Les Anges de Jaipur de Eric le Nabour

"Les Anges de Jaipur" est une histoire mixant savamment la complexité de la pensée indienne à un vaste réseau de trafic d’œuvres d'art, de détournement de fond et de décès suspicieux à la veille de la Seconde Guerre où des dictateurs rêvent de suprématie de la race aryenne. 1925. Matthias et Amy, jeunes mariés, ont rejoint l'Inde et plus précisément Bombay. Amy avait déjà vécu en Inde avec son beau-père Charles Colton, un archéologue connu à travers le monde. Charles Colton, après avoir mené des expéditions avec le père d'Amy et le décès de celui-ci, s'est marié avec la mère d'Amy. Lors du décès de cette dernière, il a alors tout naturellement adopté Amy. Amy aime énormément l'Inde et voulait que son mari s’imprègne de cette atmosphère qu'elle aime tant retrouver lors de ses séjours dans ce pays. Matthias, ses premières impressions sur l'Inde sont plutôt négatives. Il cherche en vain à savoir qu'est ce que pays attire tant à sa femme et essaye de trouver les différences avec le Caire où ils ont vécu précédemment. Matthias est un homme solitaire et sans repères, cela fait très longtemps qu'il a perdu son père et sa mère est décédée peu de temps avant son mariage avec Amy. La mort de sa mère à Berlin a été un choc pour lui car elle est décédée dans des conditions horribles et mystérieuses et de plus tout l'héritage avait disparu. Amy et Matthias vont vite découvrir que leur voyage en Inde ne sera pas de tout repos. De plus, ils apprendront à leur dépens à découvrir le visage d'un certain Charles Colton qui n'a rien à voir avec les souvenirs d'Amy. En effet, avant d'être archéologue c'est en réalité un voleur de tombes. Il est également le plus allemand de tous les anglais, et lui qui passait pour être un homme ouvert, c'est en vérité un homme de ce qu'il a des plus fanatiques. Les idéologies de la future Allemagne nazie feront dans cette contrée lointaine ses premiers remous : mensonges, meurtres, expéditions, ... Tout cela pour retrouver un bijou précieux orné d'un sceau en forme de swatiska (symbole que les nazis déformeront) dans un monastère aux fins fonds du Népal. Amy rejoindra Calcutta sans en informer Matthias mais par cet acte égoïste elle ira droit dans la gueule du tigre et sera séparée de son mari. Mais Matthias éprit d'amour pour elle, fera des efforts surhumains et luttera contre de nombreux obstacles pour enfin la retrouver. De nombreux mystères seront levés, des détails qui pouvaient paraître anodins dans un paragraphe auront de l'importance dans la suite du roman, la personnalité de Charles Colton sera révélée au fur et à mesure de la lecture. Jusqu'à la fin du roman, il ne cessera pas d'étonner le lecteur. L'énigme du titre du roman ne sera révélé qu'à la fin du roman et le lecteur comprendra pourquoi le titre fait référence à une ville qui est loin d'être au cœur du roman. "Les Anges de Jaipur" est une très belle enquête policière sur un sujet sensible. C'est un polar très bien ficelé qui laissera son lecteur en haleine jusqu'au bout. En premier lieu, j'étais attirée par ce roman car il parlait du symbole du swastika, un symbole trop souvent associé au symbole nazi alors que dans les religions asiatiques, il est un symbole de renouveau et non un symbole de destruction. Eric le Nabour, de façon délicate et subtile, a osé composer un roman autour de ce symbole et le résultat est très réussi. "Les Anges de Jaipur" est également un roman qui nous parle de ces personnes qui sont attachées par l'Inde et les raisons de leur attirance. Comme d'autres personnes avant et après lui, Matthias ne comprenait pas au début du roman pourquoi Amy avait une telle fascination pour ce pays. Il ne cessa jamais de voir les choses négatives et de comparer l'Inde avec son précédent séjour en Égypte. Mais en cherchant sa femme à travers l'Inde : de Bombay à Calcutta, de Calcutta à Bénarès, de Bénarès à Katmandou, puis des sommets de l'Himalaya au Rajasthan ; il s'est finalement épris à son tour par ce pays. "Les Anges de Jaipur" est un roman à découvrir et son auteur, un auteur à lire.

La question, depuis, ne cessait de dérouter son cerveau. Pourquoi ? Pourquoi Amy s'était-elle prise de passion pour ces dieux et déesses entrelacés, ces épopées guerrières où s'entrecroisaient dévas et asuras, cette mythologie délirante et barbare où se mêlaient animaux sacrés, incarnations divines, sorciers, génies, esprits terribles et âmes errantes ?
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L'Inde est souvent déroutante pour un étranger. J'ai connu des Européens qui n'auraient pas hésité, en arrivant à Bombay, à nous traiter comme les derniers des sauvages. Ils ne voyaient que par l'Angleterre ou l'Europe. Et puis l'Inde les a pris et ils ne sont jamais répartis !
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Un sacrifice, plutôt. Mais qui ne sacrifie rien n'obtient jamais rien. Une image lui vint à l'esprit : celle d'un domino poussant un autre domino. Un acte apparemment insignifiant pouvait en entraîner un autre de portée plus considérable. De petites choses afin que les grandes se manifestent. Une flûte de roseau, disait un proverbe, pouvait à elle seule faire chanter toute une forêt.
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L'Inde ! Multiforme, insaisissable, incompréhensible à qui n'était né sur son sol et dans l'une de ses castes. L'Inde qu'elle voulait à tout prêt faire aimer à Matthias. Lequel, cheval rétif, renâclait devant l'effort, s'arrêtait aux apparences, refusait d'aborder un continent dans la singularité l'effrayait.
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Condamné depuis son arrivée à une méfiance paranoïaque, il avait presque fini par l'oublier. L'Inde n'était pas seulement une masse hagarde, misérable, dominée par l'Empire Britannique, des temples délabrés, un mélange de ferveur et d'hystérie religieuse, des coutumes douteuses enracinées dans l'âme de ses habitants et entretenues par des prêtres plus préoccupés de rites que de connaissance réelle.

Autour de lui gravitaient un certain nombre d'intellectuels ou de "mages" fascinés par l'Inde et ses mythes, par sa culture religieuse et ses symboles. Volck se demandait ce qu'il fallait penser. Il faisait notamment allusion au symbole du swastika que l'on retrouvait sur la plupart des continents et que les nazis brandissaient à présent comme l'oriflamme d'une nouvelle chevalerie.

Les Anges de Jaipur

De Eric le Nabour

Éditions "Presse de la Cité"

- Collection "Pocket" (2013) - ISBN : 978-2266236508 - 349 pages - 7,30 € neuf

- Broché (2011) - ISBN : 978-2258083462 - 316 pages - 20,50 € neuf

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