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"Chemmeen, un amour indien" de Thakazhi Sivasankara Pillai

Pendant que chacun attendait plein d'espoir, la première mousson arriva. La mer devint mauvaise. A en juger parés les courants qui suivirent, il paraissait certain que le chakara allait venir vers leur rivage. Les yeux des pêcheurs brillaient d'espoir et de bonheur. Dans peu de temps le petit village côtier se transformerait en une petite ville affairée. De chaque côté de la plage les petites huttes commencèrent à se transformer en boutiques de thé, de tailleurs, de marchands de tissus, de bijoutiers. Il y avait même des lumières électriques alimentées par un générateur. [Page 64]

"Chemmeen" est un grand roman pour de nombreuses raisons. Il a été écrit en malayalam, la langue du Kerala, par Thakazhi Sivasankara Pillai (1912 –1999), un romancier et nouvelliste indien de la littérature malayalam, qui, durant sa vie a écrit plus de trente romans et nouvelles et plus de sept nouvelles centrées sur la vie des classes opprimées. Il faut dire que lorsque les romans et les nouvelles sont écrits en langue vernaculaire, s'y dégagent une saveur plus authentique et c'est le cas pour "Chemmeen" ... Durant sa carrière, cet auteur a reçu de nombreux prix, pour "Chemmeen" qui a été adapté en film, Thakazhi a remporté le Sahitya Akademi Award en 1957. "Chemmeen" signifie simplement "crevettes" a été écrit en 1956, Thakazhi a remporté le Sahitya Akademi Award en 1957 pour ce roman et une adaptation cinématographie a été réalisée en 1965. Ce titre fait référence à une saison très attendue par les pêcheurs, celle des crevettes, le "Chakara", qui a lieu en juillet, une période de prospérité pour les pêcheurs.

Ce roman nous transporte dans un minuscule village de pêcheurs du Kerala, parmi les gens du cru, où il existe plusieurs castes, de nombreuses règles hiérarchiques et de nombreuses croyances dont celle associée à la déesse Katalamma qui habite au fond de la mer et qui n'hésite pas à châtier ceux qui n'ont pas eu une bonne conduite, pas seulement les pêcheurs mais également leurs épouses qui doivent rester chastes et pures et les adolescentes... Karouthamma est hindoue et depuis son enfance, joue avec Parikoutti, un musulman. Elle est la fille aînée d'un pêcheur qui rêve de posséder son bateau et son filet de pêche, même si cet argent pourrait servir à payer la dot de ses filles. Parikoutti fait sécher du poisson dans un hangar qui appartient à son père mais dont ce dernier lui laisse la complète gérance de l'affaire.

Mais Karouthamma et Parikoutti ne sont plus des enfants et leur relation est mal vue, d'autant que l'attirance qu'ils ont l'un pour l'autre n'est plus forcément innocente. Karouthamma est une jeune fille en fleur et Parikoutti est un garçon qui découvre l'amour et l'attirance pour le sexe opposé. Leur relation est mal vue par les gens du village, d'autant que tout les opposent. L'acquisition du père de son filet et de son bateau, va faire jaser et faire des jaloux. À cela se rajoute les traditions et les règles à respecter, forcément ça va faire du grabuge dans le petit village... Sans compter, que la relation Karouthamma et Parikoutti fera l'objet de commérage qui nuiront à la réputation de la jeune fille. Voici un roman parfait pour les amoureux des vraies littératures indiennes. Du pur jus! A noter, la préface de la talentueuse Santha Rama Rau, une écrivaine américaine d'origine indienne, qui a notamment adapté "A passage to India" de E.M. Forster pour le théâtre et qui a été la co-auteure avec Gayatri Devi de "Princess Remembers: the memoirs of the Maharani of Jaipur".

"Chemmen" est un roman qui vous transportera au Kerala.






"Chemmeen, un amour indien" de Thakazhi Pillai

Roman traduit de l'anglais par Nicole Balbir

Postface de Gilles Tarabout

Editions Kailash - Date de parution : 1999 - En occasion

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