"La Courtisane chauve - Bhagavadajjuka" - Bibliothèque Indienne - Les Belles Lettres
Il a beau être assigné à un corps de brahmane, l'esprit de cette femme va suivre sa nature et son habitude, cela promet un sacré décalage ! (Page 107)

En 2026, les Éditions Les Belles Lettres inaugurent leur collection "Bibliothèque indienne", consacrée aux textes du sous-continent, de la poésie à la philosophie, du conte au théâtre. Une nouvelle invitation à explorer le patrimoine indien, du Veda, il y a trois mille ans, à la scène contemporaine, et à faire découvrir aux lecteurs francophones la richesse d’un héritage littéraire encore trop peu connu. Après "Les Sept Centuries", recueil de poésie en langue prākrit, "La Courtisane chauve – Bhagavadajjuka" en est le deuxième volume.
"La Courtisane chauve" s’ouvre sur une introduction rédigée et commentée par Basile Leclère, maître de conférences en sanskrit et littératures indiennes à l’Université Jean-Moulin Lyon 3. Ses recherches portent sur le théâtre sanskrit, envisagé à la fois comme genre littéraire et comme forme spectaculaire, ainsi que sur l’évolution du jaïnisme et des autres religions indiennes à l’époque médiévale. Son expertise apporte un éclairage précieux sur cette œuvre singulière.
Cette introduction constitue une passionnante plongée dans l’histoire du théâtre de l’Inde ancienne. Basile Leclère en présente les différentes formes et les conventions, avant de s’intéresser au "Bhagavadajjuka", qui relève du prahasana, un genre de farce satirique volontiers irrévérencieuse envers les figures religieuses. L’œuvre, dont la date de composition et l’attribution restent discutées, témoigne d’une tradition théâtrale qui ne se limite pas aux grandes pièces classiques aujourd’hui les plus connues. Les explications du chercheur permettent d’en saisir les particularités et d’apprécier les ressorts comiques du texte.

Director: Yadu Vijayakrishnan
Produced by: Kiran Raj
L’intrigue repose sur une situation aussi insolite que savoureuse. Un ascète tente d’initier son disciple Shandilya aux vérités supérieures du yoga, mais celui-ci semble davantage attiré par les plaisirs terrestres que par la quête spirituelle. Pour lui démontrer l’étendue de ses pouvoirs, le maître transfère son âme dans le corps d’une courtisane qui vient de mourir. Mais le messager de la Mort intervient et, à la suite d’une méprise, les âmes se retrouvent dans les mauvais corps. Les identités se brouillent, les comportements déconcertent et les quiproquos s’enchaînent.
Derrière cette situation burlesque, la pièce joue avec les apparences et les contradictions humaines. L’ascète, censé incarner la sagesse et le détachement, se retrouve au cœur d’un renversement qui met à l’épreuve son autorité. Le contraste entre ses ambitions spirituelles et les préoccupations de son disciple nourrit une satire malicieuse des postures religieuses. Le rire devient ainsi un moyen de questionner les certitudes, sans alourdir le propos d'un discours philosophique.
La pièce possède également une histoire scénique remarquable. Préservée notamment au Kerala grâce au Kūṭiyāṭṭam, une forme traditionnelle de théâtre sanskrit, elle témoigne d'une tradition vivante qui a permis à cette œuvre ancienne de traverser les siècles.
La traduction de Basile Leclère et Clémence Cabarrocas*, accompagnée de notes et de commentaires, rend cette comédie accessible au lectorat francophone tout en éclairant ses références culturelles et religieuses.
Avec "La Courtisane chauve", on découvre une facette inattendue de l'Inde ancienne, où l'on pouvait aussi sourire des travers des ascètes et des contradictions de ceux qui prônaient le détachement spirituel. Cette liberté de ton n'est pas sans rappeler, bien des siècles plus tard, le théâtre de Molière et sa critique des faux dévots dans "Tartuffe". Si les contextes diffèrent, les deux œuvres montrent comment le rire peut dévoiler les décalages entre les principes affichés et les comportements réels. Une découverte qui rappelle que la littérature indienne ancienne ne se résume pas à la spiritualité et à la philosophie : elle sait aussi faire place à l'ironie et à la satire.
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"La Courtisane chauve
Bhagavadajjuka"
Traduit du sanskrit et du prakrit par Basile Leclère et Clémence Cabarrocas
Introduction et notes de Basile Leclère
Éditions Les Belles Lettres
Bibliothèque indienne dirigée par Vincent Eltschinger et Isabelle Ratié
Date de parution : 6 novembre 2026
ISBN : 9782251460796 - 142 pages - Prix éditeur : 19 euros






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