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"Un an autour de l'Océan Indien" de Antoine Calvino

20 juil.
5 min de lecture


Effectivement, Varanasi est mystique. Elle a l'air de sortir tout droit de l'Antiquité, avec ses ruelles tortueuses bordées de maisons décaties, d'ateliers de potiers et de centaines de temples et de calvaires. Toute la cité respire la foi, vit au rythme du culte. Du matin au soir, des processions de pèlerins en orange, la couleur sacrée de l'hindouisme, convergent vers les eaux troubles et sacrées du Gange en chantant la gloire de Shiva, le dieu de la Mort et de la Vie auquel la ville est dédiée. (Page 29)


Dans sa jeunesse, Antoine Calvino, journaliste et photographe pour de grands quotidiens, a été bercé par les histoires du bout du monde. Des récits qui font naître des envies d’ailleurs et donnent le goût de l’aventure. Des voyages, il en a fait. Dès sa majorité, il part à la découverte de l’Europe, puis des États-Unis, de l’Asie et de l’Afrique. Le voyage semble déjà faire partie de sa vie.


En 2007, alors qu’il travaillait comme journaliste spécialisé dans la scène musicale parisienne, les magazines pour lesquels il écrivait fermèrent leurs portes, les uns après les autres. Plutôt que de s’accrocher à un univers professionnel qui l’essouffle, il décide de prendre le large pour une année, après avoir déjà voyagé en Inde du Nord l’année précédente. Son projet : faire le tour de l’océan Indien en suivant le soleil, au fil des rencontres et des découvertes.

Au programme de cette année de pérégrinations : l’Inde, le Yémen, l’Éthiopie, le Somaliland, le Kenya, l’Ouganda, de nouveau le Kenya, Dubaï, l’Iran, la Syrie, Israël, la Jordanie et la Palestine. Un itinéraire qui traverse des territoires aux cultures et aux réalités très différentes, dont certains sont aujourd’hui particulièrement difficiles d’accès en raison des conflits et des tensions géopolitiques. Le récit prend ainsi une dimension particulière : celle d’un témoignage sur des pays et des époques qui ont, pour certains, profondément changé depuis le passage de l’auteur.

À l’origine, Antoine Calvino partage son périple sur son blog, mais aussi dans un quotidien et un magazine français, avant que son voyage ne prenne la forme d’un livre. Dans "Un an autour de l’Océan Indien", il partage ses textes et ses observations, accompagnés de ses propres photographies. Son double regard de journaliste et de photographe donne au récit une dimension à la fois narrative et documentaire.

Car "Un an autour de l’Océan Indien" n’est pas uniquement un carnet de voyage. Si l’auteur raconte ses déplacements, ses rencontres et ses découvertes, il propose aussi, par moments, de véritables enquêtes journalistiques sur les pays traversés. Il observe, questionne et témoigne, sans chercher à embellir son expérience. C’est un récit sans filtre, avec ses surprises, ses interrogations et ses prises de position.

C’est pourtant dès les premières pages, avec la découverte de l’Inde, que ma lecture s’est compliquée. Antoine Calvino y raconte son périple de deux mois 2006 en Inde, au départ de Delhi, avant de poursuivre vers Bénarès, puis en partant explorer l’Himalaya indien, de Manali au Ladakh, avant de rentrer à Paris. Lors de son départ, en novembre 2007, il reprend son voyage par le Sud du pays, qu’il traverse avant de remonter jusqu’à Bombay.

Dans sa description de Varanasi, dont vous trouverez un extrait avant la recension, il la présente comme une ville qui "respire la foi" et "vit au rythme du culte", on retrouve cette fascination pour le caractère mystique de l’Inde. La description est évocatrice, et la place du Gange et de Shiva dans la vie religieuse de la ville est indéniable. Pourtant, j’ai eu du mal à adhérer à son regard sur l'Inde, que j’ai trouvé parfois naïf et réducteur.

Ce qui m’a particulièrement interpellée, c’est qu’Antoine Calvino semble parfois se laisser déstabiliser par des situations auxquelles son expérience de voyageur aurait pu le préparer. À Delhi, notamment, il se fait arnaquer avec une naïveté qui m’a surprise, d’autant plus qu’il avait déjà beaucoup voyagé. Bien sûr, se faire avoir peut arriver à n’importe quel voyageur, quelle que soit son expérience. C’est davantage le décalage entre son parcours et sa manière d’aborder certaines situations qui m’a étonnée.

Cette impression se retrouve également dans son regard sur l’Inde. Ses critiques m’ont paru parfois sévères et teintées de clichés, comme s’il restait prisonnier de ses premières impressions plutôt que de chercher à les dépasser. En insistant sur les traditions, la spiritualité et les scènes qui lui paraissent étonnantes, il donne parfois l’impression d’une Inde figée dans le temps, sans toujours en montrer les nuances et les contrastes. J’aurais aimé qu’il fasse preuve de davantage de recul, de curiosité et d’ouverture face à un pays aussi vaste et complexe. De la part d’un journaliste et photographe habitué à parcourir le monde, je m’attendais à un regard plus nuancé, capable de dépasser les apparences et de s’interroger sur les réalités qu’il observe. Cette première partie m’a donc laissée sur une impression mitigée, qui a quelque peu terni mon entrée dans le récit.

Malgré cette déception initiale, j’ai eu la curiosité de découvrir les autres étapes de ce voyage. Il est précieux de pouvoir parcourir, à travers les mots et les photographies d’un journaliste, des pays avant qu’ils ne basculent dans des conflits ou ne deviennent plus difficiles d’accès. Les photographies, regroupées au milieu de l’ouvrage, viennent d’ailleurs compléter le récit en donnant un visage aux lieux traversés et aux réalités observées. Elles prolongent le regard de l’auteur et permettent au lecteur de mettre des images sur les mots.

En complément de son récit, Antoine Calvino partage également ce qu’il définit comme sa "petite bibliothèque de voyage", une sélection de titres qui accompagne et enrichit son périple. Enfin, l’ouvrage se termine par huit articles écrits pour différents journaux et revues. Ces enquêtes journalistiques offrent un éclairage supplémentaire sur les pays et les sujets abordés, et rappellent le métier de l’auteur, dont le regard ne devrait pas se limiter à celui d’un simple voyageur.

"Un an autour de l’Océan Indien" nous emmène ainsi sur les routes du monde, à travers les yeux d’un journaliste et photographe qui partage son expérience, ses observations, ses convictions et ses propres limites. Car c’est aussi ce qui ressort de cette lecture : le voyageur ne se contente pas de découvrir des pays, il les interprète à travers son vécu et sa sensibilité. Et si son regard ne m’a pas toujours convaincue, son témoignage n’en reste pas moins intéressant.

Au final, ce livre offre un petit tour de l’océan Indien, entre récit de voyage, reportage et témoignage personnel. Une invitation à découvrir des territoires parfois méconnus, à s’interroger sur les réalités qui les traversent et à mesurer combien le monde peut changer en quelques années. Une lecture qui ne m’a pas totalement emportée, mais qui m’a tout de même permis de voyager, de découvrir et, parfois, de questionner le regard de celui qui raconte.


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"Un an autour de l'Océan Indien" de Antoine Calvino

Éditions Libretto - Poche - Date de parution : 14 mai 2026 - ISBN : 9782369148968 - 368 pages - Prix éditeur : 11,80 euros


Édition revue et augmentée par l'auteur


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©Véronique Schauinger pour Inde et Asie en Livres - 2020 - Màj 2026

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