• Véronique Schauinger

"La Ville en ses murs" Par Esther David

Des gueules violettes surgissent aux côtés des faces vertes et je vois Subhadra. Nous jouons au nagolchu. Il y a sept pierres empilées et nous tentons de faire valser la plus haute avec une balle, qui s'envole par-dessus la tête de Subhadra avant de lâcher une corde qui forme un nœud coulant autour de ses pieds. Tête en bas, elle s'envole vers le ciel. La corde l'emporte comme le cerf-volant qui avait piqué mon chapati à l'école. Je m'enfonce encore davantage dans ma couverture aux perroquets verts et aux roses rouges.


La narratrice est une jeune fille de la communauté juive d'Ahmedabad. Elle est fille unique et a grandit jusqu'à ses 12-13 ans dans la maison paternelle se situant dans le quartier de Dilhi Darwaza. Dans cette grande et vieille demeure familiale vivent plusieurs générations : le propriétaire des lieux l'oncle, sa femme et leurs deux enfants ; la famille à la la jeune fille ; la grand-mère et quelques domestiques. Lorsque que la santé du grand-père maternel Danieldada commence à décliner, ses parents et elle emménagent dans la maison maternelle se situant dans un autre quartier d'Ahmedabad, Shahibagh. Sa mère est heureuse de retrouver sa maison. La jeune fille aime partager du temps avec son grand-père qui aime lui parler des autres religions et lui confier des secrets de famille, ce que sa mère ne voit pas d'un bon œil. Alors que les mois passent, le monde autour duquel la jeune fille a grandit se métamorphose et la jeune fille voit peu à peu s'effondrer les remparts de sa vie en même temps que ceux de la ville.



"La Ville en ses murs" est le deuxième roman qu'avait écrit son auteure Esther David. Esther David est issue de la communauté juive indienne et dans ses récits elle nous invite à découvrir sa communauté.  "La Ville en ses murs" paraissant être un roman très intimiste. La narratrice est une jeune fille d'Ahmedabad dont l'on ne connaîtra pas le nom. On découvre à travers elle, une communauté juive qui s'effrite et des coutumes qui disparaissent avec le décès des anciens et le départ de nombre de personnes de la communauté vers Israël. La question du mariage est souvent abordée mais un obstacle majeur vient souvent empiéter les projets car les bons partis ne vivent pas ou ne restent pas en Inde, ne restant que les cousins. La narratrice est une jeune fille, à l'âge de l'adolescence, fréquentant d'autres jeunes filles de toutes les confessions. Elle est très curieuse d'apprendre sur les us et coutumes de ses camarades, sur leurs dieux et les rites pratiqués. Elle vit une période de sa vie où la vie innocente de son enfance s'efface en même temps que s'effondre les remparts de sa ville. Tout un symbole. Le déclin s'annonce à travers de nombreux bouleversements. Il s'agit d'abord du déménagement vers la maison du grand-père, puis avec le décès mystérieux de son amie d'enfance hindoue, puis du décès de son grand-père. Mais le couperet final se fera avec le déménagement forcée de sa grand-mère paternelle et avec elle la mise au placard des traditions juives.


Contrairement à d'autres romans, l'auteure a pris soin de donner un nom à ses chapitres et des illustrations (en adéquation avec le contenu) complètent les noms des chapitres. Chaque chapitre est une suite d'évènements dans la vie du protagoniste. Le roman est également une série de réflexions sur la vie, la mort, le passé et le futur, la destruction et l'oubli. Une vie qui se désintègre en même temps que la déshérence d'une communauté.

Loin d'être un roman naïf, "La Ville en ses murs" est un roman vibrant sur une époque révolue.                                                                                            


Subhadra a une vision de Kali : elle brandit une épée et porte un chapelet de crânes à la ceinture. Nos vies ont soudainement changé. Je ne sais pas pourquoi. Subhadra n'est plus la même. [...]
Je réalise que sans trop nous en rendre compte, nous avons dû quitter l'enfance. Subhadra a arrêté l'école et sa mère parle de fiançailles. Je regarde mon uniforme d'écolière et j'ai le sentiment de ne pas avoir grandi, alors que Subhadra est déjà une femme. D'ailleurs, elle a toujours été en avance sur moi.

La Ville en ses murs

Par Esther David

Titre original : The Walled City

Roman traduit de l'anglais (Inde)  par Sonja Terangle

Éditions Philippe Picquier - En format broché et poche - Parution en 2003 - ISBN : 978-2877306393 - 343 pages - uniquement en occasion


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