"les bûchers de Calcutta" de Abir Mukherjee
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Les Indiens sont un peu fataliste. Ce sont les Hindous qui ont commené avec leur concept de destin immuable gravé dans la pierre, par les dieux et les étoiles, mais on dirait qu'au fil du temps ceux qui sont d'une autre confession l'ont adopté également. Et moi aussi, j'ai succombé à cette notion, du moins en partie. Mais son sort, qu'il soit inéluctable ou non, ne peu se résumer à Estelle Morgan. (Page 320)

Avec "Les Bûchers de Calcutta", Abir Mukherjee signe son sixième roman policier historique, où il nous entraîne une nouvelle fois dans l’Inde des années 1920, sous domination britannique. Nous retrouvons avec plaisir ses deux protagonistes phares : Sam Wyndham, capitaine de la police impériale de Calcutta, et Satyendra Banerjee, ancien sergent issu d’une riche famille bengalie.
Ce nouvel opus fait suite à "les fugitifs" (titre original Hunted), récompensé par le British Book Awards Crime Thriller of the Year. Dans ce sixième volume, l’auteur poursuit son exploration des tensions politiques, des fractures sociales et de la montée du sentiment nationaliste. La confrontation entre Indiens et Britanniques s’y fait plus vive encore, dans une Inde où la défiance envers le pouvoir colonial s’exprime de manière toujours plus ouverte. Derrière l’enquête policière, c’est tout un pays en mutation qui se dessine, traversé par de nouvelles revendications et des rapports de force de plus en plus tendus, où il peut y apparaître des noms bien connus de cette époque.
Après avoir exploré, dans les précédents romans, les rivalités politiques, les violences sociales et les luttes d’influence qui traversent l’Inde coloniale, Abir Mukherjee déplace cette fois son intrigue vers un univers inattendu : celui du cinéma. Inspiré par Merle Oberon, il construit un récit où l’image, l’identité et les faux-semblants occupent une place centrale.
L'histoire
Trois ans après avoir aidé Satyendra Banerjee à fuir l’Inde, Sam Wyndham est appelé sur les rives du Gange, où l’on vient de découvrir le corps de J.P. Mullick, riche notable bengali ayant échappé de peu au bûcher. Fragilisé au sein de la police impériale — autant pour son rôle dans cette fuite que pour sa dépendance à l’opium, dont il lui a été difficile de se libérer — il pensait ne pas être chargé de cette affaire. Pourtant, il se retrouve bientôt dans un train en direction de Bishnupur, où se tourne un film porté par Estelle Morgan, jeune actrice britannique qui vient de se faire remarquer par Hollywood.
Dans le même temps, un bengali revenu d’Europe après plusieurs années d'absence réapparaît dans sa ville natale, animé par une hostilité profonde envers le pouvoir colonial. Il recherche sa cousine, photographe, une femme résolument moderne et indépendante, disparue dans des circonstances mystérieuses. Pour l’épauler, il n’a guère d’autre choix que de solliciter un ancien allié.

Au fil des romans, une évidence s’impose : l’écriture d’Abir Mukherjee gagne en ampleur et en maîtrise. C’est sans doute l’un des secrets du succès constant de cette série, dont chaque nouvelle parution est attendue avec intérêt. L’Inde, et plus particulièrement Calcutta, demeurent pour l’auteur un territoire d’inspiration inépuisable, et il le démontre une fois encore en intégrant ici le monde du cinéma à son intrigue.
Le plaisir est intact lorsqu’il s’agit de retrouver le Calcutta des années 1920, ses rues, ses contrastes, ses tensions, mais surtout ce duo de personnages que tout oppose : Sam Wyndham, toujours aussi rugueux, parfois agaçant, et Satyendra Banerjee, dont l’évolution accompagne avec justesse les bouleversements politiques du pays. Longtemps mesuré, presque neutre, ce dernier apparaît désormais nettement plus proche des aspirations nationalistes que de l’administration coloniale qu’il servait pourtant au début de la série.
Malgré leurs différences, les deux hommes continuent de former un tandem improbable, confronté à des situations périlleuses dont ils parviennent bien souvent à se sortir grâce à une complémentarité forgée au fil des épreuves.
Avec ce sixième opus, Abir Mukherjee confirme sa capacité à mêler enquête policière, richesse romanesque et regard subtil sur les contradictions de l’Inde coloniale. Un roman policier historique aux intrigues parfaitement maîtrisées, qui capte avec finesse les secousses d’une époque où tout semble peu à peu basculer.
"les bûchers de Calcutta"
Par Abir Mukherjee
Titre original : The Burning Grounds
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle et Philippe Aronson
Éditions Liana Levi - Date de parution : 2 avril 2026 - ISBN : 9791034912322- 416 pages - Prix éditeur : 22 €
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