"Chandrakanta" de Devaki Nandan Khatri




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Virendra est le fils unique de Surendra Singh, radja de Naugarh. Il est profondément amoureux de Chandrakanta, fille unique du radja de Vijaygarh, qu'il connaît depuis ses plus jeunes années. Un amour réciproque. Enfants, ils jouaient ensemble car leurs pères, dont les royaumes ne sont distants que de cinq lieues, sont des amis.


Pourtant, le père à Chandrakanta a décidé d'interdire à Virendra, toute visite dans son royaume et a posté des gardes aux quatre coins de son palais, au cas où Virendra aurait l'idée d'envoyer son ami Tej ou tout autre eyar*. Virendra se languit de Chandrakanta, tout comme Chandrakanta se languit de Virendra. D'autant, que Virendra n'est pas le seul à convoiter la princesse. Krur Singh, fils du diwan de Vijaygarh souhaite également s'unir à elle. Mais Krur est fourbe, tout comme les deux eyars à son service. Afin de parvenir à ses fins, celui de s’asseoir un jour sur le trône et de gouverner le royaume à la place du radja de Vijaygarh, il n'hésite pas à tuer son propre père. Lorsque le radja découvre que l'assassin de son diwan n'est qu'autre que le fils de ce dernier, furieux, il décide de chasser Krur de son royaume, tout en s'excusant auprès de son ami le radja de Naugarh d'avoir interdit à son fils de voir sa fille. Krur, quant à lui, décide alors de rejoindre un autre royaume, celui du roi Shivdatt, un kshatriya - un guerrier - qui ne manque  aucune occasion de faire la guerre. En entendant l'histoire de Krur, Shivdatt décide alors de le venger. Avec l'aide de ses eyars, il décide de kidnapper la princesse et son amie intime du nom de Chapla qui est également une eyar.


Le radja de Vijaygarh abattu par la disparition de sa fille, se retrouvera en plus au cœur d'un conflit sans précédent qui ébranlera les trois royaumes. Chandrakanta, malgré les recherches assidues effectuées par le prince accompagné de son ami, le puissant eyar Tej, restera introuvable.


* un ou une eyar (ou aiyyar - aiyyara ) est une personne ayant des pouvoirs : celui de changer d'identité pour prendre l'apparence d'une autre personne ; celui de connaître le pouvoir des herbes et des pierres, qui connaît le maniement des armes ; l'art des sciences, de la danse et de la musique ; ... Les eyars doivent respecter des règles de conduite envers les autres eyars.



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Cent trente-huit ans, c'est l'âge qu'à "Chandrakanta", qui peut se vanter d'être le premier roman hindi moderne. Publié à l'époque sous forme de feuilleton, il aurait influencé la popularité de la langue hindi et c'est sans doute grâce à lui que l'Inde est aujourd'hui au palmarès mondial le pays où on lit le plus. "Chandrakanta" a écrit par Devaki Nandan Khatri en 1887 et il est depuis près de cinquante ans tombé dans le domaine public. La télévision s'est emparée de l'histoire de Chandrakanta pour en créer de nombreuses séries télévisées. Dans les années 1990, Nirja Guleri - la première femme en Inde à diriger un film épique à si grande échelle - a fait de "Chandrakanta" une série télévisée à gros budget. Le jeu en valait la chandelle car "Chandrakanta" - version revisitée par Nirja Guleri qui a pris quelques libertés avec le récit initial de Devaki Nandan Khatri - est l'un des plus grands "blockbusters" de la télévision indienne à ce jour. Plus récemment, c'est-à-dire en 2017-2018, une nouvelle superproduction télévisée a été lancée par la réalisatrice Ekta Kapoor et toujours sur la base de l'histoire de Devaki Nandan Khatri. Il suffit d'allumer quelques minutes la télévision en Inde ou observer les indiens la regardant pour comprendre pourquoi "Chandrakanta" a tant de succès. "Chandrakanta" est indéniablement une histoire qui a marqué et qui a marquera encore de nombreuses générations d'indiens. Vous l'aurez constaté, l'histoire de ce roman - sur le plan historique - est une histoire à part entière dont il est très intéressant de s'y attarder. Bien évidemment, il est encore plus intéressant de s'attarder sur le roman lui-même car "Chandrakanta" est un véritable joyau. En lisant consciencieusement "Chandrakanta" et en prenant soin de faire attention aux différents détails, le lecteur pourra constater que ce n'est pas  une seule histoire qui se déroule devant ses yeux mais plusieurs.

Le roman de "Chandrakanta" débute comme dans un conte. Un prince amoureux d'une princesse d'un autre royaume mais qui ne peut pas l'épouser à cause de certaines rivalités. Des royaumes qui après un épisode de paix, deviennent rivaux et se lancent dans un conflit où tour à tour, l'un ou l'autre gagne une bataille puis perd la suivante. Pourtant, presque subitement, la princesse disparaît et avec elle son rôle principal. Elle devient alors une espèce de muse.  L'effet "conte" se dissout pour laisser la place à un autre style. C'est à ce moment que les eyars et précisément l'ami intime du prince, Tej, deviennent des personnages plus importants. Les eyars sont - pour vous faire imaginer leur rôle par rapport à une "profession" que vous connaissez tous - des agents secrets d'un autre siècle et avec des pouvoirs bien plus importants : se métamorphoser en une autre personne, se déplacer à des vitesses impressionnantes et sans sentir la fatigue, maîtriser l'utilisation des poudres et onguents ... Ce sont des êtres extrêmement intelligents et malins. Parmi eux, il y a des bons et des mauvais eyars, tout dépend du degré de méchanceté de leur "maître" mais pourtant les eyars doivent respecter certaines règles notamment vis-à-vis de leur semblable. Contrairement aux autres eyars, Tej est le seul à avoir un pouvoir extraordinaire, celui d'ouvrir une grotte qui est le lieu central du roman. Tout ce qui se passera ailleurs dans le roman, accentuera l''importance de ce lieu hors du commun qui est à la fois magique et enchanteur. Car dans ce roman, nous sommes bien loin d'une grotte sombre ou a contrario de la grotte d'Ali Baba et de ses quarante voleurs. La grotte de Tej servira à la fois de prison et de jardin d'Eden. Le prince aura aussi son rôle à jouer, car c'est à lui que revient le rôle de briser les enchantements dans une ruine pour libérer sa douce. "Chandrakanta" est à la fois un roman d'enquête où il est important de relever des détails qui peuvent être des indices précieux pour la suite du roman. "Chandrakanta" se transforme à certains moments en un roman plutôt du genre fantastique entre "Merlin" "Gandalf" "Harry Potter"  et "Alice" mais sous une version plutôt indienne. Mais le mot juste pour désigner le genre de ce roman est le tilism, un roman d'aventures merveilleuses, comme le souligne le Professeur Annie Montaut dans la préface. Il est difficile d'expliquer le tilism. Je dirais que "Chandrakanta" est un héritage de la tradition littéraire indienne au sens large, l'Inde est un pays doté d'une tradition orale importante influencée par diverses origines. Certaines scènes de "Chandrakanta" m'ont fait penser aux épopées hindoues à travers ses batailles, certains jeux, certaines pensées, réflexions et croyances. Les espions ou eyars sont quant à eux, plutôt originaires de la tradition narrative persane du destan comme l'on trouverait dans d'autres romans les djinns. C'est cet ensemble qui donne à "Chandrakanta" une saveur et une aura particulière.


"Chandrakanta"  est une lecture envoûtante. C'est un roman magnifiquement orchestré, fourmillant de détails, d'une grande précision et d'une qualité remarquable. Sa traduction en français est juste parfaite. Il est vraiment dommage qu'en France, ce roman n'ait pas été à ce jour publié alors que sa traduction a été réalisée par des traducteurs passionnés. À l'heure, où les lecteurs français sont friands du genre fantasy, il est vraiment dommage qu'un roman centenaire et populaire en Inde - même si c'est sous l'une de ses variantes télévisées - ne trouve pas simplement un éditeur.

Nicole Guignon et de Florent Lelièvre ont pour objectif de faire découvrir des textes littéraires de langue hindi - nouvelles, romans, biographie - au public français.  Soutenons-les.


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Les lieux qui ont inspiré le roman


Vijaygarh Fort - Uttar Pradesh


Chunar Fort - Uttar Pradesh



Chandrakanta

De Devaki Nandan Khatri

Texte original

Traduit de l'hindi par Nicole Guignon et Florent Lelièvre

A la recherche d'une maison d'éditions

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Vous êtes éditeurs et êtes intéressés pour la parution de cet ouvrage. Vous pouvez me contacter à l'adresse atasiblog@gmail.com, je me ferais une joie de transférer votre message aux traducteurs.

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