"La Laitière de Bangalore" de Shoba Narayan

Le choix de tel objet, de tel produit ou de tel mode de vie - qu'il s'agisse de vison ou de lait - relève d'un ensemble complexe d'émotions enfouies, d'amour, de nostalgie et, s'il faut en arriver là, de deuil. On achète du vison pour se remémorer l'enfance heureuse passée à Vladivostok auprès d'une grand-mère élégante, le crépitement du feu, la neige et les cris enjoués des enfants. Je veux acheter du lait de vache pour retrouver la simplicité de mon enfance. Manière d'oublier les acrobaties accomplies durant les vingt dernières années en tant qu'immigrée en Amérique. Le lait est ma manière à moi de me reconnecter au morceau de terre où je suis née.


Shoba a grandi à Madras, ville aujourd'hui nommée Chennai, puis à passer les vingt années suivantes aux États-Unis. C'est lorsqu'elle se retrouve avec une (vraie) vache dans un ascenseur, qu'elle prend conscience qu'elle est bel et bien de retour en Inde. Cette rencontre inattendue eut lieu le jour où Shoba et sa famille emménagèrent dans leur nouvel appartement, dans un immeuble neuf de Bangalore. Le ruminant et sa propriétaire étaient dans l'ascenseur car ils se rendaient dans un nouveau logement de l'immeuble afin que la vache y apporte sa traditionnelle bénédiction. Shoba, d'abord réticente à cette tradition, voulut à son tour que la vache bénisse le sien. Cette rencontre, dans cet endroit aussi confiné que peut être un ascenseur, a intrigué Shoba. Les vaches et le rituel de la traite qui a lieu en face de chez elle deux fois par jour, deviennent pour elle une obsession. La propriétaire de la vache, qui est également la laitière du quartier où habite Shoba, s'appelle Sarala. Chaque matin et chaque soir, accompagnée par son mari et parfois par l'un ou plusieurs de ses garçons, ils se postent avec le troupeau devant la grande caserne militaire et fournissent du lait directement sorti du pis des vaches aux habitants. Grâce aux premiers contacts, dans l'ascenseur puis dans les différents appartements, il est pour Shoba plus facile d'engager la conversation avec Sarala. Pourtant, il fallut plusieurs semaines à Shoba pour acheter à son tour du lait. Entre Shoba et Sarala, une amitié naîtra. Une amitié qui sera scellée avec l'acquisition d'une nouvelle vache pour le troupeau de Sarala. Mais encore faut-il trouver la perle rare.




Dans "La Laitière de Bangalore", Shoba, l’autrice et protagoniste de ce récit, nous raconte son retour en Inde avec sa famille et les dix premières années de leur installation. Elle et son mari, Ram, tous deux nés dans le Sud de l’Inde, ont fait leurs études et un bon début de carrière aux États-Unis. Après avoir vécu vingt ans en Amérique, ils décidèrent de revenir en Inde avec leurs deux plus jeunes filles et s’installèrent à Bangalore (actuellement Bengaluru) pour être plus proches de leur famille. Dès leur arrivée en Inde, ils prirent immédiatement conscience qu’ils doivent oublier leurs habitudes américaines et se familiariser immédiatement avec les habitudes indiennes. La sagesse indienne dit que chaque individu qui entre dans votre vie y arrive pour une raison singulière. Lorsque Shoba se retrouve nez à nez avec une vache et sa propriétaire dans un ascenseur, qui plus est le jour de leur installation, n’est pas le fruit du hasard. Même si Shoba et la propriétaire de la vache qui s’appelle Sarala sont toutes deux originaires du Tamil Nadu, elles viennent chacune d’un monde différent. Pourtant, une amitié naîtra entre les deux femmes. Cette rencontre piquera immédiatement la curiosité de Shoba, qui est également journaliste. De son nouvel appartement, elle regardera souvent Sarala et ses vaches. Ses premières investigations seront sur le lait cru car Shoba habituée au lait pasteurisé est réticente à acheter du lait sorti directement du pis de la vache et à le consommer. Elle traversera plusieurs fois la route pour se rassurer auprès de Sarala et pour observer son travail et son cheptel. Shoba deviendra la première habitante de son immeuble à oser franchir le pas car finalement le circuit-court, consommateur-producteur il n’y a pas mieux. Chercher du lait, ne sera pas la seule motivation de Shoba à traverser quotidiennement la route car elle est prise d’affection pour Sarala. Sarala et sa famille n’ont certes pas fait d’études mais ils ont de grandes connaissances. Grâce à Sarala et à sa famille, Shoba apprendra énormément de choses sur les vaches, le lait et tous les produits issus de la vache, mais elle apprendra beaucoup de choses sur les plantes et la nature en général. Shoba, de nature curieuse, poussera encore plus loin ses recherches. Elle épluchera les textes sacrés de l’hindouisme, lira des ouvrages et des articles de presse, lira des études scientifiques, se rapprochera d’experts, … "La Laitière de Bangalore" est une véritable mine d'informations sur les vaches, le lait et les produits issus de la vache comme la bouse et l'urine et offre ainsi une lecture ludique. Même si "La Laitière de Bangalore" tourne autour de Sarala, des vaches et des investigations de Shoba, le lecteur trouvera l’autrice et la protagoniste dans différentes situations. Dans cet ouvrage, Shoba ouvre à son lecteur les portes de chez elle en nous livrant un peu de son intimité, en y partageant ses réflexions, mais en nous contant également certains moments difficiles …  Shoba a beaucoup d’humanité en elle et d’empathie, elle sait parfois se montrer drôle et même légère, mais peut également être sensible.  "La Laitière de Bangalore" est un ouvrage original, très bien écrit et plaisant à lire. Il est très osé d’écrire un ouvrage dont le sujet central est les vaches de l’Inde et Shoba Narayan l’a très bien réalisé. Il apporte à son lecteur énormément d’informations et ce dernier appréciera le brin d’humour que l’autrice a apposé à son ouvrage. Après cette lecture, le lecteur ne pourra qu’être incollable sur le sujet. "La Laitière de Bangalore" est une très bonne surprise, comme l’a été « Monsoon Diaries : A memoire with Recipes », une autre de ses publications plutôt basée sur la cuisine du Sud de l'Inde. Shoba Narayan apporte un peu de fraîcheur dans le monde de la littérature indienne et c’est tout à son honneur.



Au cours de l'heure suivante, il m'explique pourquoi l'urine de vache est si importante sur le plan médical : elle a des propriétés antibactériennes, antioxydantes, anticancer et antifongiques, elle renforce le système immunitaire et neutralise les effets toxiques des médicaments anticancéreux. L'urine de vache est un élixir de santé : elle renforce le cœur, l'intelligence , et favorise la longévité. Elle nettoie le sang et équilibre les doshas, les déséquilibres dus à l'excès de bile/chaleur, à l'excès de mucus, et à l'excès d'air qui provoque les ballonnements. Elle soigne les maladies cardiaques et neutralise les effets du poison. Whaou !

Les circuits courts, mode de distribution des produits alimentaires ont le vent en poupe : vente directe à la ferme, magasins de producteurs et comptoirs locaux, sites de vente en ligne, marchés du terroir, ... Ce mode de distribution des produits agricoles, souvent certifiés "bio", du producteur au consommateur compte un minimum d'intermédiaires, et séduit chaque jour davantage.  En Inde, les circuits courts ont toujours existé et continuent de l'être même si la classe moyenne laisse un peu les magasins traditionnels  et les marchés pour les supermarchés.

La Laitière de Bangalore

De Shoba Narayan

Titre original : The Milk Lady of Bangalore

Traduction de l'anglais (Inde) par Johanna Blayac Éditions Mercure de France - Collection Bibliothèque Étrangère -

Date de parution : 27 février 2020 - ISBN : 9782715253964 - 304 pages - Prix éditeur : 23,80€



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