“Là où brillent les étoiles” de Nadia Hashmi
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La volonté de vivre est plus forte chez ceux qui ont une raison de vivre, quelque chose à sauver. Je n'en avais plus vraiment, et pourtant, je refusai d'abandonner la partie. Sans doute parce que mes parents n'avaient cessé de répéter qu'ils plaçaient tous leurs espoirs en moi pour l'avenir (Page 70)

Nadia Hashimi est une autrice américaine née de parents afghans. Elle découvre pour la première fois l’Afghanistan en 2002, à l’âge adulte. Cette découverte est un véritable choc culturel qui la marquera durablement et nourrira son œuvre.
Son premier roman, "The Pearl That Broke Its Shell", paraît en 2014 et sera traduit en français sous le titre "La Perle et la Coquille". En 2016, elle publie "One Half from the East", devenu "Ma vie de Bacha Posh". Avec "Sparks Like Stars", paru en 2020 et traduit en français sous le titre "Là où brillent les étoiles", l’autrice poursuit son travail autour de destins pris dans l’histoire mouvementée de l’Afghanistan.
Le roman s’ouvre à Kaboul, en 1978, dans un pays encore loin de celui que l’on connaît aujourd’hui.
Sitara a dix ans. Son père est un proche conseiller du président Mohammad Daoud Khan. Lorsqu’il a beaucoup de travail, la famille séjourne au palais présidentiel, où quelques pièces leur sont réservées. Sitara y passe son temps avec Neelab et Rostam, les petits-enfants du président, avec lesquels elle partage ses jeux. Elle connaît l’Arg par cœur et y évolue avec l’aisance d’une enfant qui s’y sent chez elle.
Sitara mène une enfance heureuse, insouciante, encore protégée des préoccupations politiques qui agitent les adultes. Jusqu’à cette nuit où un coup d’État vient tout bouleverser.
Alors que sa famille dort, Sitara quitte sa chambre pour aller lire dans la bibliothèque puis observer les étoiles depuis le balcon. Cette escapade, aussi anodine qu’elle puisse paraître, lui sauvera la vie. Elle est la seule à échapper au massacre qui se déroule cette nuit-là au palais.
Commence alors pour elle une longue période d’incertitude. Recueillie et protégée par un garde, elle se retrouve bientôt à Téhéran, où sa présence représente un danger. C’est là qu’intervient Antonia, une Américaine travaillant à l’ambassade. Elle n’a jamais souhaité avoir d’enfants ni partager sa vie avec un compagnon et se retrouve pourtant, presque malgré elle, à prendre cette fillette sous son aile.
Il faut désormais mettre Sitara à l’abri. S’ensuit un périple semé d’obstacles et de nombreuses péripéties, jusqu’à ce qu’elle parvienne enfin à gagner les États-Unis, où une nouvelle vie va pouvoir commencer. C’est là qu’une autre partie de son histoire commence.
Sitara devient Aryana. Elle change de nom, de pays, de langue, de repères. Elle doit apprendre à vivre ailleurs, à grandir avec ce qu’elle a vécu et à se construire une nouvelle existence. Nadia Hashimi prend alors le temps de montrer cette reconstruction, loin d’être instantanée : les années d’apprentissage, les études, les choix professionnels, les relations qui se nouent et cette volonté de bâtir une vie suffisamment solide pour ne plus être définie uniquement par le drame de son enfance.
La seconde partie du roman nous fait avancer dans le temps. Aryana est devenue néphrologue dans un hôpital américain. La petite fille de Kaboul est désormais une femme accomplie, parfaitement intégrée à sa nouvelle vie. Mais le passé n’est jamais totalement silencieux.

À travers cette femme devenue médecin, le roman nous fait découvrir ses années américaines et la manière dont elle a construit son existence. Peu à peu, Aryana prend conscience de la place qu’occupe encore son histoire dans celle qu’elle est devenue.
C’est sans doute l’un des aspects les plus intéressants du roman : la reconstruction ne signifie pas l’oubli. Changer de nom, de pays et de vie ne suffit pas nécessairement à se détacher de ce que l’on a vécu. Il faut aussi, un jour, accepter de regarder son passé et de comprendre comment il a façonné la personne que l’on est devenue.
Nadia Hashimi raconte ainsi le deuil et l’exil sans réduire son héroïne à son statut de victime. Sitara/Aryana est une survivante, mais elle est surtout une femme qui avance, fait des choix, construit une carrière et se forge une identité nouvelle. Le roman s’intéresse à cette période souvent moins racontée : l’après, lorsque le danger est passé et qu’il faut apprendre à vivre avec ce qui reste.
L’autrice réussit également à faire découvrir un Afghanistan de la fin des années 1970 vivant et cosmopolite. Les descriptions très sensorielles permettent de se représenter Kaboul, ses rues, ses maisons, ses odeurs, ses saveurs et ses habitudes. L’Afghanistan n’est pas seulement ici un pays associé aux conflits : il est aussi un lieu de vie, de culture, de famille et de souvenirs heureux.
Les étoiles accompagnent Sitara depuis son enfance. Son prénom signifie d’ailleurs "étoile" dans plusieurs langues de la région, notamment en persan et en hindi. Elles deviennent un fil discret tout au long du récit, reliant la petite fille qu’elle était à la femme qu’elle est devenue, mais aussi l’Afghanistan qu’elle a dû quitter à la vie qu’elle s’est construite aux États-Unis.
Une histoire de deuil, d’exil et de reconstruction, mais aussi de transmission et de réinvention. Car reconstruire sa vie ne signifie pas effacer celle d’avant. Sous une nouvelle identité, dans un nouveau pays, Aryana apprend à avancer, à se construire une carrière et à trouver sa place, tout en portant en elle les souvenirs de Sitara.
À travers son parcours, c’est aussi un autre visage de l’Afghanistan que Nadia Hashimi donne à découvrir. Un Afghanistan bien loin de celui que les images de guerre et les bouleversements des dernières décennies ont ancré dans les esprits. Le Kaboul des années 1970 apparaît cosmopolite, vivant, cultivé et ouvert sur le monde, avant que les événements politiques ne viennent bouleverser le pays et la vie de ses habitants.
Ce roman laisse surtout le sentiment d’une histoire profondément humaine : celle d’une enfant qui survit, de femmes qui se réinvente et d’un passé que l’on ne peut pas toujours laisser derrière soi. Il rappelle avec justesse que l’identité ne se résume ni à un nom ni à un pays, mais se construit de tout ce que l’on a vécu, perdu, reçu et choisi de devenir.
Et finalement, les étoiles sont toujours là. Comme un lien ténu avec l’enfance, avec la famille disparue et avec ce pays qui demeure une part d’elle, malgré les années et les milliers de kilomètres parcourus.

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“Là où brillent les étoiles”
de Nadia Hashmi
Titre original : Sparks Like Stars
Traduit de l'anglais (États-Unis) par Emmanuelle Ghez
Éditions Hauteville
Broché - Date de publication : 13 octobre 2021 - ISBN : 978-2381220024 - 544 pages - Prix éditeur : 19,50 euros
Poche - Date de publication : 17 août 2022 - ISBN : 978-2381224718 - 504 pages - Prix éditeur : 8,90 euros






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