"Les Sept Centuries – Sattasaī" par Hāla Bibliothèque Indienne - Les Belles Lettres
Il y a tant de nectar sur un lotus
Aux étamines gorgées de pollen.
Si, abeille, il y en a autant ailleurs,
Tu as bien raison de virevolter !
(387 - Page 200)

Après les dix volumes de sa série "Inde", les Éditions "Les Belles Lettres" ouvrent un nouveau chapitre avec "Bibliothèque indienne". Cette collection entend faire découvrir la diversité des littératures du sous-continent, de la poésie à la philosophie, du conte au théâtre, en faisant dialoguer les époques, les langues et les traditions. Loin de se limiter aux textes les plus célèbres, elle ambitionne de donner accès à un patrimoine littéraire foisonnant, du Veda à la création contemporaine. Pour inaugurer ce projet éditorial, les Belles Lettres ont choisi "Les Sept Centuries – Sattasaī", un recueil de poésie ancienne où les émotions humaines se dévoilent en quelques vers.
Traditionnellement attribuée au roi Hāla, figure emblématique de la littérature indienne et qui aurait vécu au 1er siècle de notre ère, la Sattasaī rassemble un millier de poèmes brefs composés en prākrit māhārāṣṭrī. Traduite par Nalini Balbir, spécialiste des littératures en prākrit et en pāli ainsi que des religions indiennes, cette œuvre nous fait découvrir une autre facette de l’Inde ancienne, loin des grandes épopées et des textes religieux ou philosophiques. L’amour en est le thème central, décliné dans toute sa complexité : désir naissant, passion contrariée, jalousie, attachement dissimulé ou douleur de la séparation. En quelques vers, chaque poème esquisse une situation, suggère un sentiment et laisse au lecteur le soin d’en saisir les nuances.

La Sattasaī est une poésie de l’extérieur et du plein air, associée à un sentiment de liberté. La nature y occupe une place essentielle : forêts et montagnes, champs, jardins et espaces domestiques abritent une faune foisonnante, du vieux matou aux éléphants, en passant par les oiseaux, les insectes, les reptiles et les bovidés. La flore est tout aussi présente, avec de nombreuses espèces végétales évoquées au fil des poèmes. Plus qu’un simple décor, cet environnement influe sur les possibilités de rencontre et l’épanouissement de l’amour et du désir. Chaque saison possède sa végétation et son bestiaire propres, qui participent à la construction des images et des allusions poétiques.
Ces poèmes font également entrer le lecteur dans le quotidien de l’Inde ancienne, à travers des figures variées : paysans, chefs de village, chasseurs, joailliers ou vendeuses de guirlandes. Sans pouvoir être réduite à une poésie populaire ou folklorique, la Sattasaī accorde une place à des personnages et à des activités rarement mis au premier plan dans les représentations plus solennelles de cette société. La mangue, le lotus, les bourdons ou les troupeaux témoignent de cette proximité avec le monde vivant, tout en s’inscrivant dans des conventions poétiques dont les références enrichissent la lecture.
La brièveté des poèmes n’exclut ni la subtilité ni la richesse des images. Un geste, un regard ou une parole équivoque peuvent suffire à faire deviner ce que les personnages taisent. Le désir s’exprime souvent à demi-mot, dans les silences, les jeux de regards et les contradictions des sentiments. Cette écriture suggestive laisse une large place à l’interprétation et confère à ces scènes amoureuses une sensualité qui demeure perceptible au-delà des siècles.
Au-delà du texte traduit, l’ouvrage accorde une place essentielle à l’introduction et aux commentaires de Nalini Balbir, spécialiste des littératures en prākrit et en pāli, ainsi que des religions indiennes. Ce travail d’accompagnement ne constitue pas un simple complément : il apporte les clés nécessaires pour entrer dans l’œuvre, comprendre son genre littéraire, sa langue d’origine, son contexte historique et sa place dans la tradition indienne. Il permet également d’éclairer les différentes versions du recueil, ses traductions successives et les œuvres qui ont pu s’en inspirer. Autant de repères précieux pour mieux apprécier les choix de traduction et saisir la richesse d’un texte dont certains aspects pourraient échapper au lecteur contemporain.
Avec "Les Sept Centuries", près de deux millénaires de poésie viennent à la rencontre du lecteur contemporain. Derrière les scènes amoureuses, les paysages et les gestes du quotidien se dessine une vision du monde où la nature accompagne les élans du cœur sans jamais les réduire à de simples mots. La force de ces poèmes tient précisément à leur brièveté : quelques vers suffisent à suggérer un désir, une absence ou une émotion, laissant au lecteur le plaisir d’en découvrir les nuances. Un premier volume qui ouvre avec finesse les portes d’une littérature indienne ancienne, vivante et bien plus diverse qu’on ne l’imagine.
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"Les Sept centuries - Sattasaī " de Hᾱla
Traduction depuis le prakrit māhārāṣṭrī, introduction et commentaire de Nalini Balbir.
Éditions Les Belles Lettres
Bibliothèque indienne dirigée par Vincent Eltschinger et Isabelle Ratié
Date de parution : 6 novembre 2026
ISBN : 9782251460789 - 364 pages - Prix éditeur : 25 euros






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