"Une chanson que la nuit m'apporte" Marale Kianpour 🇫🇷 🇮🇷
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Khanjan et Mohsen Agha pensent que ce sont les rayons intenses du soleil près du Golfe Persique, qui ont foncé notre peau mais comment pourraient-ils imaginer qu'il en est tout à fait autrement ? Qui pourrait leur expliquer que nos ancêtres sont venus au monde bien au-delà des mers, puisque Saleh et moi sommes en réalité, aussi ignorants qu'eux sur nos origines. (Page 204)

Marale Kianpour est une autrice franco-iranienne qui puise dans sa double culture pour transmettre l'histoire, les traditions et le patrimoine de l'Iran. Avec "Une chanson que la nuit m'apporte", publié aux Éditions Erick Bonnier, elle signe un roman où se mêlent mémoire familiale, transmission et Histoire. À travers une double temporalité, elle entraîne le lecteur de Port Sourou, située à Bandar Abbas sur le golfe Persique puis dans les ruelles du Grand Bazar de Téhéran au début du XXᵉ siècle puis en Iran du début des années 2020, offrant un regard à la fois intime et documenté sur un pays aux multiples facettes.
Avant même d'ouvrir le livre, la couverture attire le regard. On y découvre un domestique noir aux côtés d'une petite fille issue d'une famille fortunée. Cette illustration n'a rien d'anodin. Au début du XXᵉ siècle, se faire photographier était déjà un privilège réservé aux familles les plus aisées. Certaines d'entre elles possédaient également des domestiques ou des esclaves noirs, parfois qualifiés de véritables "bijoux", tant ils représentaient un signe de richesse et de prestige. Le rouge flamboyant qui domine l'illustration évoque également le costume du Hadji Firouz, personnage emblématique des festivités de Nowrouz. Cette couverture annonce déjà les principaux thèmes du roman : la mémoire, les inégalités sociales, les communautés afro-iraniennes et les traditions persanes.
À travers "Une chanson que la nuit m'apporte", Marale Kianpour a souhaité mettre en lumière un pan encore peu connu de l'histoire : l'esclavage dans le monde arabo-musulman. Débutée dès le VIIᵉ siècle, au début de l'expansion de l'islam, cette traite s'est poursuivie dans certaines régions jusqu'au XXᵉ siècle. Bien moins connue que la traite atlantique, elle a pourtant profondément marqué des territoires comme l'Iran. L'autrice rappelle également les liens anciens entre la Perse et la côte orientale de l'Afrique, jusque dans l'étymologie de Zanzibar, issue du persan Zangbâr, que l'on traduit généralement par "côte des Noirs". Sans jamais adopter un ton didactique, elle redonne une voix à des hommes et des femmes longtemps absents des récits historiques.
Le roman alterne entre deux époques. Au début des années 2020, une jeune Franco-Iranienne revient à Téhéran avec ses deux enfants afin de retrouver sa famille à l'approche de Nowrouz. Une promenade dans le Grand Bazar, à la recherche de l'ancienne pharmacie traditionnelle de son arrière-grand-mère, fait ressurgir de vieilles photographies et réveille une mémoire familiale oubliée.
Le lecteur est alors transporté au début du XXᵉ siècle, dans le sud de la Perse, où vivent Fatemeh et son frère Saleh. Après la mort de leur père, leur belle-mère, incapable de subvenir aux besoins de la famille, est contrainte de les envoyer travailler comme domestiques à Téhéran. Ce long voyage vers la capitale marque le début d'un destin qui les conduira au sein d'une riche famille du Grand Bazar.
L'un des grands atouts du roman réside dans cette construction à deux temporalités. Le passé éclaire le présent et, inversement, les recherches de la jeune femme donnent une résonance particulière au destin de Fatemeh et Saleh.
Ce dialogue entre les époques permet également à Marale Kianpour d'offrir un regard sur l'Iran contemporain. Grâce à sa double culture franco-iranienne, elle fait découvrir avec beaucoup de naturel le quotidien des Iraniens. Les difficultés d'approvisionnement en essence, la question du voile, les préparatifs de Nowrouz ou encore la vie dans les rues de Téhéran s'intègrent harmonieusement au récit. Ces scènes donnent une véritable épaisseur au roman et offrent une image nuancée d'un pays souvent résumé à quelques clichés.
La plume de Marale Kianpour est fluide, élégante et profondément sensible. Son écriture prend le temps de faire vivre les lieux, les personnages et les traditions sans jamais ralentir le rythme de l'intrigue. Les descriptions du Grand Bazar, des festivités de Nowrouz ou des paysages du sud de la Perse invitent au voyage et témoignent d'une réelle connaissance du pays. L'équilibre entre fiction et transmission est particulièrement réussi : les informations historiques s'intègrent naturellement au récit et éveillent la curiosité sans donner l'impression de lire un ouvrage documentaire.
Au fil des pages, le lecteur découvre non seulement une histoire familiale touchante, mais aussi un pan méconnu de l'histoire iranienne, des traditions ancestrales et les réalités de l'Iran d'aujourd'hui. Cette richesse fait toute la force du roman. Marale Kianpour réussit à faire dialoguer passé et présent, mémoire intime et Histoire collective, offrant ainsi une lecture aussi émouvante qu'instructive.
"Une chanson que la nuit m'apporte" est un roman qui invite à regarder autrement l'Iran. Entre fresque historique, récit de transmission et immersion culturelle, il éclaire une mémoire longtemps oubliée tout en faisant découvrir un pays dans toute sa complexité. Une lecture enrichissante, portée par une plume délicate et une véritable volonté de transmettre.
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"Une chanson que la nuit m'apporte"
Marale Kianpour
Éditions Erick Bonnier - Collection : Encore d'Orient - Date de parution : 22 avril 2026 - ISBN : 9782367603438 - 354 pages - Prix éditeur : 22 euros






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