top of page

"Les Eaux brûlantes" de Bhavika Govil

  • 20 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 mars



Dans les profondeurs des nuits suivantes, dans la lueur des matins, j'entendais les pas de mon père sur le sol en béton, ses doigts tambouriner contre la tête de son lit. Je restai quelques jours, mais les clochettes des bracelets de cheville de ma mère résonnaient trop fort dans ma tête. Les corneilles croaissaient sans fin aux fenêtres où elle avait l'habitude de s'asseoir pour prier. Je passai de plus en plus dehors, à tout faire pour étouffer ces sons. (Page 106)


"Les Eaux brûlantes" est le premier roman de Bhavika Govil, née en Inde et titulaire d’une maîtrise en écriture créative à l’Université d'Édimbourg. Après avoir vécu dans cette ville écossaise puis à Londres, elle est revenue en Inde, où elle a passé la plus grande partie de sa vie. Ce parcours entre plusieurs cultures se ressent dans son écriture : son regard sur les relations humaines, les tensions sociales et les identités est à la fois précis et nuancé.

Dès sa parution en Inde, "Les Eaux brûlantes" a été très remarqué : il a reçu le Prix Pontas & JJ Bola, a été finaliste du Godrej Literature Live! Literary Award et sélectionné pour le Ramnath Goenka Sahithya Samman dans la catégorie "meilleur premier roman". Cette reconnaissance confirme la force de cette première œuvre.


L’histoire se déroule pendant un été étouffant, dans les environs de Delhi. Leela élève seule ses deux enfants, Ashu, quatorze ans, et Mira, neuf ans, dans un petit appartement. Lorsqu’elle s'octroie des sorties, elle confie parfois les enfants à Madame Shome, une collègue, travaillant comme elle, dans un service de ressources humaines. Cet été-là, elle décide de les inscrire à des cours de natation, mais un incident vient bouleverser un plus l’équilibre fragile de la famille. Le soir même, Mira et Ashu subissent ce que le roman appelle le "traitement du silence" : leur mère se ferme totalement, refusant toute parole et toute réaction.


L'un des points les plus réussis du roman est sa construction narrative. Bhavika Govil alterne trois voix : celle de Mira, très présente, celle d’Ashu, racontée à la troisième personne, et celle de la mère, en italique. Le point de vue de Mira est particulièrement marquant, car l’autrice restitue avec beaucoup de justesse la sensibilité, les incompréhensions et les observations d’une jeune enfant face à un monde adulte qu’elle ne saisit pas encore complètement.

L’écriture reste sobre, mais très expressive. Beaucoup passe par les silences, les gestes retenus, les détails du quotidien. Sans effets excessifs, le roman fait sentir les tensions familiales, les blessures intérieures et ce qui se joue derrière les non-dits.

Plusieurs thèmes traversent le récit : les relations familiales, la solitude, le poids du passé, mais aussi la manière dont chacun cherche sa place dans un environnement parfois contraignant. L’eau, omniprésente dans le roman, accompagne cette idée de transformation : elle peut être à la fois rassurante et menaçante. Ce qui rend "Les Eaux brûlantes "particulièrement touchant, c’est sa capacité à partir d’une histoire très intime pour faire émerger quelque chose de plus universel. À travers cette famille, Bhavika Govil parle avec finesse de fragilité, d’attachement et de ce qui se transmet sans toujours se dire.


En conclusion, ce premier roman impressionne par sa finesse et sa sensibilité. L’image de l’eau, présente dans le titre, prolonge bien l’esprit du roman : elle symbolise à la fois le changement, la fragilité et une tension permanente entre apaisement et danger. C’est une lecture marquante, qui pourrait laisser une impression durable, positive.



---------


"Les Eaux brûlantes" de Bhavika Govil

Titre original : "Hot Water"

Traduction de l'anglais (Inde) par Romane Baleynaud

Éditions de La Martinière - Date de parution : 3 avril 2026

IBSN : 9791040123897 - 320 pages - Prix éditeur : 20 euros



1 commentaire

Noté 0 étoile sur 5.
Pas encore de note

Ajouter une note
tima
28 mars

Un vieux pote d'Angers m'a balancé le lien de https://lucky8fr2.com/ après une rupture qui m'avait pas mal mis à plat, presque comme un défi pour me sortir de ma bulle. J'y suis allé une nuit où les pensées tournaient en boucle et j'ai été scotché par le calme du site, rien à voir avec l'agression visuelle habituelle. Je me suis calé tranquillement, j'ai enfin lâché prise sur le stress des dernières semaines et j'ai fini par discuter avec quelqu'un de super intéressant. C'était exactement la parenthèse qu'il me fallait pour repartir du bon pied.


J'aime
  • facebook
  • instagram

©Véronique Schauinger pour Inde en Livres - 2020 - Màj 2025 

bottom of page