"Une simple affaire de famille" de Rohinton Mistry

En serait-il lui-même capable? Quelle folie poussait les jeunes, et les moins jeunes, à se croire immortels? Leur vie serait tellement plus facile s'ils parvenaient à se rappeler qu'elle a une fin. Avoir toujours à l'esprit l'idée de sa propre mort éviterait de perdre du temps en méchancetés, colère, amertume et autres petitesses. C'était le secret : se souvenir qu'on doit mourir, afin d'écarter la laideur et la stupidité de la vie quotidienne.

A travers ce livre, Rohinton Mistry nous refait découvrir une famille d'origine parsie comme dans le roman "Un si long voyage". Malgré ses 600 pages, j'ai dévoré ce livre en quelques jours tellement que j'étais prise dans cette magnifique et pourtant si triste histoire qui nous permet de réaliser l'impact de la vieillesse de nos aïeux, mais aussi les conséquences de ne pas pouvoir se marier avec une personne d'une autre communauté religieuse dans certains pays dont l'Inde et ce qu'est le fanatisme religieux. Rohinton Mistri nous fait également découvrir la religion parsie avec ses rites, ses histoires, ses coutumes, ... Tout commence à Château Felicity à Bombay, dans un de ses appartements où vivent Nariman Vakeel 79 ans et ses beaux-enfants : Coomy 47 ans vieille fille et son frère Jal de 2 ans son aîné, vieux garçon. Nariman avait épousé leur mère Yasmin, veuve, alors que Jal n'avait que 10 ans et Nariman eut avec elle un seul enfant, une fille nommée Roxana. Yasmin étant décédée dans un accident absurde et son décès ayant nourri une rancoeur de Coomy envers son beau-père. Lors du mariage de Roxana avec Yezad Chenoy, Nariman lui avait acheté un appartement de 2 pièces dans un immeuble nommé "Pleasant Villas". Et l'appartement de "Château Felicity", la maison familiale de Nariman, a été alors mis au nom de ses beaux-enfants. C'est dans cet appartement que se déroule l'histoire. Nariman étant devenu vieux a des soucis pour marcher et est touché par la maladie de Parkinson. Il avait horreur d'être enfermé et aimait marché dehors au grand air mais les trottoirs de Bombay sont dangereux et Choomy rouspétait dès qu'il demandait à sortir un peu. Un beau jour, Nariman fît une chute très douloureuse à l'extérieur et s'ensuivit un plâtre d'une de ses jambes entière. Il ne pouvait plus sortir de son lit et les choses naturelles comme se laver, aller aux toilettes, manger devinrent impossible. Choomy et Jal s'occupèrent comme ils purent de leur beau-père, mais Choomy excédé monta un plan et ramena par surprise Nariman à sa belle-sœur Roxana un matin par surprise devant le fait accompli.

Roxana ne pouvant pas refuser de s'occuper de son propre père décida de le garder quelques semaines comme il était convenu avec Choomy mais elle ne s'imagina pas lors de ce pacte avec sa soeur que son père vivra longtemps auprès d'elle, son mari Yezhad et ses 2 garçons ; Murad 13 ans et Jehangir 9 ans. Tout d'abord Roxana dût réorganiser la vie dans son petit appartement : Murad devant s'installer sur le balcon pour dormir la nuit et Jehangir sur un lit de camp auprès de son grand-père. Mais elle eut également des soucis financiers car les médicaments de son père coûtait cher et devait réduire les frais notamment de nourrir pour elle et sa famille. De plus, l'arrivée de Nariman excédait son mari Yezad qui malgré son affection pour son beau-père ne supportait plus la tournure qu'avait pris sa vie de famille et les disputes avec Roxana s’amplifièrent. Outre la vie de Nariman d'abord avec ses beaux-enfants puis avec sa fille et sa famille, on découvre la vie d'écolier de Jehangir un très bon élève et aimant énormément son grand-père où sa venue lui révèle l'histoire de sa famille enfouit notamment la nuit ou son grand-père rêvait d'épreuves qu'il a du subir durant son passé. On y découvre également la vie de Yezad en froid avec ses soeurs, qui travaille dans un magasin de sport depuis une dizaine d'année auprès de Mr Kapour et espérant enfin recevoir une augmentation après ces nombreuses années de loyaux services auprès de son employeur. Avec lui, on y découvre les maux de Bombay, les souvenirs de son enfance, les fanatiques hindous qui faisaient peur aux commerçants mais aussi sa recherche de soit qu'il trouvera de plus en plus dans le Temple du Feu qu'il avait abandonné ainsi que ses pratiques religieuses que lui avaient enseigné ses défunts parents à en devenir un refuge loin de l'agitation de son habitation à en devenir une obsession.

De plus, on découvrira ce que Choomy mettra en œuvre pour récupérer le plus tard possible la charge de son beau-père chez elle, en mettant en œuvre des plans jusqu'à compromettre son propre confort, mais on découvrira sa sensibilité et son amour pour ses proches. Jal se dévoilera un petit peu vers la fin du roman ainsi que Murad. Outre ces personnages principaux on découvrira des personnages atypiques : Daisy la violoniste de Pleasant Villa, Villie une vieille fille également de Pleasant Villa s'occupant de sa mère malade et qui avait le don de deviner le nombre qui sortira au prochain tirage du Makta (un jeu d'argent clandestin), Edul de Château Felicity qui s'était pris de passion pour le bricolage mais qui n'était pas fort doué, Mr Kapour ayant échappé au Pakistan lors de la Partition et étant le patron du commerce de sport où travaille Yezhad et grand amateur de cartes postales anciennes et rêvant d'un Bombay meilleur où toutes les communautés religieuses se tiendraient par la main, Vilas un ami libraire de Yezhad qui écrivait et lisait le courrier aux personnes illettrées, ... Des flashbacks que se remémorent Nariman complètent ce très bon roman : on y découvre son premier amour avec Lucie qu'il n'a pas pu épouser car elle n'était pas parsie, sa profession de professeur à l'Université, la décision de ses parents pour le mariage avec Yasmin; le désespoir de Lucie, les problèmes qu'il avait eut avec Yasmin, ... et une éternelle chanson qui lui ramenait près de son véritable amour. Avec ce roman on passe aux rires aux larmes, comme tout se qui peut se passer dans une simple histoire de famille, où des évènements passés ont des conséquences sur le futur, souvent désastreuses. On y découvre aussi l'engagement que doit se plier les enfants à ses parents lorsque la vieillesse les ronge et que c'est à chacun son tour de s'occuper d'eux.



Une simple affaire de famille

De Rohinton Mistry

Titre original : Family Matters

Roman traduit de l'anglais (Canada) par Françoise Adelstain

Éditions Albin Michel - Collection "Les Livres de Poche"

602 pages - 7,50 €

ISBN : 978-2253117100


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