"Les Disparus de la Purple Line" de Deepa Anappara

#littératureindienne #auteurindien #auteursindiens #éditionslespressesdelacité #pressesdelacité #deepaanappara


Quand j'aurai retrouvé Bahadur, les gens n'auront plus ce genre de discussions idiotes. Ils parleront de moi comme le plus grand détective au monde : Jasoos Jai. Demain, je demanderai à Faiz d'être mon second. On sera comme Byomkesh Bakshi et Ajit, de la série télé, et on mènera notre enquête dans les allées du Bhoot Bazar noires de smog. On aura même notre signal secret, bien meilleur que celui des policiers.



Jai a neuf ans et vit dans une basti, un bidonville, d'une mégalopole indienne où il y a continuellement un smog.

Contrairement à d'autres enfants, Jai va à l'école où un déjeuner est offert à chaque élève venant en classe. Jai est très proche de Pari, une fille très intelligente et de Faiz, qui croit aux djinns.

Entre une mère passionnée par les émissions sur les enquêtes non résolues et un père passionné par les séries policières, Jai rêve de devenir détective.

Justement deux de ses amis de classe viennent de disparaître. Contrairement aux adultes qui croient que ces disparitions sont certainement des fugues, Jai et ses amis prennent les disparitions de leurs camarades de classe au sérieux. Ils décident alors de mener leur enquête le long de la Purple Line. Mais les disparitions s'enchaînent. Faiz croit toujours qu'elles sont liées aux djinns, Jai quant à lui, ne trouve plus ce jeu très drôle.


Comme ils ont de la chance, ceux qui peuvent vieillir en croyant avoir le contrôle de leur vie, mais eux aussi comprendront un jour que tout est incertain et voué à disparaître à tout jamais. Dans ce monde, nous ne sommes que des grains de poussière qui un instant étincellent au soleil, avant de s'évanouir dans le néant. Il faut apprendre à l'accepter.

Il est estimé qu'en Inde, par jour, 180 enfants disparaissent. Deepa Anappara a été pendant près de dix ans journaliste en Inde, elle y rédigeait des reportages et des rubriques ayant trait à l'éducation qui l'ont amené à se rendre, à plusieurs occasions, dans des bastis à la rencontre d'enfants. Les disparitions d'enfants est un sujet qui lui tient à cœur depuis de nombreuses années et c'est à travers son roman, "Djinn Patrol on the Purple Line" traduit en français sous le titre "Les Disparus de la Purple Line", qu'elle a pu enfin parler de ce sujet et donner vie à ces chiffres, en leur collant des noms et des visages. "Les Disparus de la Purple Line" 'a été également l'occasion pour elle, de donner la voix aux victimes et aux familles de disparus désemparées devant la passivité des policiers, la corruption et la bureaucratie indienne et d'aborder de nombreux sujets de société.

Les évènements qui ont lieu "Les Disparus de la Purple Line" ne sont pas perçus à travers les yeux d'un adulte mais à travers ceux d'un petit garçon haut comme trois pommes, Jai, le protagoniste. Au début du roman, Jai est encore un enfant naïf, dont le seul but est d'imiter ce qu'il a vu à la télévision en jouant le détective. L'occasion se présente avec la disparition d'un premier de ses camarades de classe, puis d'un second. Il sera épaulé par ses meilleurs amis, Pari et Faiz qui seront, et il est important de le préciser, plus investis que les policiers dans l'enquête de ces disparitions. Malgré les mises en garde, Jai et ses amis ne prennent pas tout de suite conscience des dangers auxquels ils s'exposent. Pourtant, l'innocence de ces détectives en herbe s’évanouit peu à peu lorsque la liste des disparus s'allonge, que la peur s'installe à la basti et au Bhoot Bazar, entraînant dans son sillage des conflits entre communautés qui prennent chaque jour plus d'ampleur et qui amènent la fuite de certains habitants de la basti, Jai prend enfin conscience du danger mais il est peut-être trop tard. Au fil des pages et des chapitres, l'histoire de "Les Disparus de la Purple Line" prend de l'intensité, la folie et le désespoir prennent la place de l'espoir et le smog de la ville devient toujours plus épais, et l'innocence des enfants s'effritent pour disparaître.


Avec "Les Disparus de la Purple Line", Deepa Anappara nous offre une véritable galerie de portraits. Tout d'abord, il y a les habitants de la basti dans sa globalité et de ceux du Bhoot Bazar. Il est impossible de parler de basti sans évoquer la misère mais Deepa Anappara a tenté de montrer, sans voyeurisme et avec beaucoup d'humanité, que malgré les conditions précaires de ses habitants et les injustices qu'ils subissent (et la peur quotidienne de voir leur bidonville se faire raser par des bulldozers) les habitants travaillent et pas uniquement dans les décharges, certains enfants vont à l'école (quand ils ne sont pas obligés de travailler) et que même si leur confort est rudimentaire, nombre d'habitants restent soudés entre eux, parfois sans distinction de la communauté religieuse dont ils sont issus. Sur ce point, "Les Disparus de la Purple Line" rejoint le roman "Les Toits du Paradis" de Mathangi Subramanian qui contait l'histoire de cinq filles qui vivaient également dans un bidonville.


Outre les personnages principaux dont Jai, d'autres portraits complètent le roman. Il y a les portraits les plus touchants, les victimes, que Deepa Anappara nous fait entrapercevoir quelques heures, quelques minutes avant leur disparition et qui sont des passages douloureux qui vont certainement vous hanter. D'autre part, il y a leur famille à différentes étapes : qui cherche à retrouver leur enfant ou leur frère ou sœur, ou leur neveu ou nièce, l'incompréhension et l'injustice, le besoin de justice, la résiliation, le deuil et le travail de reconstruction. Il y a également ces autres victimes, d'injustice, arrêtées pour un crime qu'ils n'ont pas commis et dont leur arrestation conduit à réduire à néant leurs rêves d'une vie meilleure. Et enfin, il y a ces enfants, tous ces enfants de ce roman.


Autre élément appréciable dans "Les Disparus de la Purple Line", le nombre de mots et d'interjections en hindi, apportant encore plus authenticité à l'ensemble et une plus grande immersion dans l'histoire. Il est également important de souligner la présence et l'importance des djinns dans ce roman. On peut supposer que l'auteure a été inspirée par la Cité des Djinns, le surnom donné à Delhi, et sa "Purple Line", même si ces évènements tragiques peuvent avoir lieu n'importe où en Inde et n'importe quand, sans que l'on sache finalement leur nombre.


"Les Disparus de la Purple Line" est un roman puissant, déroutant, bouleversant qui réunit différents genres littéraires dont la fiction policière, la satire, le mystère, ... Inspirée par des faits réels, ce roman est une véritable prise de conscience sur ce fléau agissant impunément.




J'ai l'impression que des centaines de papillons battent des ailes dans ma poitrine. Quand on meurt encore enfant, est-ce que la vie représente une totalité, une moitié, ou rien ?

-------------------

"Les Disparus de la Purple Line" de Deepa Anappara

Titre original : "Djinn Patrol on the Purple Line"

Traduit de l’anglais (Inde) par Elisabeth Peellaert

Éditions "Les Presses de la Cité - Date de parution : 15 avril 2021 - ISBN : 9782258193741 - 413 pages - Prix éditeur : 22 €



https://www.lisez.com/livre-grand-format/les-disparus-de-la-purple-line/9782258193741


"Djinn Patrol on the Purple Line" a été nominé pour plusieurs prix.

Il a remporté le prix "Lucy Cavendish College Fiction Prize" en 2019

Il a été nominé pour le "JCB Prize" en 2020 et pour le "Women's Prize for Fiction".


138 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout