Huit jours aux Indes - Émile Guimet

Les indigènes ne sont pas bien d'accord sur le nom qu'il faut donner à ce taureau. Généralement on le le nomme Nandi. Mais les brahmes savant prétendent que Nandi "le Bienheureux" est le taureau qui garde la porte de l'Enfer ; c'est lui que nous apercevons en entrant dans une chapelle à gauche. Ce concierge funéraire est souvent représenté avec un corps d'homme et une tête de taureau, il tient alors une massue : c'est ainsi que le reproduisirent certains vases grecs, minotaure inflexible qui tue jeunes gens et jeunes filles.
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Quatrième de couverture En 1876, le ministre de l'Instruction publique charge Emile Guimet d'une mission en Extrême-Orient, qui l'entraînera de l'Inde au Japon, en passant par Shanghaï, en compagnie de son ami le peintre Félix Regamey. Huit jours aux Indes, publié dans la célèbre revue de géographie Le Tour du Monde, est caractéristique de l'esprit encyclopédique du futur créateur du musée Guimet. Tissé d'exposés archéologiques, de réflexions d'historien, d'esthète et de philosophe, ce classique du voyage orientaliste et humaniste est emblématique du regard porté sur l'Inde par le visiteur occidental du XIXe siècle. A l'heure où l'on " redécouvre " l'Inde, ce récit permet de mesurer le chemin parcouru de part et d'autre. Emile Guimet, capitaine d'industrie qui prendra en 1887 la tête de Péchiney, est également un musicien accompli et un voyageur dans l'âme. Les relations illustrées qu'il publie font bientôt de lui l'un des personnages incontournables de la vie culturelle française - rédacteur d'études sur les peuples orientaux, adhérent à la Société d'études japonaises, organisateur d'un congrès des orientalistes, puis fondateur du musée Guimet, à Lyon et à Paris.




Dans "Huit jours aux Indes", Émile Guimet, nous transporte pour un voyage aux Indes, précisément dans sa partie Sud. Les Indes ne furent qu'une étape lors du tour du monde qu’Émile Guimet fit en 1876-1877 en compagnie du peintre Félix Régamey. Après être venu en bateau depuis Colombo, ils visitèrent tout à tour les villes de Tuticorn, Madurai, Tinuchirappalli, Tanjore, Madras et Mahabalipuram. Dans ce récit de voyage, il est intéressant de découvrir Émile Guimet - industriel et collectionneur d'objets d'art français dont ses collections asiatiques ont donné naissance au Musée parisien Guimet. "Huit jours aux Indes" n'est pas un simple récit de voyage, c'est un ouvrage très riche. Émile Guimet ne se contente pas d'exposer et de décrire son voyage de manière futile, ses voyages en train (et en bateau) et de critiquer les lieux de repos - bungalow et hôtels - lors de ses étapes, des pensions souvent burlesques et surtout sans confort, héritage laissé par les anglais et portugais. Dans "Huit jours aux Indes", Émile Guimet ne lésine pas sur les détails des temples qu'il visite, en y incorporant nombre de légendes, d'épopées, de récits historiques, .... Il n'hésite pas à chercher des éléments de comparaison entre les Indes et d'autres civilisations anciennes telles que l'Égypte, la Grèce et même Rome. C'est une approche très intéressante à laquelle nous ne pensons pas forcément mais qui peut recéler nombre de similitudes : les dieux, la mythologie, la philosophie, et l'architecture par exemple. La religion y sont très souvent abordée dans ce récit, Émile Guimet essaye de comprendre l'hindouisme en y essayant de temps en temps à rechercher des points en commun avec le christianisme. Il nous raconte les tentatives d'’évangélisation faite par les Européens dans cette contrée et les conflits qui eurent lieu entre missionnaires et jésuites. Je vous conseille également de vous concentrer sur l'avant-dernier chapitre où il admet que les idées philosophiques ne sont pas grecs mais indiennes "On sait d'ailleurs que le philosophe est allé aux Indes pour s'instruire et non pour évangéliser", dit-il en y incluant nombre d'arguments très cohérents.




Dans "Huit jours aux Indes", nous découvrons Émile Guimet comme un homme fortement cultivé et très renseigné, avec un esprit d'ouverture fidèle à ce qu'il dit toujours vers la fin de l'ouvrage :


"[...] C'est toujours la même faute que nous commettons systématiquement en matière coloniale : ne jamais tenir compte des gens qui sont aux colonies ; supposer que dans des questions semblables il est inutile de connaître le pays, le climat, la langue, les mœurs, les croyances, les lois, les superstitions, les traditions, l'histoire et cette constitution spéciale que les siècles font à un peuple. [...]"

En contrario, le récit ayant été écrit entre le milieu et la fin du XIXème siècle, bien évidemment, Émile Guimet reste un homme avec une mentalité de cette époque. Il a tout de même un point de vue de colonisateur, nommant les indiens d'indigène ou de brahmes et pouvant montrer très vite des signes d'exaspération envers eux. Dans son récit, la présente étrangère, celle des Anglais, des Portugais et des Français, y est très vivement ressenti. Émile Guimet nous y livre l'histoire de la colonisation, "les premiers contacts des Européens avec l'Inde" et les grands noms qui marquèrent pour l'éternité l'histoire même si pour la plupart les noms ont été effacés de la mémoire populaire comme par exemple Dupleix, Bussy, Lally-Tollendal, La Bourdonnais, ... "Huit jours aux Indes" est un livre qui n'est certes pas facile à lire et qui pourrait rebuter nombre de lecteurs. Pour autant, c'est un livre très intéressant, qu'il faut au moins essayer de lire, au moins pour découvrir les épopées de la religion hindouiste qui sont savamment bien résumées dans ce livre mais également les analyses philosophiques très pertinentes. Cet ouvrage permet également d'avoir un aperçu des Indes à cette époque à travers l’œil d'un français et pas n'importe lequel, un homme qui a donné son nom à un magnifique musée parisien car il ne suffit pas de connaître le nom mais avant tout l'homme qu'il a été pour apprécier à sa juste valeur son travail.


En faisant le tour de l'édifice on découvre une petite merveille. Sur la verdure des cocotiers se détache le temple de Subrahmanya, qui est comme une réduction du grand temple placé à côté de lui : un vrai bijou, on peut le dire, car c'est plûtot de l’orfèvrerie sur pierre que de l'architecture. J'ai vu la grandeur des monuments égyptiens et l'harmonie des temples d'Athènes ; je connais la richesse des cathédrales gothiques et l'élégance des œuvres de la Renaissance : sans rien enlever à la richesse à tous ces chefs d’œuvres consacrés à l'admiration des siècles, je puis déclarer que le petit temple de Tanjore est une perfection d'harmonie, de richesse, d''élégance et même de grandeur, malgré ses proportions restreintes.
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Ces idoles aux visages bienveillants, aux gestes terribles, ces êtres mythiques aux cent bras, ces déesses qui s'avancent portées par des monstres, ces guerriers divins qui escaladent des montagnes de vaincus, ces Marouts qui luttent, ces nains qui jouent, ces nymphes qui dansent, tout cet Olympe mouvementé qui s'agite dans les chapiteaux doit singulièrement impressionner les fidèles venus de loin pour se sanctifier et voir des merveilles. La nuit, à la clarté étrange des étoiles indiennes, le pèlerin fatigué doit entrevoir dans ses rêves ces êtres protecteurs et effrayants ; l’œil à moitié fermé, il les voit vivre, s'animer pour lui et descendre en foule le long des colonnes, les mains pleines de ces attributs de bonne augure qui promettent toutes les jouissances célestes.
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Huit jours aux Indes

Par Émile Guimet

Éditions Libretto - Date de parution : 1 avril 2016 - ISBN : 978-2369142744 - 183 pages - Prix éditeur : 8,70 €


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