"Le rire des déesses" de Ananda Devi

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Notre monde tourne autour de l'invisible. Au cœur de tout, il y a un vide : l'énigme qui est notre origine et notre fin. Celle que nous cherchons à tout prix à percer sans comprendre que c'est impossible. [Page 139]

Non désirée et sans nom jusqu'à ce qu'elle décide de se faire appeler Chinti, fourmi, "Beti", l'enfant, a grandi derrière une paroi pendant que sa mère travaillait.

Pourtant, lorsque les femmes de la maison, toutes des prostituées, ne travaillaient pas, la présence de l'enfant avait été pour elles bénéfiques. Chinti était un vrai rayon de soleil dans ce lieu infâme, même les hijras de la Ruelle eurent de l'affection pour elle.

Mais l'enfant grandit et devient curieuse. Lorsqu'elle était obligée de passer des heures derrière la paroi, elle prit l'habitude d'observer à travers la fente, sa mère qui travaillait. C'est ainsi qu'elle remarqua qu'un client venait désormais régulièrement et que sa mère se comportait différemment en sa présence. C'est alors que Chinti décida de se faire remarquer à son tour par cet homme, un swami, un homme de Dieu du nom de Shivnath, qui aime se faire aduler notamment dans son temple où il a fait ériger une statue à son image. Shivnath est tout de suite subjugué par cet enfant, dont dégage à la fois de la beauté et une pureté sans pareille. Shivnath décide alors de tout faire pour l'attirer dans les mailles de ses filets. Mais heureusement pour Chinti, les femmes et les hijras de la Ruelle ne sont pas du genre à se laisser faire.


Dans la Ruelle, la religion ne peut proférer ses mensonges. Si elles croient, c'est avec une passion absolue, qui n'a aucun rapport avec leur mode de vie. Si elles ne croient pas, c'est avec la même passion et un dédain pour tout ce qui asservit leurs pareilles. Jamais il n'a connu une telle intégrité. Jamais il n'avait imaginé la découvrir en un tel lieu. [Page 118]

"Le rire des déesses" est un récit poignant sur une enfant qui tente de se construire dans un monde où les femmes sont réduites en esclavage pour assouvir les besoins des hommes et pour survivre. C'est également un récit sur ces femmes qui ne sont que des poupées de chiffons aux yeux des hommes et sur les hijras. Ananda Devi, auteure de ce roman et mauricienne d'origine, donne la parole à l'une d'entre elle : Sadhana.

Sadhana est bien plus qu'un personnage dans "Le rire des déesse" car elle en est la narratrice. Elle nous raconte le combat des femmes et des hijras de la Ruelle pour sauver Chinti d'un destin tout tracé mais nous confie également sa propre histoire.

Certes," Le rire des déesses" est un roman centré sur le destin d'une enfant, les prostitués et sur les hijras mais c'est un roman qui met en lumière ce qu'un homme peut avoir de plus immonde, immoral, infâme et pervers à travers le personnage de Shivnath, un client de la ruelle et homme de temple. C'est d'ailleurs lui, en voulant posséder une enfant, innocente et fragile, sera l'investigateur d'un pèlerinage dans la plus ancienne et mystique ville d'Inde : Bénarès ou Varanasi.

"Le rire des déesses" est un roman qui, à travers un style particulier, donne la voix à celles à qui, on ne la donne généralement pas car personne ne veut les écouter. Prostitués et hijras se mettent en branle-bas de combat et font entendre ce qu'elles ont à dire, sans tabou.


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"Le rire des déesses"

Ananda Devi

Editions Grasset - Date de parution : 1er septembre 2021 - ISBN : 9782246827146 - 240 pages - Prix éditeur : 19,50 €


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Quatrième de couverture

Au Nord de l’Inde, dans une ville pauvre de l'Uttar Pradesh, se trouve La Ruelle où travaillent les prostituées. Y vivent Gowri, Kavita, Bholi, ainsi que Veena, et Chinti, sa fille de dix ans. Si Veena ne parvient pas à l'aimer, les femmes du quartier l'ont prise sous leur aile, surtout Sadhana. Elle ne se prostitue pas et habite à l’écart, dans une maison qu’occupent les hijras, ces femmes que la société craint et rejette parce qu’elles sont nées dans des corps d’hommes. Ayant changé de sexe et devenue Guru dans sa communauté, Sadhana veille sur Chinti.

Leurs destins se renversent le jour où l’un des clients de Veena, Shivnath, un swami, un homme de Dieu qui dans son temple aime se faire aduler, tombe amoureux de Chinti et la kidnappe. Persuadé d’avoir trouvé la fille de Kali capable de le rendre divin, il l’emmène en pèlerinage à Bénarès. Comment se douterait-il que sur ses pas, deux représentantes des castes les plus basses, une pute et une hijra, Veena et Sadhana, sont parties pour retrouver Chinti, et le tuer ?

Des bas-fonds de l’Inde où les couleurs des saris trempent dans la misère à sa capitale spirituelle, Ananda Devi nous entraîne dans un roman haletant et riche pour fouiller, à sa manière, les questions brûlantes de notre époque : la place des femmes et des transsexuels, le règne des hommes et la sororité ; les folies de la foi, la pédophilie ; la religion, la colère et l’amour. Avec son style incisif et poétique, elle brise le silence des dieux pour faire entendre et résonner le cri de guerre des femmes – le rire des déesses.


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