Des baobabs en Inde


Une fin d'après-midi, en arrivant aux abords de la ville historique de Mandu, au centre du Madhya Pradesh, la première chose qui m'a frappé, c'est de voir au bord de la route des baobabs. Oui des baobabs. Pas les grands baobabs que l'on pourrait voir à Madagascar mais des versions plus petites.

Je me rappelais que quelques jours auparavant, à Mumbai, j'avais acheté un livre sur la ville, qui mentionnait qu'on trouvait quarante baobabs dans la seule ville de Bombay.

Ma curiosité a immédiatement était piquée. Que font des baobabs en Inde, si loin de l'Afrique ?




Un baobab en Afrique (source google)

"Adansonia digitata" est le nom botanique d'une espèce de baobab, dont seulement neuf espèces existent sur la planète de nos jours. Les baobabs appartiennent au genre "Adonsonia", du nom du botaniste français Michel Adanson qui a identifié le baobab pour la première fois au Sénégal, en Afrique, en 1750. Six espèces de baobabs sont endémiques de Madagascar, deux espèces d'Afrique continentale et une dans la région de Kimberley au nord-ouest de l'Australie (connue sous le nom de boab). Cependant, c'est le baobab africain qui est le plus largement répandu.



Illustration by Hermann Zippel and Carl Bollmann - Pinterest

Peu importe le continent où pousse le baobab, comme d'autres arbres imposants il est imprégné de mythes et de légendes, les plus courantes liées à son aspect étrange, presque grotesque de l'arbre. Son tronc rappelle un tonneau, il est dépourvu de branches et il peut atteindre presque 10 mètres de haut (30 pieds). Certaines espèces sont trapues (ils atteignent à peine 10 mètres de haut soit 30 pieds) tandis que d'autres peuvent atteindre des sommets soit environs 20 mètres (60 pieds).

Son diamètre atteint la dimension impressionnante de 13,7 mètres et mesure au total 38 mètres de tour de tronc. Les seuls branches de l'arbre jaillissent de sa couronne, lui donnant l'aspect d'un parapluie. Certaines branches les plus basses, peuvent reposer même directement au sol. D'où son surnom de "arbre à l'envers". Le baobab retient une quantité massive d'eau dans son tronc creux, ce qui lui permet de vivre longtemps. Il possède un fruit de forme ovale grisâtre ou brun clair qui pend d'une tige épaisse et qui ressemble presque à une petite gourde.


Les baobabs nourrissent les légendes

Wild Harvest Pharma: The Legend Of The Baobab Tree

Selon une légende arabe, le diable, offensé par l'arbre, l'a déraciné du ciel et l'a jeté sur la terre car il agissait orgueilleusement et offensait les dieux. Ainsi jeté, ses racines grêles pour formée une canopée dans l'air. Les mythes africains disent que le Créateur a donné à chaque animal sur terre un jeune arbre à planter. La hyène reçut un baobab, et dégoûtée par son aspect particulier, le planta à l'envers. Un mythe du Burkina Faso, dit qu'après que Dieu a plante un baobab, il a continué à marcher, alors Dieu l'a déracine et l'a planté l'envers, pour le garder au même endroit. Malgré ces légendes, dans son continent natal qu'est l'Afrique, le baobab est connue comme étant "l'arbre de vie". N'oublions pas que le baobab pousse là où il ne pousse quasiment rien d'autre, dans des paysages stériles et inhospitaliers. Comme le banyan en Inde, il apporte un abri aux voyageurs. Mais le baobab a également des propriétés médicinales.

Surnommé "arbre de longévité", le baobab a tout du superaliment. Antioxydant, antifatigue, sa pulpe contient six fois plus de vitamine C qu'une orange et deux fois plus de calcium qu'un verre de lait. C'est justement grâce à ses vertus, que le baobab a voyagé à travers le monde. Ce sont d'abord les voyageurs arabes, puis les portugais, qui ont emporté les cosses avec eux, pour lutter le scorbut. Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est le scorbut, c'est une maladie débilitante et potentiellement mortelle, qui frappa nombre de marins lors des longs voyages en mer, car ils souffraient de sévères carences en vitamines notamment C.


De l'Afrique à l'Inde - Source : The Conversation

Les baobabs en Inde - Source : The Conversation

Les baobabs en Inde, sont donc le souvenir du passage de ces commerçants et marins, certains étant venu il y a plus de mille ans. Étant donné que l'on retrouve des baobabs au centre de l'Inde, on présume donc que ces hommes venus d'autres horizons ont quitté les rivages pour s'enfoncer dans les terres.

D'autres sources, racontent que comme ces arbres étaient considérées comme étant de bon augure, les marchands transportaient toujours des graines avec eux et les plantaient où ils passaient.

Autre théorie, quelques autres études sur les baobabs en Inde ont émis l'hypothèse que les cosses de fruits pourraient avoir flotté depuis l'Afrique sur les courants océaniques puis ils ont échoué sur les rives.


Les baobabs en Inde

L'Inde abrite une seule des neufs espèces de baobabs au monde, le "Adansonia digitata". On la trouve principalement sur les sites médiévaux de la côte ouest de l'Inde. Le baobab est connu pour sa longévité et certains spécimens en Afrique ont entre 1100 et 2500 ans. Grâce à sa durée de vie extraordinaire, il n'est pas rare de trouver des trésors archéologiques autour de ses pieds comme sur les sites de Sanjan, Chaul, Mandad, Sopara, Tarapur et Velha Goa entre autres. Le baobab est un indicateur important permettant de déceler de sites archéologiques jusqu'à ici inconnus.



Baobab à Mandu - Copyright Véronique Schauinger

Les baobabs de Mandu

Les baobabs se trouve également dans l'arrière-pays du nord et de l'ouest de l'Inde, poussant sur d'importants sites commerciaux, ou dans des lieux où les commerçants arabes se rassemblaient. Parmi ces lieux, la ville médiévale de Mandu, capitale du sultanat de Malwa, dans l’État du Madhya Pradesh (1392-1562). Le baobab est assez courant et même prolifique dans cette ville médiévale.

L'histoire locale retient que les califes d’Égypte ont échangé des cadeaux avec les sultans de Mandu au cours du XIVème siècle. Les sultans de Mandu ont envoyé des perroquets parlants auxquels les califes égyptiens ont répondu en envoyant des graines et jeunes arbres de baobab. Ils ont été alors plantés par les sultans dans le sol rocheux de Mandu il y a 500 ans. 


Fruits du baobab - Mandu - Copyright Véronique Schauinger

Aujourd'hui, ces baobabs ont bien prospéré et se retrouvent tout autour de la ville. Ils sont localement connus sous le nom de "Mandu Ki Imli" et lorsque c'est la saison de ses fruits, les thelawalas vendent ces "Khorasani Imli" et qui sont localement consommés comme ils le sont en Afrique. Un sharbat est fabriqué à partir de sa pulpe. Les baobabs sont également vus à d'autres carrefours commerciaux importants, comme Allahabad sur le Gange et Wai dans le Maharashtra, au pied des Ghâts occidentaux.


En Inde, même si le baobab n'est pas une arbre endémique, il est tout de même identifié comme étant le mythique Kalpavriksha ou "arbre céleste" exauçant les souhaits. L'arbre céleste serait apparu lors du Samudra Manthana (barattage de l'océan par les dieux et les démons). Après mille ans d'effort, le barattage produisit alors un certain nombre d'objets extraordinaires et d'êtres merveilleux, dont le Pârijâta, l'arbre du paradis parfumant le monde de la fragrance de ses fleurs. En sanskrit, le baobab est connu sous "garkshi" et "sarpadanti". Dans le Vamana Purana, l'arbre est né du corps de Vishvakarma.

Il est populairement connu sous le nom de kalpa vriksha par les habitants de Mangliyawas au Rajasthan. Des milliers de personnes adorent cet arbre le jour de la nouvelle lune du mois de Shravan.


Times of India du 3 mai 2020 - Baobab de Surat

Au Gujarat, le baobab est appelé "Chor-aamlo" ("chor" signifie "voleur" et "aamlo" tamarinier) car les voleurs se cachaient dans sa "couronne". Les pêcheurs du Gujarat utilisaient les gourdes du baobabs comme flotteurs pour leurs filets tandis que les moines séchaient ses coquilles pour servir de pots d'eau. Le baobab de Surat, grande attraction de la ville, est tombé en 2020, alors que son âge avait été estimé à 400 ans. Dans le Maharashtra, on l'appelle le "Gorakh chinch" ("Gorakh" en mémoire du Gourou Gorakh Nath, a shivaïte nath gourou qui vivait au 11-12ème siècle dans le nord de l'Inde et qui aurait prodigué son enseignement à ses disciples à l'ombre d'un baobab, et "chinch" est un mot local pour le tamarinier). Son fruit s'appelle "Pain de singe" et à la fin de la saison sèche, il produit des fleurs blanches. Ces fleurs fleurissent la nuit et sont pollinisées par les chauves-souris.



St. John's Baptist Church – Les Baobabs

A Mumbai, on trouve notamment des baobabs à Andheri East, dans les ruelles de Marol-Maroshi et dans les ruines de l'église St John The Baptist où se trouvent sept spécimens (surnommés "The Seven Sisters"). Les baobabs ont été plantés en 1579 lorsque les Portugais ont construit cette église, ils les considéraient comme des arbres ornementaux, idéal pour des piques-niques, mais également comme "plantes" médicinales. Depuis 1970, date à laquelle elle a été fermée, l'église délabrée n'ouvre qu'une fois par an en mai pour la fête du saint patron de l'église. Les baobabs à l'intérieur de l'église ou poussant contre ses murs sont parmi les rares de la ville à être bien protégés car ils se trouvent dans l'enceinte de l'église. On trouve d'autres autres baobabs dans les quartiers de Bandra (situé à Waterfall Road, un des baobabs de ce quartier serait le plus vieux de Mumbai, avec au compteur 450 années°, Santacruz, Malad, Colaba et Byculla Zoo. Bien que l'âge exact de ces arbres n'est pas connu, il est probable que le plus ancien baobab de Mumbai soit celui situé à l'extérieur de l'hôpital Bhabha de Bandra, qui aurait au moins 450 à 500 ans. Un autre des plus anciens de la ville sur SV Road à Santacruz risque d'être abattu pour la construction du prochain métro. En 2020, un arbre qui devait avoir 125 ans a été abattu à Vadodara.


A Delhi, on peut voir le plus large baobab dans le "Buddha Jayanti Park" mais il a été décapité en 2004 lors d'une tempête. Le Lodhi Garden a perdu son baobab de neuf ans d'âge en 2000. Il existe également un jeune spécimen à "Indian Institute of Immulogy" près de JNU. Les baobabs de Delhi ne font par contre pas de fruits. A Calcutta, se trouve également des baobabs, comme par exemple à "Alipore Zoological Garden". Un autre baobab célèbre se trouve à Orchhâ, aux abords des palais.



Marianne-North-African-Baobab-Tree-in-the-Princess-s-Garden-at-Tanjore-India

Celui apparu lors du Samudra Manthana (barattage de l'océan par les dieux et les démons) et nommé Parijat se trouverait dans le village de Kintoor, prés Barabanki en Uttar Pradesh. Il aurait été mis en terre par Arjuna au jardin d'Indra pour sa mère Kunti en offrande à Shiva pour la victoire des Pandavas sur le Kauravas. Avec tous les mythes et légendes qui entourent cet arbre, il est très vénéré mais ces attentions le mettent en danger.


En tamoul, l'arbre est appelé "Pappara Puli" et "Aani puli". Il est également appelé "Yaanaikaal maram" car la base du tronc ressemble aux pieds d'un éléphant. Il y aurait trois baobabs à Madurai dont à l'American College.En dehors de Madurai, on trouve peu de baobabs, il y en a au Chinmaya Vidyalaya School de Rajapalayam et à la "Theosophical Society" à Chennai.





Source : Madame Figaro

Le fruit du baobab a une grande valeur médicinale en Afrique et, fait intéressant, l'arbre est également mentionné et utilisé dans le médecine ayurvédique.

Certaines parties du baobab, sont utilisées comme médicament pour soigner la dysenterie et la diarrhée. L'huile de ses graines est recommandée pour soigner l'eczéma et le psoriasis.

La pulpe est comestible et le fruit agit contre les fièvres épidémiques en tempérant la chaleur du sang. Une préparation à base de fruits est utilisée pour soulager les maux d'estomac. Les feuilles sont broyées en une pâte et appliquées pour réduire le gonflement. L'écorce est considérée comme astringente, aide à l'appétence et est un refroidissant.


Aujourd'hui, le baobab est devenu une plante ornementale, notamment à cause de ses belles fleurs blanches en forme de lanterne qui ont une odeur musquée. La fleur a une durée de vie de 24 heures.




Sources

Divers livres sur la botanique de l'Inde (titres sur demande)

Indian Express

https://www.livehistoryindia.com/snapshort-histories/2020/09/17/baobab-tree


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