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"Le Dernier Roi de Singapour" Christophe Masson đŸ‡«đŸ‡·

  • il y a 1 jour
  • 3 min de lecture

À la sortie du mĂ©tro, je me perdis comme j'en avais pris l'habitude Ă  Singapour, aprĂšs m'ĂȘtre pourtant rĂ©fĂ©rĂ© aux plans et les avoir mĂ©morisĂ©s - sans smartphone, histoire de faire fonctionner mes neurones. J'aimais ainsi m'apprendre Ă  me dĂ©placer Ă  l'instinct et apprivoiser l'espace urbain - jusqu'Ă  ce que je rĂ©alise que ces plans-lĂ  se prĂ©sentaient sous des axes diffĂ©rents, tantĂŽt le nord en haut, Ă  sa juste place, puis sur une carte dix mĂštres plus loin, Ă  gauche, Ă  droite ou en bas. (Page 83)


Christophe Masson est un auteur ayant son propre style, sa propre plume. Auteur-voyageur, il transforme ses pĂ©rĂ©grinations en Asie et aux AmĂ©riques — ses continents de prĂ©dilection — de ses voyages rĂ©cents ou passĂ©s, en romans singuliers. Ses livres tiennent Ă  la fois du journal de bord, du journal intime et du rĂ©cit de fiction, mĂȘlant humour, culture et introspection. Il s’y met en scĂšne avec finesse, trouvant un Ă©quilibre rare entre observation du monde et regard personnel.

Lire ses romans, c’est ĂȘtre immĂ©diatement projetĂ© dans le pays au cƓur de l’histoire. Christophe Masson possĂšde un sens du dĂ©tail presque cartographique : rues, quartiers, ambiances prennent forme avec une prĂ©cision telle que ceux qui, par exemple, connaissent Singapour et qui lisent "Le Dernier Roi de Singapour" y retournent instantanĂ©ment, tandis que les autres ont l’impression de la dĂ©couvrir en marchant dans ses pas. Retrouver les lieux Ă  travers ses descriptions minutieuses rend la lecture plus vivante, plus incarnĂ©e. Lire Christophe Masson, c’est revoir les rues qu’il a arpentĂ©es, croiser Ă  nouveau les personnes qu’il a rencontrĂ©es — ou qui l’ont inspirĂ© — et dĂ©couvrir une ville non seulement par ses paysages, mais par son histoire et ses figures marquantes. Les voyageurs reconnaĂźtront avec Ă©tonnement la justesse avec laquelle il retrace villes, routes et quartiers.

À ce talent d’évocation s’ajoute un travail documentaire remarquable. Pour chacun de ses romans, Christophe Masson rassemble une matiĂšre historique solide : personnalitĂ©s, Ă©vĂ©nements, hĂ©ritages culturels. Il fait revivre celles et ceux qui ont façonnĂ© les pays qu’il explore, les intĂ©grant Ă  une galerie de personnages fictifs ou rĂ©els, sans jamais alourdir le rĂ©cit. Cet Ă©quilibre entre Ă©rudition et narration est l’une de ses plus grandes forces.



"Le Dernier Roi de Singapour", l'histoire

Milan, auteur-voyageur, se rend Ă  Singapour six mois aprĂšs la vente aux enchĂšres de la table remarquable de ses parents. Milan vient y rencontrer son acquĂ©reur : Edward Saesson, riche homme d’affaires issu d’une dynastie ayant bĂąti sa fortune depuis Bombay, d’abord dans le commerce du coton puis dans celui de l’opium. La table achetĂ©e par Saesson, fils d'un marchand d'art, n’est pas un objet anodin : elle a Ă©tĂ© créée par la cĂ©lĂšbre architecte et designer française Charlotte Perriand, inspirĂ©e par les formes et l’esthĂ©tique des objets traditionnels japonais.

Milan profite de ce voyage pour rester trois semaines dans la citĂ©-État. Lui qui aime marcher, rencontrer, dĂ©couvrir, sait que ce temps est idĂ©al pour laisser Ă©merger le fil conducteur d’un Ă©ventuel futur dont il ne voit pas encore les contours, tout en s’imprĂ©gnant au maximum de la ville. Durant son sĂ©jour, il reste en contact permanent avec Saesson, mais aussi avec Nathan, son bras droit d’origine tamoule, Kamala, la fille Ă  Nathan, persuadĂ©e d’un complot autour du crash de la Malaysian Airlines, Madame Chow et son chow-chow Ă  la langue bleue, ou encore Jonathan Waymouth, Ă©crivain Ă  l’unique roman, habituĂ© des bars du cĂ©lĂšbre Raffles Hotel Singapore. Entre rencontres et errances urbaines, Milan explore Singapour de long en large, tout en convoquant la mĂ©moire des hommes qui ont bĂąti et gouvernĂ© la ville.

Ayant moi-mĂȘme sillonnĂ© Singapour, j’ai Ă©tĂ© ravie qu'un des nouveaux romans de Christophe Masson nous transporte dans cette citĂ©-État aux multiples charmes, profondĂ©ment multiculturelle, dont l’histoire mĂ©rite qu’on s’y attarde. La lecture est merveilleuse, teintĂ©e de nostalgie. MĂȘme si j’ai apprĂ©ciĂ© chacune des publications prĂ©cĂ©dentes, "Le dernier roi de Singapour" me semble le plus abouti. Preuve qu’il est possible de rester dans une zone de confort sans jamais lasser son lecteur. Christophe Masson, Ă©crivain atypique, continue de faire voyager et rĂȘver Ă  travers ses romans. Un auteur discret au talent remarquable.

Comme Ă  chaque fois, mais plus pour cette fois-ci, un pur plaisir de lecture, pour les amoureux d'ailleurs et les autres.



Royaume de Singapour en 1825 - Avec ses remparts et ses ruines - Source : wikipedia


"Le Dernier Roi de Singapour" de Christophe Masson

Éditions Revoir - Parution : fĂ©vrier 2026 -

ISBN : 9782352652281- 160 pages - Prix Ă©diteur : 16 €





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©Véronique Schauinger pour Inde en Livres - 2020 - Màj 2025 

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