"J'avais un rêve indien - Dans l'enfer de la prison de Gorakhpur" de Valentin Hénault
- Véronique Schauinger
- il y a 5 heures
- 3 min de lecture
J'étais sur la route depuis un an. Mais je ne pouvais pas rentrer. Il me fallait revenir avec un projet de film. Sans film, mon voyage n'existait pas. Il sombrait dans l'oubli. Sans film, ces errances à travers l'Inde où j'avais engagé mon corps, ma sueur, ma ferveur, n'étaient que les déambulations oisives d'un touriste traînant seulement sa curiosité de temple en paysage. Le film était la seule façon de sauver la grande orgie de misère et d'injustices dont j'avais été témoin. (Page 41)

L’Inde n’est pas seulement le Taj Mahal baigné de brume au lever du jour, ni les forts majestueux du Rajasthan, ni les images colorées que vendent les brochures de voyage. Derrière les clichés d’exotisme, de spiritualité et de grandeur patrimoniale existe une autre Inde — rugueuse, violente, profondément inégalitaire. Une Inde où naître dans la "mauvaise" caste ou être de la "mauvaise religion" peut encore sceller un destin. C’est cette réalité invisible aux touristes que met brutalement en lumière "J’avais un rêve indien – Dans l’enfer de la prison de Gorakhpur."
En 2023, lorsqu’il est arrêté dans sa chambre d’hôtel à Gorakhpur, dans l’État de l’Uttar Pradesh, il s’apprêtait à rentrer en France. Son billet d’avion venait d’être acheté : il avait terminé de rassembler les témoignages de victimes dalits qu’il suivait depuis plusieurs mois. Son tort, ce matin-là, avait été de se rendre à un sit-in organisé par la Marche du Peuple d’Ambedkar devant la préfecture de la ville. Chercheur et témoin attentif, il documentait les violences subies par celles et ceux que l’Inde relègue encore au bas de son échelle sociale.
Les Dalits — encore appelés Intouchables, parias ou Harijans ("Fils de Dieu, surnom donné par Gandhi — désignent les populations historiquement exclues du système des castes. Bien que la Constitution indienne interdise la discrimination de caste, beaucoup continuent de subir violences, humiliations et exclusions économiques et sociales. C’est au cœur de cette réalité que l’auteur menait son enquête lorsqu’il est brutalement arrêté.
Au moment de son interpellation, il ne comprend pas immédiatement qu’il s’engage dans une descente aux enfers. Il est incarcéré dans la prison de Gorakhpur, dans la baraque numéro 7, réservée aux détenus considérés comme fous — un lieu où la frontière entre raison et survie se dissout rapidement.
"J’avais un rêve indien – Dans l’enfer de la prison de Gorakhpur" est le récit glaçant de ces mois d’enfermement. Entre la lutte pour préserver sa santé mentale et la nécessité de survivre dans un univers de violence arbitraire, l’auteur découvre une prison peuplée d’innocents, broyés par une machine judiciaire absurde et inégalitaire. Son témoignage met en lumière une réalité dérangeante : dans certains contextes, il suffit d’un accusé pour satisfaire les rouages du système, tandis que les crimes liés aux hiérarchies de caste peuvent rester impunis.
À travers cette expérience extrême, Valentin Hénault dévoile une face sombre de l’Inde contemporaine. Son récit n’est pas seulement celui d’une captivité, mais celui d’une confrontation brutale avec les injustices sociales et politiques qui persistent derrière l’image d’une démocratie moderne. C’est un livre dur, nécessaire, qui interroge la fragilité des droits humains et la facilité avec laquelle un individu peut être englouti par un système qu’il ne comprend pas.
Plus qu’un récit carcéral, ce livre est un électrochoc. Il arrache les masques, brise les illusions et rappelle que derrière les images séduisantes d’un pays se jouent des tragédies bien réelles. On referme ce témoignage secoué — et incapable de regarder l’Inde avec la même innocence.
Il était question, très clairement et en toutes lettres, de la façon dont la protège en premier lieu ceux qui ont du pouvoir et en second lieu ceux qui la payent, dont les institutions organisent l'impunité. (Page 93)
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"J'avais un rêve indien - Dans l'enfer de la prison de Gorakhpur"
De Valentin Hénault
Éditions Buchet Chastel - Date de parution : 15 janvier 2026 - 978-2283041734 - 384 pages - Prix éditeur : 23,50 euros









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