"Un déluge de feu" de Amitav Ghosh

Comment était-il possible qu'un petit nombre d'hommes, en l'espace de quelques heures ou de quelques minutes, puissent modifier le sort de millions de personne pas encore nées ? Comment était-il possible que le résultat de ces brefs instants puisse déterminer par des générations à venir qui gouvernerait qui, qui serait riche ou pauvre, maître ou serviteur ?

Quatrième de couverture

En Inde et en Chine, un grand roman d'aventures, mélange épicé de Victor Hugo et de Balzac. 1839. L'empereur de Chine décrète le blocus de l'importation d'opium. Les entrepôts des négociants anglais, indiens et américains sont fermés et leurs stocks brûlés. La flotte britannique s'arme, quitte l'Inde et fait voile vers Canton. Dans le tourbillon soulevé par la guerre, Zachary, Noir américain qui se fait passer pour un Blanc, Catherine, grande bourgeoise frustrée, Kesri, soldat indien, et Shireen, veuve parsie, voient leurs secrets trahis et leurs certitudes bouleversées. Mais tous découvrent ce qu'ils veulent vraiment et s'inventent un avenir. Et tous sont touchés par le drame qui se prépare : la victoire de l'empire britannique qui scellera l'effondrement de leur monde.


Havildar Kesri Singh est un sepoy de la Compagnie des Indes, du 25ème régiment de l'infanterie indigène du Bengale. Fils d'un propriétaire terrien des environs de Ghazipur près de Bénarès et héritier de la famille du rajput qui avait formé le noyau du paltan depuis trois générations, Kesri est fier de ses dix-neuf ans de carrière dans le paltan et d'avoir une relation inhabituelle entre un sepoy et un officier. Une relation avec le capitaine Mee, adjudant major du bataillon, et qui va beaucoup plus loin qu'uniquement les affaires du régiment. Mais un évènement lié au décès du mari à sa soeur Deeti, un homme issu de la famille du subedar Bhyro Singh, et de sa fuite au bord de l'Ibis contraignît Kesri à s'engager dans une campagne bien au-delà du cercle de territoires où les sepoys avaient jusqu'alors été déployé : en Maha-Chin, la Chine. Zachary Reid, vingt et un an, est un marin originaire de Baltimore. Il vient d'être acquitté de tout méfait dans l'affaire des incidents survenus à bord de la goélette "lbis" qui faisait alors voile vers l'île Maurice dont le meurtre d'un ancien subedar de l'Infanterie Indigène du Bengale, Bhyro Singh. Pourtant, il ne pourra pas s'échapper de Calcutta à la fin du procès car il doit impérativement récupérer son permis de naviguant, un certificat durement acquis. Pour cela, il doit s'acquitter de ses dettes accumulées dont celle de sa traversée depuis l'île Maurice jusqu'en Inde. Heureusement il peut compter sur Mr Doughty, son seul soutien à Calcutta. Ce dernier lui trouva très rapidement un travail de charpentier sur le houseboat du richissime Mr Burnham. Un travail que Zachary ne pourra pas refuser pour rembourser ses dettes et ainsi s'extirper enfin de Calcutta. Zachary y verra naître une relation charnelle avec Mrs Burnham mais verra surtout ses ambitions s'agrandir et l'envie de toucher à son tour à la richesse. Une formation sur le monde du commerce de l'opium l'aidera à se projeter au-delà de Calcutta et lui permettra l'ouverture des portes sur la Chine. Shireen Modi de Bombay vient d'apprendre que son époux Bahram est décédé sur son bateau qui avait été alors amarré près de l'île de Hong Kong non loin de Macao. Elle est dévastée par cette perte subite engendrant dans son sillage de lourdes dettes. Pourtant, lorsqu'elle apprendra que son mari avait un fils illégitime, cette nouvelle lui fera l'effet d'un tremblement de terre bien plus important. Elle prendra alors la décision que son devoir est de rencontrer cet enfant, aujourd'hui devenu un homme. Grâce à l'aide des amis de son mari, et principalement Zadig Bey, elle arrivera à convaincre ses frères et ses filles de la laisser se rendre dans ce pays lointain avec des excuses toutes trouvées. La première étant que son devoir de veuve est de se rendre sur la tombe de son époux. Mais l'excuse qui fera mouche auprès des siens, est qu'il est important que les intérêts des Modi soient représentés dans les mois qui viennent en Chine dans l'espoir de récupérer une partie des investissements de Bahram suite à la saisie de ses marchandises par les chinois, des précieuses et coûteuses caisses d'opium. En l'absence d'un héritier mâle de la famille de Bahram, le seul représentant de M. Bahram Modi ne pouvait être que Mme Shireen Modi. Ainsi Shireen, grâce à la vente de ses bijoux, prendra la route vers Macao aux côtés de Zadig Bey. Neel, un bengali du vrai nom de Kumar Munshi, a été brièvement engagé comme secrétaire par Seth Bahram. Ce dernier décéda subitement d'un accident, Neel accepta dès lors un poste auprès d'un marchand américain dans l'enclave étrangère de Canton appelé Fanqui-town. Il accepta pourtant un autre travail auprès de Zhong Lou-Si qui avait besoin d'une personne connaissant les langues indiennes pour son bureau de traduction et de collecte d'informations. Un travail obtenu grâce à Compton et de l'aide dont Neel lui avait apporté dans le passé. Neel avait toujours rêvé d'un travail où on lui demandait de partager l'unique chose qui lui fût véritablement sienne : sa connaissance du monde. Pourtant, travailler avec eux, c'est rompre ses relations avec l'Inde et les étrangers, et de voir s'amenuise l'espérance de revoir son fils Raju. Canton, Macao, Hong Kong seront les lieux où des destins se croiseront, certaines personnes se retrouveront, certains personnages mourront. Mais ce qu'il est certain, chacun vivra un tournant décisif de leur vie tout en vivant un évènement historique majeur qui marquera le destin de l'Asie du Sud-Est et principalement celui de la Chine en plein déclin et en pleine instabilité qui la conduira à la chute de son empire. C'est le début de Kaliyuga, l'âge de l'apocalypse, la pralaya - le commencement de la fin du monde.


A ce moment-là, les tyrans mandchous de la Chine, qui sont les derniers obstacles à la règle universelle de la liberté, seront eux aussi balayés. Après leur chute, nous assisterons à la naissance d'une époque où le dessein de Dieu se manifestera à tous. Ceux qui sont destinés à prospérer y réussiront, et à eux sera confiée la garde des richesses du monde. Vous êtes singulièrement chanceux de vous voir offrir ce qui pourrait être la plus importante occasion commerciale du siècle : c'est maintenant où jamais qu'est venu le temps de découvrir si vous figurez parmi les élus.



"Un déluge de feu" est le dernier tome de la trilogie de l'Ibis qui nous transporte de l'année 1839 à l'année 1841. Années qui ont connues la Première Guerre de l'Opium, l'acquisition par les Britanniques de Hong-Kong et correspond à l'époque que les chinois appellent les cent ans d'humiliation. "Un déluge de feu" est un roman très attendu - il est paru en 2015 sous le titre original "Flood of Fire", quatre années après la parution du second tome "River of Smoke" (paru en 2013 sous sa version française "Un fleuve de fumée" aux Editions Laffont). Pour ma part, j'étais très impatiente de lire et découvrir "Un déluge de feu" et le résultat est à la hauteur de mes espérances. Il est bien sûr indispensable d'avoir lu les deux premiers volets de la trilogie pour s'accaparer de ce pavé de plus de 700 pages. Il est vrai qu'après une pause de nombreuses années, il n'est pas évidement de reprendre d'un coup le fil de l'histoire du moins pour les premiers chapitres. Amitav Ghosh a eu l'amabilité de nous permettre - de façon discrète - à nous familiariser à nouveau avec les personnages que nous avons rencontré dans les deux premiers volets. Le résultat est qu'après quelques chapitres notre mémoire se ravive et l'on retrouve avec plaisir les personnages auxquels nous nous étions attachés précédemment. On s'apprête alors à vivre avec eux de nouvelles aventures et surtout une nouvelle page d'histoire avec cette Guerre de l'Opium et la naissance de "Hong Kong". J'ai trouvé que dans ce nouveau volet, nous retrouvons en toile de fond un mélange entre le premier tome qui nous ramenait en Inde et le second tome où nous nous retrouvions au cœur des factories et de la Guerre de l'Opium. Nous y retrouvons également des personnages absents durant le second volet et nous découvrons les finalités qui ne nous avait pas été révélées précédemment. Même en étant moins présent, l'opium et la goélette l'Ibis ne sont jamais bien loin. L'on peut par contre constater que dans "Un déluge de feu", le roman n'est pas séparé par des parties comme c'était le cas dans les deux premiers volets. Par contre, l'on y retrouve toujours la magnificence des détails apposés par l'auteur. Chaque ligne est l'objet d'un travail de recherche afin d'être le plus proche de la réalité et nous transporte intégralement et fidèlement à cette époque. Par ailleurs, les sources d'Amitav Ghosh pour rédiger ce roman nous est révélé dans l'épilogue, une liste digne d'une thèse. Encore une fois, l'auteur nous apporte une magnifique leçon d'histoire tout en y associant des personnages pour la plupart fictifs. A noter qu'il accorde une place importante à nous faire découvrir les sepoys, les cipayes, ces soldats indiens ayant servi, à l'époque coloniale dans une armée occidental et dont le rôle est trop souvent méconnu et surtout leur dévouement peu reconnu. Pourtant, à travers ce roman Amitav Ghosh nous fait découvrir le monde qu'était le leur et la façon dont ils ont été traités alors qu'ils avaient un rôle déterminant et important dans les différents conflits. Outre l'histoire de cette Première Guerre de l'Opium et l'histoire des sepoys, Amitav Ghosh s'est également lancé dans d'autres détails concernant cette époque du Raj Britannique et de ces Britanniques vivant aux Indes dont il s'en amuse. Nous y retrouvons des hommes portés par la gloire, le profit et le pouvoir. Quelques fois des hommes qui ne seraient rien dans leur pays d'origine et qui prennent dans ces contrées reculées du grade. Des memsahibs dévouées aux œuvres mais qui font une différence raciale dans leur environnement. Des femmes pieuses mais qui n'hésitent pas à avoir des amants.




De "Un déluge de feu", il y a beaucoup de choses à en dire. Mais c'est une trilogie à lire, n'ayez pas peur du nombre de pages de ses différents tomes. Outre le fait d'apprendre l'histoire de cette partie de l'Asie, cette trilogie m'a donné envie de voyager à Hong-Kong et Macao au bout du deuxième volet à la recherche des traces de l'histoire de ces petits grands bouts de terre. Ce voyage m'a permis d'aborder le dernier volet sous un angle différent. Un seul regret, c'est que l'on en veut encore lorsqu'on arrive au bout.









Zachary aussi se trouvait sur le pont : alors que les tirs résonnaient, les lattes sous ses pieds paraissaient répondre en tremblant. Il se remémora la dernière fois où il était parti de cette ville, à bord de l'Ibis, avec une cargaison de coolies et de contremaîtres. Il était surpris que seize mois seulement se fussent écoulés depuis - la différence entre ce départ et l'autre semblait presque aussi énorme que la différence entre l'homme qu'il avait été alors et celui qu'il était aujourd'hui.



Un déluge de feu

De Amitav Ghosh

Titre original : Flood of Fire

Roman traduit de l'anglais (Inde) par Christiane Besse

Éditions Robert Laffont - Collection : Pavillons - Date de parution : 20 avril 2017 - 747 pages - Prix éditeur : 24 €

Éditions 10/18 - Poche - Date de parution : 16 mai 2018 - 840 pages - Prix éditeur : 10,20 €



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