter, ce sont les souvenirs de ma vie et de mon temps. Brahm, dans mon épopée je parlerai du passé, du présent et de l'avenir, de l'existence et du trépas, de la floraison et du dépérissement, de la mort et de résurrection, de ce qui est, de ce qui fut, de ce qui aurait dû être.
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Subtil mélange entre l'épopée sanskrite du "Mahâbhârata" et l'histoire contemporaine indienne : de la fin de la colonisation britannique et jusqu'aux environs des années 1980 avant l'assassinat d'Indira Gandhi. L'histoire commence avec Ved Vyas, (dans le Mahâbharâta le nom du conteur est Veda Vyāsa) racontant sa vie à un scribe du nom de Ganapathi, un indien du Sud (Ganapathi est aussi un des noms de Ganesh, celui d'après la légende qui a écrit le "Mahâbharâta"). Lors de la lecture de ce roman, Ved Vyas s'adresse à Ganapathi nous faisant presque croire qu'il nous parle directement. Ved Vyas est une figure emblématique de ce récit, qui lors de la rédaction de cette épopée, il est âgé de 88 ans. Il est fils d'un brahamane Parashar, un sage ambulant, mais il a également des liens très proches avec les héritiers du trône de Hastinapur car sa mère Satyavati avait caché la naissance de Ved Vyas à sa famille et s'est ensuite fait demander en mariage par le maharadjah de Hastinapur : Shantanu. Or ce roi, avait déjà une épouse qui fit 7 fausses couches et à la 8ème grossesse s'enfuit avec le bébé qui revient voir son père de roi de longues années plus tard en se déclarant fils égaré et le roi en fit son héritier présomptif : le nom de ce fils est Ganga Datta.

Pour que le roi puisse épouser cette jeune fille, le père de celle-ci lui demanda que dès qu'elle aura donné naissance à un héritier mâle, c'est lui qui deviendrait roi. Ganga Datta accepta pour le bonheur de son père. Pour le bonheur de son père, elle renonça aux droits du trône en restant chaste et abandonna sa garde-robe pour un pagne. Satyavati donnera deux garçons à Shantanu le maharadjah : Chitrangada et Vichitravirya. C'est Vichitravirya qui succédera à son père avec Ganga Datta que l'on nomme à présent Gangaji pour régent et sa mère pour les conseils. Il épousa 2 femmes Ambika et Ambalika mais mourut avant de devenir père. Satyavati demanda alors à Gangaji de mettre enceinte les deux épouses de son défunt fils mais il resta sur ses positions et n'accepta pas d'enfreindre son voeu de chasteté qu'il avait fait. C'est là que Satyavati se souvenait de son fils Ved Vyas et lui demanda de mettre enceinte les femmes de son beau-frère décédé afin que Hastinapur ne tombe dans les mains des Britanniques. Pour les veuves se fût difficiles, une ferma très fort les yeux lors de l'étreinte et donna ensuite naissance à Dhritarashtra l'Aveugle, la deuxième devenue si pâle lors de l'étreinte qu'elle donna naissance à Pandu le Pâle. Satyavati au courant de la réaction des femmes lors des étreintes demanda à Ved Vyas de réessayer une dernière fois avec Ambika mais cette dernière eut la malice de mettre dans son lit sa servante et naquit alors Vidur le Sage.

Les noms de vous disent sans doute rien mais sont des noms emprunter à l'épopée du Mahâbharâta retouchés par l'auteur. Et là vous n'avez que les premiers personnages qui apparaissent dans le livre car après naîtrons de ces fils d'autres enfants dont Priya Duriodhani fille unique de Dhritarashtra, qui comme son père marquera l'histoire de l'Inde. Je vais vous avouer et vous le découvrirez de toute façon au tout début du livre que Gangaji n'est qu'autre que Ghandi, Dhritarashtra est Nehru et Priya Duriodhani Indira Gandhi. Donc comme vous pouvez le comprendre, on retrouve tous les grands personnages de cette époque y compris certains anglais comme le célèbre Mountbatten dont son nom bien évidement a également été modifié. On retrouvera également sur la base du "Mahâbharâta" les Kaurava qui ne seront que ceux qui dirigeront l'Inde après l'Indépendance et qui sera le nom de leur parti politique avec comme tout premier ministre Dhritarashtra. Il y a également les Pandavas les fils de Pandu, condamnés un temps à l'errance après avoir eut un enseignement d'un sadhu Jayaprakash Drona qui s'engagea un temps dans la politique sans véritable de succès. Le livre s'inspire bien évidement de cette grande partie de l'histoire indienne diront "moderne". Certes la vie de ces grands personnages seront modifiées pour coller au mieux au "Mahâbharâta". Celui ayant été le témoin de toute certaine grande partie de l'histoire de cette fin de règne britannique et de cette renaissance presque avortée aura comme témoin notre cher Ved Vyas notre narrateur. Un ancien politicien qui a tout vu et tout connu et tout entendu. Il a acquis de ce fait, non seulement la vision globale et cohérente qu'il nous livre, mais aussi un détachement souvent ironique vis à vis du monde qu'il décrit. Détaché, certes, mais sans jamais laisser sa passion pour son pays s'éloigner de son coeur, celle de l'auteur aussi, sans doute. Peu à peu émergent de cette lecture très riche quelques grands enseignements. qui fût au cœur de la politique.

Ce livre au vu des nombreux personnages et des nombreux évènements qui en résultent, demande à son lecteur une certaine concentration sur le livre. L'auteur nous livre pas forcément les évènements qui peuvent être écrits dans les livres d'histoire mais une Inde réelle avec des décisions politiques souvent en défaveur à la reconstruction de l'Inde après la Colonisation. Je tiens également à souligner que l'auteur à respecter les 18 parvas ou chapitres comme c'est le cas dans l'épopée du "Mahâbharâta". Ce livre est malgré son savant mélange est une bonne leçon d'histoire, mais également une leçon d'humilité et d'humanité ... L'auteur, en plus de ce magnifique roman, se trouve une intéressante introduction qui pourra vous être utile si vous commencez à mélanger les noms et l'arbre généalogique de cette saga familiale et quelques grandes citations sur le Mahâbharâta écrites par des grands auteurs ayant étudié cette épopée. L'auteur confirme que le nom "Le Grand Roman Indien doit son titre non pas à l'évaluation de celui-ci fait de son contenu, mais à un hommage rendu à sa source d'inspiration, l'ancien poème épique du Mahâbharâta. En sanskrit, Maha signifie "grand" et Bharata "Inde" ".



Il est difficile pour toi, qui vis aujourd'hui au milieu de l'évidence du dénuement et qui le prends pour naturel de concevoir une Inde autre que pauvre, injuste et misérable. Mais c'est pourtant ce qu'était l'Inde avant l'arrivée des Anglais, ou alors pourquoi seraient-ils venus ? Crois-tu que les marchands, les aventuriers et les commerçants de la Compagnie Orientale des Indes avant l'arrivée fait voile vers un pays de disette et de misère ? Non, Ganapathi, ils sont venus dans une Inde fabuleusement riche et prospère, ils sont venus en quête de fortune et de profit, et ils prirent ce qu'ils purent prendre, laissant les Indiens se vautrer dans leurs restes. Ganga savait, en pataugeant dans la gadoue et la merde des taudis ouvriers, que tout cela n'existait pas avant l'arrivée des Anglais et représentait une négation de cette idée de Vérité en laquelle il croyait si passionnément.
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Non, Ganapathi, l'histoire ne finit pas au moment où l'écran l'affirme.
Elle ne se termine même pas pas avec le grand symbole de la finalité - la mort. Car lorsque le protagoniste meurt l'histoire continue : sa veuve souffre amèrement, ou bien se réjouit follement, ou encore se jette sur le bûcher, ou tricote à en mourir ; son fils se drogue, ou bien devient un homme, ou cherche vengeance, ou poursuit son chemin comme avant ; la terre continue à tourner. Et - qui sait ? - peut-être notre héros continue aussi, dans un autre monde meilleur que celui que Hollywood lui a créé.
Bref, Ganapathi, il n'y a pas de fin à l'histoire de la vie. Il n'y a que des pauses. La fin est une invention arbitraire du narrateur, mais il ne peut pas y avoir de finalité quant à son choix. La fin d'aujourd'hui n'est, après tout, que le commencement de demain.
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Le Grand Roman Indien de Shashi Tharoor


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