Un peu sur ... la littérature de Mumbai / Bombay

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Avec 1,3 milliards d’habitants, l’Inde est le deuxième pays le plus peuplé au monde après la Chine et devrait se hisser à la première place d’ici 2025. L’Inde compte plus de 2.000 groupes ethniques, un recensement national de 2011 révèle l’existence de 121 langues et de plus de 19.000 dialectes. De nombreuses religions du monde y sont représentés : l’hindouisme, l’islam, le sikhisme, le bouddhisme, le jaïnisme, le zoroastrisme, le christianisme, le judaïsme.


Longtemps connue comme capitale culturelle de l'Inde, Kolkata (Calcutta) continue à donner naissance à des générations de poètes, d'écrivains, de réalisateurs et de lauréats du prix Nobel. Pourtant, Mumbai n’est pas en reste car aucune autre ville ne personnifie mieux la diversité ethnolinguistique et culturelle du sous-continent.


La ville a officiellement porté le nom de Bombay jusqu'en 1995 et s'appelle depuis Mumbai. Aujourd'hui encore, dans la littérature, la ville peut être identifiée sous son ancienne appellation. Bombay a été longtemps, par sa situation géographique, la porte d’entrée de l’Inde et pour nombre de voyageurs venus par la mer, le premier contact et la première image de l'Inde. Mégapole d'environ 20 millions d’habitants, Mumbai est aujourd'hui la capitale économique et financière de l’Inde – et sans conteste celle de l’immigration - et constitue la vitrine de la modernité et le symbole de l’émergence indienne. Elle compte en son sein, l'une des plus grandes industries cinématographiques au monde, Bollywood. La complexité socio-économique et culturelle de cette ville est bien reflétée dans les œuvres d’écrivains dont certains ont été primés.



Mumbai inspire donc les écrivains indiens, natifs de la ville et du reste l'Inde. Elle inspire également des écrivains du monde entier. Quelques uns de ces ouvrages rédigés par des écrivains indiens, initialement et majoritairement écrits en langue anglaise, ont été traduit en français. Il serait trop long de dresser la liste complète des auteurs ayant puisé leur inspiration dans cette ville tentaculaire mais il est intéressant d’en citer quelques.

Parmi les natifs de la ville, citons Rohinton Mistry. Il est l’auteur de « L’Equilibre du monde (A Fine Balance, 1995) », un roman ayant remporté de nombreux prix et qui avait été sélectionné pour le Booker Price en 1996. L’histoire se déroule durant l'état d'urgence (1975) et met en scène quatre protagonistes. Rohinton Mistry est également l’auteur de nombreux romans au travers desquels, il nous fait découvrir la communauté parsie de la ville. Parmi ces ouvrages : « Un si long voyage (Such a Long Journey, 1991) » maintes fois primés, « Les Beaux jours de Firozsha Baag (Tales from Firozsha Baag, 1987) » et « Une simple affaire de famille (Family Matters, 2002) ».

D’autres natifs de Mumbai peuvent être cités : Salman Rushdie auteurs de nombreux romans souvent controversés mais dont on retiendra « Les enfants de minuit » (Midnight's Children, 1981) ; Meher Pestonji « Dans les rues de Bombay (Sadak Chhaap, 2005) », Firdaus Kanga qui a écrit un roman autobiographique « Grandir (Trying to Grow), 1990 » relatant handicap et homosexualité, un roman adapté en film « Sixth Happiness » et dans lequel Firdaus Kanga y  joue son propre rôle ; Jerry Pinto, auteur de nombreux romans sur Mumbai mais dont la seule traduction française est « Nous l’appelions Em (Em and the Big Homm, 2012) » ; Manil Suri « Mother India (The Age of Shiva, 2008) » et « Bollywood Apocalyspe (The City of Devi, 2013) »

Parmi la nouvelle génération, l’on peut mentionner Siddharth Dhanvant Shanghvi « Les derniers flamands roses de Bombay (The Lost Flamingoes of Bombay, 2009) et « La fille qui marchait sur l’eau (The last Song of Dusk, 2004) » ; Anosh Irani à qui l’on doit « La cité sans tristesse (The Song of Kahunsha, 2006) » et le « Le colis (The parcel, 2016) », ce dernier roman nous faisant découvrir le monde des hijras et du quartier rouge de la ville ; Altaf Tyrewala « Aucun Dieu en vue (No God in Sight, 2006) et « Le ministère des sentiments blessés (Ministry of Hurt Sentiments, 2012) ; …


Parmi les auteurs indiens inspirés par Mumbai et qui ne sont pas natifs, citons à titre exemple Daya Pawar « Ma vie d’intouchable » ; le poète Arun Kolatkar «Kala Ghoda (Kala Ghoda Poems and Sarpasatra 2004) » ;  Suketu Mehta et son célébrissime opus « Bombay Maximum City (Maximum City, 2004) » ; Vikram Chandra avec « Le Seigneur de Bombay (Sacred Games, 2006) », un roman qui a été adapté par Netflix ; Vikas Swarup « Les Fabuleuses Aventures d'un Indien malchanceux qui devint milliardaire (Q & A, 2005) rendu célèbre grâce à son adaptation au cinéma par le réalisateur Danny Boyle « Slumdog Millionaire » ; Aravind Adiga, qui a obtenu le Booker Price en 2006 pour « Le Tigre Blanc (The white Tiger, 2008) et qui a écrit quelques romans sur Mumbai « Le dernier homme de la tour (Last Man in Tower, 2011) » ou plus récemment « La Sélection (Selection Day, 2016) » qui nous plonge dans le monde du cricket ou « Amnesty, 2020) » "; ... Même si Amit Chaudhuri est né à Calcutta et à consacrer nombre de romans à sa ville natale où il y passait ses vacances durant sa jeunesse, il a grandi à Mumbai qu'il a quitté pour étudier la littérature anglaise à Oxford. Son roman sur Bombay "Ami de ma jeunesse" traduction de "Friend of my Youth", raconte ses souvenirs de Mumbai.



Mumbai s’écrit également au féminin à travers de nombreuses auteures comme par exemple Anita Desai et « Le Bombay de Baumgarten (Baumgartner's Bombay (1988) » et « Où irons-nous cet été (Where Shall We Go This Summer ? » (1975) ; Shobhaa Dé « La Nuit des Etoiles (Starry Nights, 1991) ; Kashmira Sheth « Garçons sans noms » (Boys without names, 2010) ; l’auteure Thrity N. Umrigar, native de Mumbai, et qui a écrit « Tous les silences entre nous » (The Space Between Us, 2006 » et « Le poids du paradis (The Weight of Heaven, 2009) » ; Kavita Daswati « Mariage à l’indienne, (For Matrimonial Purposes, 2003 », « Retour à Bombay », « Bombay Girl (Bombay Girl, 2012) » ; Rajashree avec « Sous le soleil de Bollywood (Trust me, 2006) » ; Sonia Faleiro « Bombay Baby (2013) » résultat d’une enquête dans un « bar dancer » de Mumbai ; Shilpi Somaya Gowda « La fille secrète (Secret Daughter, 2010) » et bien d’autres.


Mumbai a été également une muse pour des écrivains de la diaspora indienne et pour des écrivains occidentaux. Parmi eux, notons le bestseller « Shantaram (Shantaram, 2003) », le roman de l’australien Gregory David Roberts, suivi de « L’ombre de la montagne (The Mountain Shadow, 2015) » qui nous plonge dans les bas-fonds de la ville.

Mumbai est donc un puits sans fond d’inspiration pour tous ceux qui posent le pied sur ces terres. Pour les amateurs de littérature de Mumbai, les Mumbaikars et leur ville continueront longtemps à animer nos lectures.




Rohinton Mistry est né en 1952 à Bombay. Emigré au Canada à 23 ans, il travaille d’abord dans une banque tout en faisant des études de philosophie à Toronto. Son premier livre est un recueil de nouvelles « Les Beaux jours de Firozsha Baag (Tales from Firozsha Baag, 1987) centré sur une résidence parsie de Bombay se situant à quelques pas de Chowpatty Beach. : « Un si long voyage (Such a Long Journey, 1991) » se déroule aussi à Bombay, en 1971, année de l’intervention de l’armée indienne au Pakistan oriental et la naissance du Bangladesh. « L’Equilibre du monde (A Fine Balance, 1995) », est un roman incontournable de la littérature indienne. Il nous transporte dans l’Inde des années 1970 et raconte l’histoire d’une jeune veuve qui n'a pour seule ressource son petit appartement de Bombay. Elle décide d’en ouvrir les portes pour cohabiter avec deux tailleurs issus de la caste des Chaamars et un jeune étudiant qui étudie loin de ses parents. Rohinton Mistry se penche sur le sort des sans-noms et des sans-grades de l’Inde. « Une simple affaire de famille (Family Matters, 2002) met une nouvelle fois en avant la communauté parsie.


Citation de Rohinton Mistry - Extrait de « Les Beaux jours de Firozsha Baag (Tales from Firozsha Baag, 1987)
J'étais à la gare. En contemplant la multitude des voyageurs, qui, à coups de griffe, cherchaient à se frayer un chemin jusqu'à l'omnibus, je crus assister à une moralité du XVIème siècle. Toutes les allégories étaient présentes : le Destin, la Réalité et sa fille, la Nouvelle Réalité, la Pauvreté et la Famine, le Vice et la Vertu, l'Apathie et la Corruption.





Altaf Tyrewala est né en 1977 à Mumbai dans le quartier de Byculla et a a vécu à New York de 1995 à 1999 pour étudier la publicité et le marketing. Il a étudié l'économie du commerce au Baruch College d’où il est sorti diplômé « Business Administration (BBA). En 1999, il est retourné à Mumbai où il a travaillé dans plusieurs sociétés en tant que spécialiste en logiciels. En parallèle, il a écrit son premier livre « No God in Sight » (traduit en français en 2017 chez Actes Sud sous le titre « Aucun Dieu en vue »). Ce premier recueil de nouvelles a été traduit en traduit en marathi, allemand, français, espagnol, italien et néerlandais. Il sera même publié aux États-Unis et au Canada.

En 2012, il a publié « The Ministry of Hurt Sentiments » (traduit en français en 2018 sous le titre de « Le ministère des sentiments blessés »). La même année, il participe avec d’autres auteurs (R. Raj Rao,, Abbas Tyrewala, Sonia Faleiro, Jerry Pinto, …) à l’écriture de « Mumbai Noir ». En 2014, il a publié un nouveau recueil de nouvelles « Engglishhh ».




Aravind Adiga est un journaliste et écrivain. Il est né à Madras et a grandit Mangalore. Il émigre en 1991 avec sa famille à Sydney en Australie et étudie dans une école d'agriculture à Carlington, Nouvelle-Galles du Sud. Il étudie ensuite la littérature anglaise à l'université Columbia, et au Magdalen College à Oxford. Aravind Adiga commence sa carrière professionnelle comme journaliste financier. Ses papiers paraissent dans le Financial Times, The Independent, Money, le Sunday Times et le Wall Street Journal.

Il est ensuite embauché par TIME, où il est correspondant pendant trois ans. Aravind Adiga devient ensuite journaliste indépendant. C'est à cette époque qu'il écrit son emblématique roman "The White Tiger" lauréat du "Booker Prize" en 2008, le premier roman d'une longue série. Il réside et travaille à Mumbai.



Citation de Aravind Adiga - Extrait de « Le dernier homme de la tour »
Bombay, époque contemporaine, au mois de mai. Secteur de l'aéroport International... l'urbanisme est galopant, les bidonvilles pullulent. Dans cet environnement pouilleux, existe encore une résidence respectable et bourgeoise, la résidence Vishram, construite à la fin des années cinquante. A l'époque l'endroit était encore plus ou moins marécageux. Depuis les mangroves ont disparu, de nouveaux immeubles de luxe, des palais cinq étoiles sortent de terre. La place manque pour construire.

Cet article a été écrit pour la "Revue de l'Inde" consacré à Mumbai (n°14)

Il a pour objectif de faire découvrir aux lecteurs français quelques auteurs ayant écrit sur Bombay/Mumbai

Les romans traduits en français sont pour la plupart présentés sur ce site, n'hésitez pas à activer la fonction "recherche" pour les retrouver

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